Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Les visionnaires de Bel Horizon

Posted by on Mai 27, 2012

Cabinet bordelais "2:pm architectures"

Cabinet bordelais “2:pm architectures

Ça fait déjà quelques jours que je cherche péniblement à fixer un souvenir qui se dérobe. Je pense qu’il date de janvier dernier mais je n’en suis pas sûr. Je navigue sur Internet en quête de nouveautés et je tombe par hasard sur des architectes bordelais qui ont fait le voyage à Oran.

Je bondis sur ma chaise et je regarde les choses de plus près. D’abord, et très égoïstement, je me demande d’où sort ce cabinet d’architectes et je pars à la recherche d’un plan de Bordeaux : il est juste à côté du Jardin Public. Pas n’importe où, donc. En plein centre. Ça plaisante pas, les architectes.

Deuxième étape : qu’est-ce qu’ils fichent à Oran ? Je regarde leurs documents et peu à peu je commence à comprendre l’idée directrice du projet. Il s’agit de faire quelque chose comme un parcours de santé architectural qui va du Rocher de la Vieille jusqu’à la Baie des Genêts. Si je compte bien, il y a 11 étapes. Ça forme comme un grand “V” dont l’angle est assez ouvert.

On y apprend que le Front de mer propose une “vue frustrante”  sur la mer, que Santa-Cruz n’est “pas occupé”  donc “pas vivant” , que la Place d’Armes ne propose “pas de vue sur la mer” , que la Cathédrale a été “requalifiée” , que la Promenade de Létang “manque de connections” mais qu’on peut facilement “mixer” les filles et les garçons au café l’Espagnol, que la Baie des Genêts n’est “pas aménagée” et qu’il vaut mieux aller du côté du Rocher de la Vieille si on veut “enfin” voir la mer de plus près.

Evidemment, chez nous, le top du top, c’est quand il y a des connections, que les lieux sont occupés, qu’on voit la mer, qu’on peut mixer, que les promenades sont aménagées et qu’on se baigne.

C’est-à-dire que le monde est à disposition.

C’est une notion extrêmement importante en Occident. Le monde doit se rendre disponible. J’en ai déjà parlé une fois quand j’ai évoqué les photos de Tewfik. Ça arrive tout droit de Descartes : “nous rendre comme maître et possesseur de la nature” . Il faut tout faire pour que le monde soit là, à portée de main, disponible. D’où le développement incroyable de la Technique qui permet de s’approprier le monde.

Oran est rempli d’architectes qui arrivent de tous horizons européens (italiens, portugais, espagnols et bordelais, donc) et qui expliquent aux algériens comment s’approprier leur ville (c’est une expression qui existe vraiment. On s’approprie les choses.)

Ça me laisse perplexe.

A la suite du passage des bordelais, un groupe d’architectes visionnaires s’est créé sur Facebook. Je ne sais pas du tout quelle est leur activité. Il faudrait que je me renseigne davantage du côté de Bel Horizon puisqu’ils ont l’air d’être liés au groupe.

Que le port de Bordeaux cherche à s’approprier le monde ne me dérange pas, bien au contraire, ça fait partie de notre culture depuis des siècles. On se sent bien là-dedans. On est inquiet si on ne maîtrise pas.

Que la ville d’Oran singe les habitudes bordelaises, italiennes, espagnoles ou portugaises me questionne davantage.

 

Le problème, c’est que j’aime bien moi, que Santa-Cruz soit complètement désert.

C’est sûrement égoïste.

 

Paul Souleyre.

* * *

 

image_groupe_cdha_blog

 

* * *

A la demande de Monsieur Paul Rolland, je laisse ci-dessous son droit de réponse.

Je comprends son point du vue. Je cherche à mieux saisir le projet du cabinet d’architecture. Evidemment, je souhaite de tout coeur en savoir plus. Je pense que de manière générale, et peut-être plus encore à Oran qu’ailleurs, quand on se propose d’aménager la ville, il faut être extrêmement clair. Vu de France, ce n’est pas une ville comme les autres. Je suis bien sûr prêt à vous rencontrer pour mieux comprendre ce projet. Et je vous laisserai même la parole ici pour expliquer quel était son axe directeur et sa philosophie.

Respectueusement.

Paul Souleyre.

 * * *

Monsieur, j’étais lancé à poster ceci en commentaire de votre article de blog sur notre travail à Oran, mais la limite du nombre de caractère de votre site m’oblige a vous le poster ici [dans la messagerie de Facebook] :

Bonjour Paul,

Je tombe par hasard sur ce billet concernant ce travail à Oran.

Je suis un des associés du groupe d’architectes (2:pm architectures) qui a fait ce projet. 

Votre billet me gène sur deux points:

– Le premier c’est votre incompréhension de notre travail. Du coup je me questionne sur la façon dont nous l’avons retranscrit sur notre site, et me dis que nous avons mal fait. Je peux si vous le souhaitez expliquer un peu mieux notre travail. 

– Le deuxième point est tout de même nettement plus problématique. Je lis ces insinuations : (je passe sur notre position géographique jugée de façon rapide, et aimerait volontiers savoir en quoi notre travail aurait été différent si nous avions été installés a Cestas) puis : qu’est-ce qu’ils fichent à Oran ? (“fiche” laisse tout de même émerger votre scepticisme hâtif)

Concernant la “disponibilité du monde” pour laquelle je trouve votre traduction de Descartes un peu raccourcie, vous m’accorderez que la “procession” de la mer par le port en plein centre d’Oran est assez problématique. Descartes parle de “nature” nous parlons ici de “ville”, déjà le paradoxe pointe son nez.

“qui expliquent aux algériens comment s’approprier leur ville”. Peut être un jour souhaiterez vous creuser un peu les choses avant de conclure et chercher à comprendre avant de lire en ces choses ce que vous voulez y lire, car votre conclusion est là : “Que le port de Bordeaux cherche à s’approprier le monde ne me dérange pas, bien au contraire, ça fait partie de notre culture depuis des siècles” je suis triste monsieur de lire que notre projet à Oran vous laisse y comprendre des relents d’esclavagisme. Cela me fait me poser beaucoup de questions sur votre façon d’aborder le monde.

Ensuite voici ce que je vous propose :
Nous rencontrer pour discuter de tout cela, et une fois que j’aurai pu expliquer notre projet, et si vous acceptez de m’écouter en tentant d’occulter toutes les idées préconçues qui vous assombrissent la pensée, et tenter, comme Descartes, puisque vous aimez à le citer, d’avoir la pensée libre, et vierge de tous à priori.

Et enfin de retoucher votre article, soit en retirant toute insinuation à un passé Bordelais dans lequel évidemment je ne me reconnais pas, soit en raconter le vrai fond de notre projet là-bas, même si vous ne le cautionnez pas. Une fois de plus, que vous ne compreniez pas notre travail ne me dérange pas, par contre toutes les insinuations évoquées sur le passé colonial de Bordeaux, cela, Monsieur, me gène au plus au point.

Dans l’attente
Bien à vous


Paul Rolland”

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