Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Transmission pieds-noirs

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Le problème de la transmission dans la communauté pieds-noirs est complexe et je ne suis pas sûr d’être capable d’en démêler tous les écheveaux.

J’ai essayé d’en parler un peu les premiers mois, dans certains articles plus ou moins polémiques, parce que je cherchais à me positionner par rapport à la communauté pieds-noirs, en tant qu’enfant.

Je continue à penser qu’il y a un sérieux problème de transmission à l’intérieur de la communauté pieds-noirs, que les parents ne parlent pas pour des tas de raisons, et que les enfants ne questionnent pas pour des tas de raisons.

J’ai des réponses personnelles à ces questions mais je ne suis pas sûr qu’elles soient plus intéressantes que les questions elles-mêmes.

Aussi, je m’abstiendrai de commentaires pour ne présenter que quelques textes, écrits pour la plupart durant les premières semaines de la création de ce blog, dans une période de tâtonnements.

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Autour de Hubert RipollAutour du colloque de MasseubeLes AlboransRetours à OranLes sites pieds-noirs sur OranLe cas Alfred Salinas

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Autour de  Hubert Ripoll

J’ai écrit assez tôt (mai 2012) un texte sur Hubert Ripoll parce qu’on m’avait conseillé la lecture de son livre, Mémoire de là-bas. C’est un livre que j’ai dévoré en une après-midi et qui m’a beaucoup marqué. Toutes les générations témoignaient de la manière dont l’exode avait résonné dans leur vie. Je m’y suis forcément retrouvé, et comme c’était la première fois qu’on s’intéressait à mon cas, je suis tombé amoureux de l’auteur.

J’en ai fait un texte dans lequel je relevais la parole du plus jeune témoin, Jame, actuellement en Argentine.

Et puis Hubert Ripoll est tombé sur ledit texte, a posté un commentaire, j’en ai posté un de nouveau, très personnel, dans lequel je regrettais que les pieds-noirs ne prennent pas davantage en compte la parole de leurs enfants. Un mois plus tard, Jame répondait à mon article, une très belle réponse intitulée Synchronicité.

Au mois d’août, je me replongeais dans le livre, et j’en extrayais de nouveau un témoignage, celui d’Élisabeth, toujours de la génération III (ceux qui, comme moi, sont nés en France) et je décidais de le publier en me posant la question de ce nouvel exil d’enfant de pieds-noirs, puisqu’elle aussi se trouvait à l’étranger, en Allemagne.

En février 2013, le CDHA tombait sur mon blog et me contactait pour me proposer d’enregistrer des témoignages de personnes ayant connus l’Algérie Française. Hubert Ripoll dirige le Groupe Témoignages “Une Histoire de paroles”. La boucle est bouclée, me voilà passé de l’autre côté, collecteur de paroles.

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Pour se faire une idée de la qualité de ce livre, autant écouter la remarquable intervention de l’auteur lors du colloque organisé par le Cercle Algérianiste du Gers les 28 et 29 juin 2013. Profond. Et courageux… je vous conseille d’écouter jusqu’à la fin. Il fallait oser.

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Autour du Colloque de Masseube

Dès le début, j’ai désiré rencontrer tout le monde, aussi bien les pieds-noirs que les algériens, pour tenter d’avoir un double regard sur Oran, ville de mes parents et grands-parents, maternels comme paternels.

Le colloque de Masseube organisé fin juin 2012 a surtout été pour moi l’occasion de rencontrer des personnes qui avaient connu Oran.

J’en ai tiré quatre articles principaux :

  1. La vieille dame qui ne pouvait pas parler.
  2. Le vieil homme devant la salle vide.
  3. Faites attention, il y a beaucoup de souffrance.
  4. Les ballons pieds-noirs

Mais j’en suis ressorti mitigé, parce que le rendez-vous devait être celui de la rencontre entre les plus de 50 ans et les moins de 50 ans, et que cette rencontre-là n’a jamais vraiment eu lieu, faute de temps. Priorité aux historiens.

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Cette priorité donnée aux historiens me questionne toujours.

Et l’impossibilité de donner la parole aux témoins d’un exode pour évoquer des choses simples me questionne tout autant. Je ne sais pas dans quelle mesure les colloques sont faits pour la transmission de l’Algérie Française.

Pour les personnes de ma sensibilité, un rassemblement comme celui de l’Ascension à Nîmes-Santa-Cruz est plus adapté, on y rencontre des gens et on discute.

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Les Alborans

C’est un terme que je me suis amusé à créer parce que je ne savais pas où me placer : je ne suis pas pieds-noirs puisque je ne suis pas né en Algérie, mais l’Algérie me travaille davantage que la France, et j’ai besoin du contact avec les algériens d’Oran. En somme, j’ai l’impression d’être perdu au milieu de nulle part, au cœur de la Méditerranée, sur la petite île d’Alboran.

J’aime ce mot qui me fait sourire mais je l’utilise de moins en moins (je fais de moins en moins d’articles sur la transmission) parce qu’après un an de travail, je sais qui sont mes ancêtres et à quoi ressemble la ville où ils sont nés. Donc je ne me pose plus la question de l’identité avec la même urgence.

Il y avait probablement dans les premiers articles le besoin d’être reconnu, aussi bien par les algériens que par les pieds-noirs, et je n’ai pas toujours été très fin dans ma manière d’aborder les uns et les autres.

J’ai parfois secoué la communauté pieds-noirs pour qu’elle porte aussi le regard vers ses enfants. Mais c’était les premiers mois. J’ai beaucoup évolué depuis, et si je continue à penser que le monde associatif pieds-noirs a tort de ne pas se préoccuper sérieusement de ce qui s’est passé dans les familles après 1962 entre les parents et les enfants (et qui fait aussi partie de l’exode) je n’en fais plus une obsession. C’est comme ça.

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Heureusement, avec le temps, j’ai surtout fini par aimer la ville et c’est une vraie surprise. Une belle compensation.

Donc quelques articles à replacer dans un contexte : celui de l’Alboran qui cherche à secouer un monde associatif pieds-noirs incapable d’identifier la douleur de l’exode chez ses enfants.

Je ne peux pas mettre toute la liste. Il faut naviguer dans la catégorie “transmission”.

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Retours à Oran

C’est un aspect intéressant de la transmission.

J’ai toujours été intrigué par les retours à Oran. Que peut-on aller chercher là-bas ? Et qu’y trouve-t-on ?

Je crois que tout commence avec ma mère, le jour où je retrouve dans ses papiers une lettre qu’elle envoie à ses parents, en mai 1982, et dans laquelle elle fait un compte-rendu de son voyage. Le ton y est très simple, comme d’habitude, et parfois déstabilisant.

J’avais quand même évoqué quelques jours plus tôt à la fois les retours de mon père et de ma mère, et l’absence totale de discussion entre nous autour de ce voyage, peut-être par manque de curiosité réciproque. Nous étions tous plus jeunes et occupés par d’autres choses. Mais tout de même…

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Le manque total de curiosité des parents de mon père pour le voyage de leur fils est peut-être plus troublant encore.

Je me rends compte que même mes parents (qui ont pourtant grandi à Oran jusqu’à 16 et 19 ans) n’ont pas facilement parlé de l’avant 62 avec leurs parents. Le problème de la transmission (dans ma famille en tout cas) commence déjà là. Et il continue de manière étonnante entre mon père et ma mère, puisqu’ils n’évoqueront jamais l’Algérie entre eux. Mystère.

Dans ces conditions, comment en parler avec moi ?…

Mais j’ai aussi découvert quelques autres retours, comme celui de Jean-Claude Martinez (qui en écrira un livre de fiction en deux tomes), celui de Evelyne Jousset Garcia (qui en tirera un documentaire diffusé sur France 3) ou encore celui de Pierre Machot (qui en fera un film documentaire sur Oran émaillé d’entretiens avec des pieds-noirs ou des algériens comme Kouider Metaïr)

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Les sites pieds-noirs sur Oran

Si je ne crois plus aux colloques pour transmettre aux enfants de pieds-noirs une Algérie Française dans laquelle ils puissent se regarder et se reconnaître (tout individu a besoin d’éprouver de l’estime pour son ascendance) j’admire le travail de fourmi réalisé par des sites Internet tels que “Oran des années 50 ” pour ne citer que le plus connu. J’y ai passé un an à fouiller tous les recoins de la ville dans le seul but de redonner des couleurs à mes ancêtres. Et j’ai fini par tomber amoureux d’Oran. Ancienne et actuelle.

Je vais donc ici remercier, par ordre d’apparition sur mon chemin de Damas :

– Edgard Attias, ses livres, et ses sites. Un amoureux d’Oran qui m’a permis d’entrer dans la ville par la petite porte des anecdotes et des chroniques de journaux. Aucun jugement, mais des faits relatés. J’adore.
– Le site “Oran des années 50 ” qui a accumulé des milliers de photos dans des “coins”. C’est assez surréaliste, et par sa démesure même, révélateur du désastre de la perte d’une terre natale. Carlos Galiana a écrit quelques lignes essentielles et parfaitement synthétiques sur le sujet.
– Le site de Jean-Claude Pillon, qui n’est pas pieds-noirs puisqu’il a seulement passé douze ans à Oran après la seconde guerre mondiale (de 1946 à 1958), mais qui a aimé la ville, et œuvré à la récolte de nombreux témoignages.
– Le site du quartier de la Marine d’Antoine Orsero, un quartier historique attachant à plus d’un titre, le principal étant peut-être sa vitalité dans les mémoires et sur Internet, alors qu’il ne reste plus grand chose sur place. La Calère haute est même en voie de destruction à l’heure où j’écris ces lignes.

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Le cas Alfred Salinas

Alfred Salinas m’a permis de trouver la sérénité qui me manquait.

Quand j’ai découvert son livre sur Oran au mois d’août 2012, j’ai éprouvé comme un soulagement. Il était possible d’être Oranais de naissance, d’aimer la ville et d’en parler simplement, sans éprouver le besoin de justifier absolument une présence française. Cette présence fait partie de l’histoire d’Oran, au même titre que la présence espagnole, et commencer à justifier son existence, c’est déjà se sentir coupable d’exister. Ce n’est pas mon cas.

Alfred Salinas se sent Oranais depuis des siècles. Moi aussi. Et je me sens toujours Oranais en 2013, même si officiellement, je ne le suis pas. Que m’importe les officialités, du moment que mon père est capable d’écrire, dans un mail du mois de décembre : “on va bientôt pouvoir t’appeler l’Oranais”.

Si Oran appartient vraiment à ceux qui l’aiment, alors je suis Oranais.

 

Paul Souleyre.

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commentaires

1 Comment

  1. Parfums de petite enfance.
    Madeleines photographiques, en super 8 ou glanées sur un web-auberge espagnole. Délices qui seuls, du côté d’Oran au passé français, comblent des cavernes traumatiques insoupçonnées.
    Qui entre dans ce monde englouti que les images scellent, en sort- il indemne ou plus désespérément accablé par les ravages d’un temps barbare et sa cohorte de profanations sacrilèges?
    A la recherche d’un temps perdu et d’un Eden massacré, tous ceux dont les ancêtres ont vécu en ce lieu semblent interpelés à divers degrés, par la nécessité d’ouvrir leur incunable généalogique pour apaiser un mal être prégnant, une lancinante douleur de l’âme que les vagues du refoulement ne parviennent pas à noyer.
    Renouer avec son passé et les êtres qui l’on peuplé semble être la solution pour bon nombre de rapatriés d’une Algérie française, arrivés sur le sol métropolitain ou débarqués ailleurs. Les racines identitaires sont bien celles qui nous forgent et nous animent, tout en nous ouvrant un avenir à construire.
    Avons-nous été autorisés par une grande part de la société française des années post Algérie française et son pouvoir politique d’alors, à nous enraciner en terre métropolitaine? L’accueil mitigé que l’on sait du million de français d’Algérie, n’a- t-il pas été mal perçu et mal mené par des autorités débordées et, si peu préoccupées par la nécessité de veiller à l’installation des uns et des autres, dans un esprit fraternel ?
    Déracinement d’une population dans un contexte de guerre, vécu chaotique dans le cadre d’une transplantation ubuesque mal préparée et mal assurée, ont généré et amplifié des bleus de l’âme indélébiles : ceux qui stigmatisent une population et sa descendance, assurément.
    Ces violentes et traumatiques ruptures ont trouvé quelque apaisement dans la volonté de retrouvailles via des associations, des manifestations festives ou religieuses ou encore, des sites numériques à diffusion planétaire.
    Reconstituer l’Eden perdu par l’iconographie argentique ou filmique, l’écriture, la chanson nostalgique, la re- visitation de lieux encore visibles ou à jamais détruits, pour en faire son deuil d’un vide douloureux, dans une démarche quasi expiatoire, pour certains.

    Cela aura- t-il donné lieu à une forme de communautarisme identitaire, avec les risques de repli et de nostalgie litanique à tendance obsessionnelle?
    Quand bien même.
    On sait tous, que pour ne pas mourir de chagrin sous le coup d’un exil forcé, dans un arrachement d sa terre natale et nourricière, l’homme/arbre aux racines intrinsèques et invisibles, cherche consciemment ou non, à puiser dans les sources de vie et de recommencement.
    Les souvenirs et la Mémoire généalogique personnelle et collective de sa terre en sont la ramure qui augure de son devenir pérenne et, en porte les fruits.
    La sève nourricière de cette Mémoire reconstituée, lien entre passé, présent et avenir a besoin de circuler sans blocages. Ses multiples canaux aussi minces soient-ils, sont les réceptacles d’une corne d’abondance ancestrale qui se répand à tous ses rejetons.
    Les souvenirs heureux, mannes patrimoniales, sont les baumes du cœur, les gardiens d’un Eden que les mémoires archivent, pour que nous y puisions nos médecines psychiques, nos fruits d’or nourriciers.
    A chacun sa transmission trans générationnelle.

    Que les gardiens de ce monde perdu, aussi discrets soient-ils, sachent protéger et conduire nos démarches personnelles et collectives, au nom d’une Mémoire affirmée et pérenne, en phase avec la sacralité du devoir ancestral. Ce devoir-là est le garant de notre genèse et de nos arbres de Jessé.

    D.O

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