Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Le toit de la Mosquée du Pacha

Posted by on Juil 21, 2012

Mosquée du Pacha

Oran – La Mosquée du Pacha (source : le coin de Francis Gérard sur le site Oran des années 50)

Deux éléments permettent de bien repérer la Mosquée du Pacha dans le quartier de Sidi El Houari.

Le minaret octogonal et le toit.

Le minaret octogonal se voit de loin, il est un excellent repère dans Sidi El Houari. Il est surtout d’une grande délicatesse architecturale. Très fin. Il trône au centre de la couverture du livre de Kouider Metaïr, Oran la Mémoire, que je regarde de plus en plus souvent.

Pour le toit de la mosquée, c’est un mystère.

Un mystère pour moi, bien sûr, car il doit y avoir une raison à tous ces petits dômes blancs autour de la grande coupole.

Cette composition très particulière m’a toujours beaucoup servi pour me repérer dans la ville, d’autant plus que je la regarde souvent vue de haut. Le minaret octogonal n’est pas toujours visible. Ces petits dômes blancs le sont invariablement. Lorsqu’on les repère, on sait tout de suite qu’on n’est pas loin de la Place d’Armes, mais dans le vieux quartier.

*

 

Cette mosquée fut construite en 1796 sur ordre du Bey Mohamed el-Kebir qui la dédia au pacha Hassan. Celui-ci avait contribué financièrement avec l’argent provenant du rachat d’esclaves chrétiens. La construction fut réalisée sous la direction de l’Amin (Syndic) des maçons. Si Mohamed Cherchalli Ben Tadbirt.

Une pierre, qui fut détachée de l’édifice, et placée au musée d’Oran dans la salle d’archéologie musulmane, porte une importante inscription en caractères arabes donnant la date de fondation du bâtiment, une longue liste des biens inaliénables qui en composent la dotation (immeubles, magasins, boutiques) et cette dédicace:

« Cette mosquée a été construite par le grand, l’élevé, le respectable et l’utile, notre maître Sidi Hassan Bacha -sa présence imposante contribuera à détruire les ennemis de la religion !- à Oran, que Dieu conserve éternellement comme maison de foi ! »

Ce sont les informations historiques de Wikipedia.

On voit bien les coupoles derrière la basilique

Basilique Sainte-Sophie à Istanbul. Noter les coupoles nettement visibles derrière la basilique (crédit photo : Milos Radevic sur Wikipedia)

Les informations architecturales apportent parfois davantage d’éclaircissements : “Le haut et gracieux minaret accolé à la mosquée pourrait dénoter une influence ottomane plutôt que les traditions du Maghreb.

C’est en allant regarder les différents types de mosquées que j’ai mieux compris la mosquée du Pacha. Chaque région connaît une architecture de mosquée qui lui est propre. Il semblerait que l’architecture de cette mosquée soit typique des Ottomans.

Dans le plan ottoman, la mosquée “se compose d’une salle de prière sous une immense coupole cantonnée de demi coupoles et de couplettes. On trouve également en plus de la coupole centrale des coupoles souvent plus petites dans tout le reste de la mosquée, même où la prière n’est pas effectuée. Souvent, les mosquées de type Ottoman font partie de grands complexes. On peut déceler une influence Byzantine (de Sainte-Sophie notamment).

Donc les nombreuses petites coupoles que je vois sont des petites salles de prière.

Image de prévisualisation YouTube

Je n’apprends sûrement rien à personne. Il suffisait de se pencher sur la question quelques minutes et je ne l’avais encore jamais fait.

Ces petits dômes sont pour moi l’essence même de la Mosquée du Pacha.

Ils lui donnent toute sa délicatesse.

 

Paul Souleyre

 

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Et vous, ressentez-vous la délicatesse des petits dômes de la Mosquée du Pacha ?

 

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3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est la mosquée du Pacha et l’angle celui des petites choses : les dômes autour de la grande coupole. Toujours choisir l’angle des petites choses.

Ecriture : Ecriture à majorité informative qu’il faut essayer de doser avec le subjectif. Ce sont des articles qui ne conviennent pas à tout le monde 😉

Transmission : L’architecture transmet des informations souvent plus pertinentes que l’Histoire.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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commentaires

7 Comments

  1. Pourquoi ne puis-je m’empêcher à la lecture de ces articles témoignant d’une fascination EXCLUSIVE pour Oran d’avoir en tête certaines comparaisons ? Un peu comme si un Arménien estimait que le génocide de 1915 devait passer aux oubliettes et que le seul intérêt devait être Istanbul et ses habitants… Un peu comme si un Juif allemand souhaitait effacer la Shoah pour n’avoir comme rêve que la ville de Berlin… L’âme d’une ville ce sont ses habitants, l’âme d’Oran ce sont ceux qui l’ont créée, non pas ceux qui y vivent actuellement… Mais sans doute est-ce dû à mon attachement plus viscéral aux êtres qu’aux pierres…

  2. Je refuse simplement d’apporter une voix supplémentaire au concert actuel. Je cherche à pénétrer la ville et accéder ainsi à ceux qui y habitent. C’est un choix, sûrement discutable.

  3. Oui mais pénétrer une ville, parce qu’elle porte nos origines, sans vouloir voir que cet intérêt vient justement du vécu de nos parents, n’est-ce pas pénétrer une coquille vide si l’on zappe l’histoire des “évènements” ? Oran m’intéresse parce que mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents y sont nés. Cette ville n’a de sens pour moi qu’en l’associant à leur vie “là-bas”. Ou sinon Oran m’est aussi étrangère que Stockolm ou Vladivostok. Si je puis me permettre, la sérénité ne peut venir que dans l’adéquation entre le lieu et ceux des nôtres qui y ont vécu. Privilégier le lieu sans défendre nos familles n’a plus de sens. Je peux adorer Bali, ses habitants, mais cela n’a plus rien à voir avec mon histoire familiale. Ce n’est pas un concert comme tu le dis (car au final ceux qui s’expriment, y compris les organisateurs de Masseube, sont à mille lieux du ressenti des PN) puisque les grandes douleurs sont muettes. Mais les enfants de PN ont-ils à rajouter une chape de plomb supplémentaire sur les non-dits de leurs parents en ne leur donnant comme vision qu’un intérêt pour des murs, des monuments, des habitants qui effacent les habitants qu’ils étaient EUX AUSSI ? Personnellement je crois que nous devons porter la parole de nos anciens, c’est cela aussi la mémoire. Une amie vient de rentrer d’Oran. Elle m’a envoyé des dizaines de photos, du 16 rue Bruat (où habitait ma mère) et du 22 rue du Fondouk (où habitait mon père). J’étais très ému, mes parents aussi. Car les lieux correspondaient à une histoire familiale. Une photo du 34 rue d’Arzew ou du 17 boulevard Front de mer m’aurait laissé froid…

  4. Je ne peux pas répondre comme j’aimerais le faire. Je fais ça depuis mon portable sur un parking. Je ne suis bien sûr pas du tout d’accord avec tout ça.

  5. S’intéresser à une ville, parce qu’elle est le berceau de sa famille, tout en refusant d’assumer cette histoire, voire de la revendiquer, me semble un non sens. S’intéresser à une ville pour ses bâtiments est un travail d’architecte dont l’humain est absent. S’intéresser à une ville, à ses habitants actuels, en gommant les habitants qui l’ont créée? est un premier pas vers la repentance. Un peu comme si certains souhaitaient y retourner après leurs parents pour donner une autre image, presque pour s’excuser. Je pense, et j’espère que tu ne m’en voudras pas de dire ce que je pense, que tu as surtout honte d’être issu de cette histoire PN et que tu cherches en quelque sorte à “racheter les péchés” des tiens. Tu as une vision romantique ( et “intellectuelle” ) des choses. Je crois que tu passes à côté de la véritable blessure des PN. Tu parles beaucoup de la transmission de mémoire… mais qu’a à voir cette transmission avec l’Oran actuelle ??? Et si tu souhaites parler d’Oran en 2012, pourquoi ne rien écrire sur le cimetière de Tamashouet, sur nos tombes profanées, sur les regroupements dans des blocos de ciment etc ? Parce que cela ne correspond pas à l’image “glamour” que tu VEUX avoir d’Oran ? Tu rêves d’un Atlantide, tu veux croire qu’il existe encore, quitte à le recréer dans
    ton imaginaire, mais tu occultes le vécu des Oranais d’avant 62. En cela ta vision est hémiplégique… Il y a peu tu parlais par exemple des grands-mères courbées. Ma grand-mère était courbée. Parce qu’elle était fatiguée, après avoir quitté l’école à 11 ans pour travailler chez une couturière. C’est peut-être cela qui est important, gommer l’image du riche colonialiste. Cela a un sens. Mais ta vision, je le répète, “romantique” des faits, sans explication, quel intérêt ? L’Histoire est ce qu’elle est, non pas celle que l’on veut se créer dans le monde des Bisounours. Excuse-moi de t’avoir livré le fond de ma pensée, car sincèrement tes écrits sont la négation même du vécu de nos familles.

  6. Je suis allé serrer la main d’un oranais le vendredi 29 juin à Paris. Dans la foulée, je suis allé à Masseube le week-end pour rencontrer des pieds-noirs avec qui j’ai pu parler un peu sérieusement parce que je connaissais la ville où ils avaient vécu. J’irai à Oran dans l’année pour ne surtout pas rester dans de l’imaginaire. Je fais mon chemin. Je regrette que tu ne le comprennes pas.

    J’ai deux axes. Faire que la parole d’après 62 soit prise en compte. Et me confronter au réel de la ville, de ses habitants actuels et passés pour mieux comprendre ces habitants. Je ne peux pas rentrer dans le jeu contre-productif des problèmes de la guerre d’Algérie. En tout cas publiquement.

    La honte pieds-noir, je ne l’ai jamais connue parce que mes parents n’y ont jamais été confronté. Ce dont je suis sûr par contre, c’est que le monde pieds-noirs actuel part droit dans le mur. Il est hors de question que je suive cette voie-là. Je me plante peut-être de route mais je ne suivrai pas une route suicidaire. Ça ne m’intéresse pas.

  7. Personnellement, je préfère aller dans le mur avec les miens que d’avancer avec ceux qui les ont égorgés. Question de fidélité filiale. C’est la guerre d’Algérie qui a créé la “communauté” Pieds-Noirs, au niveau d’une entité. On peut se voiler la face, jouer la politique de l’autruche, mais tôt ou tard cette évidence vous explose à la figure. La route est peut-être suicidaire mais c’est celle des miens et je ne les trahirai pas pour rentrer dans un moule bien-pensant. Ton dernier article faisait état de ce commentaire sur la souffrance, je crois que tu n’en a pas pris la mesure, ou pire que tu la réfutes. Personnellement je me sens plus d’affinités avec les PN, et leurs excès, qu’avec les Oranais actuels qui se la jouent gardiens d’une mémoire à leur seule gloire. Ta transmission est le rejet de ton histoire, la mienne le mimétisme. Je ne porte pas de jugement, mais en ce qui me concerne je ne saurais trahir ceux dont je suis issu. Que tu le veuilles ou non, c’est bien la période 1954/62 qui a forgé ce malaise. Tu peux avancer, puisque tel est ton désir, en feignant de l’ignorer… mais on ne bâtit rien de solide sur des sables mouvants. Tu insistes encore une fois sur la ville d’Oran. Le lieu est sans doute important mais je pense en te lisant à ce tableau de Goya… Saturne dévorant un de ses enfants… C’est, pour jouer les enseignants, l’éternelle dichotomie entre le fond et la forme. A trop privilégier “l’enveloppe”, la ville, tu en oublies les gens qui y ont souffert. Tu te réclames d’une histoire, que d’autre part tu rejettes. Comprenne qui pourra… En ce qui me concerne, Oran je la vois dans les yeux de ma mère. C’est la seule Oran qui m’intéresse. L’Oran de 2012 ne fait pas partie de mon histoire familiale. Et contrairement à ce qui pourrait sembler, je ne vis pas dans le passé, je suis respectueux de la mémoire des miens. En revanche, vouloir faire revivre cette mémoire dans Oran 2012 me semble être une tentative tout autant désespérée que vaine.

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