Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Les pèlerinages de Santa-Cruz

Posted by on Août 20, 2012

La Vierge de Santa-Cruz

Pèlerinage du 15 août à Santa-Cruz

La foi soulève les montagnes, parait-il.

A Santa-Cruz, la foi permettait tout juste de gravir le Murdjajo jusqu’à la chapelle, et encore, à genoux.

La plus grande procession avait lieu le jeudi de l’ascension, mais le 15 août avait aussi ses fidèles. Le petit dessin de Santa-Cruz que j’ai mis en illustration arrive tout droit d’un témoignage extrêmement pieux et touchant dont je reproduis ici une partie.

 

Seigneur, rien n’est hasard et en mettant la main sur le livre qui nous parle d’Oran, comme une fleur couronnée d’épines, j’ai voulu respirer encore une fois le parfum de mon pays, mon enfance, mon adolescence, ma vie de femme. J’ai très mal et ce souvenir ne s’est jamais effacé de mon esprit et, tel un parfum envoûtant, plus je le respire et plus je défaille.

Et plus je défaille et plus je rêve que je suis encore dans ma ville natale avec tous les miens enterrés là-bas, mon père et mes grands-parents. Là-bas où je revois ma Vierge de Santa Cruz, où chaque 15 Août je montais avec mon cher papa les douze stations pieds-nus en priant et en chantant.”

La religion a tellement  été malmenée au cours de l’Histoire qu’on finit par oublier qu’elle permet de tourner le regard vers l’intérieur. Elle n’est pas qu’une histoire de vie après la mort et de résurrection, elle est surtout la possibilité de faire taire le monde pour écouter une voix intime.

Je l’écris d’autant plus facilement que j’ai à peine été baptisé, que j’ai enduré une année de catéchisme à mourir d’ennui, et que j’ai du aller trois fois à la messe dans toute ma vie.

Par contre, j’ai lu les évangiles et je les relis de temps en temps pour le plaisir de retrouver une voix unique. Je me promène aussi dans les églises et je dépose des cierges pour des personnes qui me sont chères. Je pousse même le vice jusqu’à demander au Christ (dont je n’ai ni mangé le corps, ni bu le sang) de me donner la force d’affronter certaines difficultés de la vie. Pas tout le temps, mais ça m’est arrivé.

Alors je suis forcément touché par la ferveur de certains oranais pour la petite vierge de Santa-Cruz, aussi bien à Oran avant 62, qu’à Nîmes à partir de 65. Il y a des renseignements un peu partout sur Internet mais on trouve l’essentiel sur cette page du site de JC Pillon qui est une référence absolue dans le monde des rapatriés d’Oran architectes de sites mémoriels.

Le souvenir commun du pèlerinage de Santa-Cruz

Ce témoignage de H.G. “l’aimée de Dieu” est probablement plus proche de ce que ressentaient la majorité des oranais le jour de l’Ascension.

Les souvenirs que j’ai gardés de cette enfance passée à Oran, sont surtout ceux que tout enfant grave en sa mémoire. C’est-à-dire les souvenirs les plus gais et distrayants.

Pour nous, les enfants, c’était SANTA CRUZ ! Pour nous, le nom symbolisait la fête. Nous regardions, les jours avant, nos mamans préparer le repas froid que nous allions emporter. Ma mère très catholique fervente prenait à coeur ce pélerinage que la tradition voulait que l’on renouvelle chaque année pour l’Ascension. D’ailleurs nous disions c’est “la fête de Santa-Cruz”. Nous y montions avec nos parents, c’était la tradition. De pieux pélerins s’y rendaient.

Une partie de la population commençait à y monter de nuit, la veille, à la lumière vascillante des cierges, par des sentiers choisis. Beaucoup de femmes effectuaient le parcours à genoux en se frappant la poitrine en signe de repentance. Je me souviens encore que ces scènes frappaient mon imagination d’enfant… Les jeunes étaient impressionnés, les vieux étaient animés de la même foi ardente. Tous chantaient “l’Ave Maria” avec chaude dévotion. L’ambiance mystique qui régnait étaient telle que les miracles auraient paru naturels.

Les pèlerinages de Santa-Cruz reprennent à partir de 1965, lorsque la Vierge est rapatriée à Nîmes. Si j’en crois JC Pillon , il y a plus de 200 000 personnes les premières années. La Vierge s’en va même faire une excursion à Alicante en 1968 parce que les espagnols sont en manque. Ils finiront par se fabriquer une réplique. En 2001, il y a encore 80 000 pèlerins à Nîmes. En 2012, je n’en sais rien, mais si j’en crois cette vidéo, il y a toujours du monde.

Santa-Cruz à Lourdes

Et d’autres, vraiment très croyants, vont à Lourdes au 15 août. C’est sur cette page pour l’année 2011.

Nous étions tous les jours présents au sanctuaire, nos 3 bannières et la pancarte ORANIE, comme oriflamme, toujours en tête de toute messe ou procession.

Comme chaque année, nous avons prié pour nos défunts à l’église paroissiale et au cimetière… où sont enterrés prêtres et fidèles oranais, le Chanoine Caparros, Mlle Clauzel, organisatrice des voyages en provenance d’Oran, elle même miraculée de Lourdes.

Cette année, une innovation. Chaque groupe de pèlerin devait amener une croix qui serait plantée à l’entrée de l’un des accès au sanctuaire. Toutes les paroisses seraient ainsi réunies, c’est Henri Mongrenier qui fût chargé, entre autre mission, pour la Paroisse Oranie, de faire réaliser cette croix qui se devait d’être “la plus belle” !!… Pour ce faire, il s’attacha les services de Manuel Florentino de Marignane.

Les oranais étaient en grande partie espagnols, et les espagnols en grande partie fervents chrétiens. Je soupçonne que la Vierge les a beaucoup plus soutenus mentalement que n’importe quelle association de rapatriés.

Finalement, ce qui m’étonne le plus dans tout ça, c’est le commentaire final d’un court reportage ci-dessous : “… un passé transmis à leurs enfants, de plus en plus mobilisés chaque année lors du pèlerinage de Santa-Cruz.”

Je pense que c’est juste un problème de lunettes mal réglées.

Je conseille Afflelou.

 

Paul Souleyre.

 

 

 * * *

 

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 * * *

Et vous,  avez-vous déjà participé au pèlerinage de Santa-Cruz ?

 

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3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est le pèlerinage à Santa-Cruz et l’angle celui de la ferveur religieuse oranaise (espagnole) comme soutien moral de la blessure. La religion est un sujet qui titille  toujours le fort intérieur, donc un bon sujet. Il faut juste essayer de le traiter correctement.

Ecriture : Beaucoup de référence à droite à gauche et de liens divers et variés. En général, sur un blog, la règle est “un texte, une idée”. Je ne suis pas convaincu d’avoir respecté la règle et de ne pas avoir fait fuir quelques lecteurs. 

Transmission : La reproduction de rituels est important dans la transmission. Mais quand il n’y a pas d’enfants ? 

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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commentaires

6 Comments

  1. Merci pour cette video de Nîmes 2012 que je connaissais pas. Même si je suis pris en flag de papotage avec une amie (Monique qui a fait un très chouette site sur Ain Franin) au lieu de remplir des bulletins de nouvelles adhésions ! Je confirme (sans avoir besoin d’Afflelou) qu’il y a un renouveau depuis 2009, certes pas les 200 000 personnes du début, probablement 30 à 35 000 cette année, mais de plus en plus de jeunes, c’est flagrant. Dans les années 70 nous étions de très nombreux enfants, nos parents trentenaires nous emmenaient. Puis ados, ou jeunes adultes, nous sommes passés à autre chose. Aujourd’hui ces mêmes enfants, devenus à leur tour parents, “retournent à la source” avec leur progéniture. C’est sûr que ce n’est pas évident sur les images de la procession, ça l’est en revanche quand on remonte toute la grande rue qui mène au sanctuaire.

  2. Voilà qui est rassurant. Je ne t’ai pas vu sur la vidéo. Mince, il va falloir que j’y retourne !
    Est-ce que les gens qui y sont sont des fervents croyants ou c’est très divers ?

  3. Mais si ! Le beau gars (j’ai des matins optimistes) sur lequel la caméra zoome de la minute 2:58 à la minute 3:06… Au risque de me faire écharper je dirais que la religion est pour beaucoup un “prétexte”, Nîmes est un rendez-vous plus festif que cultuel…

  4. Je t’ai vu ! On dirait un médecin en blouse blanche avec un stéthoscope autour du cou !

  5. C’est que la religion seule ne suffit pas à panser les plaies encore si nombreuses…

  6. Quel esprit ! C’est une très belle réponse. Merci.

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