Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Le ravin de Ras-el-Aïn

Posted by on Août 11, 2012

André Hébuterne, « Le Ravin de Ras-el-Aïn »

André Hébuterne, « Le Ravin de Ras-el-Aïn »

J’ai mis un peu de temps avant de comprendre qu’Oran avait commencé au fond d’un ravin.

Ce n’est pas évident au premier coup d’oeil puisque toute la ville s’est déplacée sur le plateau de Kargentah à la fin du XIX°S. Mais sur une vue du ciel en mode Google Earth, on voit très bien la dépression entre le massif de l’Aïdour et le plateau de Kargentah.

Robert Tinthoin, dans un document de 1956, Oran ville moderne, paru dans “l’information géographique”, donne une forme assez claire à la topographie du lieu. On y retrouve bien la ville, casée entre les cinq ravins.

Le ravin de Ras-el-Aïn et ses quatre petits frères

Entre le pic de l’Aïdour et les falaises de Gambetta, un plateau de 60 à 100 mètres d’altitude est entaillé par cinq torrents côtiers. Le principal, à l’ouest, le ravin Ras-el-Aïn -de la source- a fourni pendant des siècles, eau d’alimentation pour les habitants et d’irrigation pour des jardins potagers, des carrières de pierre à bâtir, à chaux, à plâtre et de terre à briques.”

Les ravins d'Oran

Cette histoire d’eau douce a toujours été un problème pour Oran, on peut en trouver un aperçu sur cette page très intéressante du Cercle Algérianiste, par exemple.

Je reprendrai juste quelques phrases qui montrent les petites choses. Il semble qu’on soit en 1932 :

Des charrettes attelées sillonnaient les rues de la ville, de la Calère aux « Beaux Quartiers ». Les cochers proposaient de l’eau douce de Ras-el-Aïn, qu’ils transportaient dans des bonbonnes de verre, habillées et capuchonnées d’alfa tressé. « Agua, agua dulce ». Les ménagères en achetaient pour cuire les pois cassés et les pois chiches, les hommes pour boire le café « Niziére » du matin, et l’anisette « Cristal » de midi et du soir.

La SEOR (Société de l’Eau et de l’assainissement d’Oran) précise ce qu’il en est en 2012.

Située au fond du ravin de Oued Errhi, elle constitue la plus ancienne des ressources de la ville. Bien plus, la présence de cette source a été un facteur déterminant dans la fondation même de la ville d’Oran en ce lieu. La source de Ras el Aïn a fait l’objet de plusieurs aménagements le long des siècles.

L’eau provient de l’écoulement souterrain des eaux d’infiltration dans le calcaire fissuré du massif du Murdjajo. Son débit journalier est de 5.000 m3. Elle dessert actuellement le quartier des Planteurs et le port, y compris la centrale thermique. Les eaux de cette source ne subissent aucun traitement spécial, à  l’exception d’une désinfection finale, avant distribution.

Je ne sais pas vraiment ce qu’il en est de la pollution des eaux douces du ravin de Ras-el-Aïn à l’heure actuelle, mais ça n’a pas toujours été simple, si j’en crois Houari Chaila dans son livre Oran, Histoire d’une ville dont le copyright de la deuxième édition date de février 2002.

La pollution du Ras-el-Aïn

Il consacre quelques lignes aux malheurs modernes de ce petit ruisseau :

Ce ruisseau fut comblé au début des années 70, pour laisser un immense égout collecteur sur lequel devait être construit la route du port d’Oran à Tlemcen et la frontière marocaine. Ce chantier, malgré des multiples tentatives de relance, se trouve à l’arrêt en attendant des jours meilleurs.

Ce qui reste dangereux aujourd’hui pour la santé de la population, c’est que cette source de Ras-el-Aïn est gravement polluée. Car, si à l’origine, le site au-dessus de la nappe était vierge de toute construction, il n’en est pas le cas aujourd’hui.

Devant l’exode rural et les besoins immenses en logements, une agglomération d’habitations s’est constituées progressivement au-dessus de la source, sans qu’il y ait d’égout collecteur. Ces innombrables refuges de fortune disposent de fosses septiques, lesquelles, par infiltration, versent leurs eaux usées dans la nappe ?

D’où l’impérieuse nécessité de procéder à un contrôle quotidien de l’eau de Ras-el-Aïn car le risque de choléra ou autre maladie transmissible par l’eau, est fortement présent.

Adieu, eau pure et douce de Ras-el-Aïn ! 

Le ravin de Ras-el-Aïn est au coeur de l’histoire d’Oran et en subit sans cesse les vicissitudes.

Il est un marqueur de santé de la ville.

Va-t-elle bien, seulement ?

 

Paul Souleyre.

 

image_groupe_cdha_blog

 

* * *

Et vous, avez-vous déjà vu le ravin de Ras-el-Aïn ?

 

Répondez dans les commentaires.
Et si vous avez aimé cet article, cliquez sur “J’aime”.

* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est le ravin de Ras-el-Aïn et l’angle la qualité de l’eau comme reflet de la santé de la ville. Faire attention avec le symbolisme qui de manière générale est difficile à manier. On tombe vite dans la facilité.

Ecriture : Intégrer une image dans le texte est important si c’est pour autre chose que de la décoration. L’image, à l’intérieur du texte, doit tout faire pour apporter de l’information

Transmission : Si possible, essayer de confronter plusieurs sources (du Ras-el-Aïn 😉 ) pour tenter de voir comment un objet a évolué.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

Ceux qui ont aimé cet article ont aussi apprécié :

(Visited 978 times, 1 visits today)

Commentaire Facebook

commentaires

2 Comments

  1. Je suis heureuse d’ avoir connu le Ravin de Raz el Aïn , du temps où je travaillais aux Planteurs ( PMI ) début 1974/75 . Je me suis désaltérée à sa source, j’ai souvent fait le plein du jerrican . Seul lieu verdoyant de la cité , par canicule près de jardins à l’ abri des nombreux figuiers torturés . J’entends encore les gazouillis des moineaux, l’ écoulement de l’eau dans un bassin, les cris des enfants faisant la queue pour remplir le récipient du précieux breuvage. Je n’ ai retrouvé semblable ferveur pour l’ eau (sacrée) qu’ à Lourdes .
    Avec l’ exode rurale, les lieux se transformèrent en une favela sur le flanc du Murdjadjo à partir du terrain Chabbat, aucun réseau d’assainissement
    n’avait suivi pour le ruissellement des eaux de pluie et des eaux polluées.
    C’est aussi à cette époque que j’ ai appris, l’existence de nombreux souterrains ( ex poudrière ) sous le fort de Santa Cruz.
    Certaines galeries servirent de champignonnières selon les habitants des Planteurs dignes de foi.

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *