Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Comment parler du quartier El-Hamri ?

Posted by on Sep 15, 2012

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Parc d’attraction d’Oran à El-Hamri

J’aimerais bien pouvoir parler des quartiers arabes comme celui d’El-Hamri par exemple, mais je me rends compte que je ne vois pas comment les aborder.

Si je vais sur Wikipedia, je vois que El-Hamri correspond au 5ème arrondissement d’Oran : Medioni, Lyautey, Lamur, Saint-Hubert.

Et je reste perplexe devant ces noms. Je ne sais pas quoi en faire.

Je peux parler de la rue d’Arzew, de la Place Kleber, de la Marine ou de la Calère, mais Medioni ? Lyautey ? Lamur ?

Quand je discutais avec mon père, il me disait, “là, c’était des quartiers arabes.” Aucun dédain dans cette affirmation, juste un aveu d’ignorance. Là, je ne peux pas t’aider, c’était des quartiers arabes, je ne connais pas.

Si je cherche une image d’El-Hamri sur Google, je tombe par exemple sur le parc d’attraction, qui est plus la marque d’une américanisation du monde qu’autre chose.

Je tombe aussi sur d’assez belles photos comme celle qui fait partie d’une galerie plus générale dénommée “Algérie, état des lieux.” El-Hamri se trouve en haut à droite.

J’ai pensé mettre cette photo-là en haut à gauche, et puis j’ai fini par y glisser le parc d’attraction. El-Hamri m’est étranger. Si je mets la photo du quartier, j’ai l’impression de jouer au touriste, de me promener avec mon petit sac-à-dos, et de trouver tout ça fort pittoresque.

Je peux trouver des renseignements sur El-Hamri. Houari Chaila, dans “Oran, Histoire d’une ville” en parle p184. Et le titre qu’il en donne est peut-être la raison pour laquelle il m’est compliqué d’évoquer tout ça de manière détachée, en touriste : El-Hamri ou les premières leçons de patriotisme.

Comment me situer par rapport à ça ? Il est évident que je ne suis pas près de sentir ce qui fait vraiment l’âme de El-Hamri.

El-Hamri dans la partie sombre

Moi qui veut connaître Oran, comment avoir accès à l’autre moitié de la ville, et plus encore, comment en parler ?

Je pourrais assez facilement parler de Medina Djida. Tewfik y habite, je discutais encore avec lui il y a quelques jours. Je pourrais très bien lui dire, Tewfik, décris-moi Medina Djida. Il le ferait sans problème. Et j’aurais du contenu.

Mais je ne pourrais pas en parler parce que je serais à la place du français qui regarde ça en touriste, or je ne peux pas me permettre de regarder Oran en touriste. Par égard pour les miens.

Et parce que c’est mon histoire, et qu’on ne peut pas regarder son histoire en touriste.

Et pourtant, je dois y aller. C’est essentiel.

La ville que j’ai dans la tête est très exactement la ville coloniale : il y a les quartiers européens que je connais un peu, et puis les autres que je ne connais pas. De grandes formes géométriques blanches avec des noms de rues familières, et de grandes formes géométriques sombres totalement inconnues.

Je ne peux pas rester coincé en 1962.

Ça n’a pas de sens.

 

Paul Souleyre.

 

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* * *

Et vous, connaissez-vous El-Hamri ?

 

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* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est El-Hamri et l’angle, l’impossibilité d’en parler sérieusement. Toujours mettre en avant les résistances psychologiques… sans trop faire de psychologie. 

Ecriture : Là, on est clairement dans le questionnement. Et il s’agit de montrer le déroulé de la pensée.

Transmission : Comment accéder à ce qui n’a pas même été connu de nos ancêtres ? Mais qui a été à l’origine de leur départ.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.


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commentaires

12 Comments

  1. Allez, encore un petit effort 😉 Pourquoi dire que “la ville que [tu] as dans la tête est très exactement la ville coloniale” ? C’est inexact puisque Oran était un département français et non une colonie, et par ailleurs le terme porte en lui une charge fortement négative. Pourquoi ne pas s’en tenir à la réalité de 62, Oran une ville française…?

  2. Probablement parce que je suis en 2012…

  3. Mais même en 2012…Oran n’était pas une ville “coloniale”… Oran était française. Pourquoi donner en 2012 cette appellation de “coloniale” qui est une interprétation et non une réalité historique ? Attention au révisionnisme 😉 Assimiler l’Algérie à une colonie est une contre-vérité et lui fait perdre sa spécificité de départements français. C’est cette particularité qui fait que cette histoire reste toujours brûlante. Commencer à utiliser le terme “colonial” c’est au final gommer ce qu’était réellement l’Algérie. Bien sûr qu’en 2012 l’emploi de “colonie” est aisé mais on tombe dans un amalgame avec les autres pays d’Afrique qui est totalement faux. Le fait que l’Algérie ait été constituée de départements français est d’une importance capitale pour les combats qui ont pu être menés. En premier lieu, celui qui fait du Grand Salopard un traître en vertu la Constitution qui dans son article 1er stipule que la France est une République INDIVISIBLE. Commencer à utiliser le terme “colonie” pour l’Algérie c’est nier l’Histoire telle qu’elle s’est déroulée. On ne peut pas la REECRIRE en fonction des époques. Il y a les faits, intemporels, et les visions selon les époques, totalement subjectives, et parfois mensongères. Par honnêteté intellectuelle, tenons-nous en uniquement aux faits.

  4. Disons que sur le plan administratif, tu as raison. Ce sont des départements français, donc c’est la France.

    Ensuite, on peut aussi se poser quelques questions sur le genre de ville qui se construit en Algérie : si je prends une ville française comme Bordeaux, je n’ai pas des quartiers séparés (bien que tout ne soit pas noir ou blanc bien sûr, mais enfin, quand même…) psychologiquement, je vais partout sans avoir l’impression que je passe sur une autre planète. Ce n’est pas vraiment le cas à Oran. Encore une fois, il y a des exceptions, mais je me rappelle très bien ma mère qui me dit qu’elle n’a pas mis les pieds dans les quartiers arabes. Même si bien sûr, rien d’officiel ne le lui interdit.

    Dans la tête, par contre, c’est une autre histoire. A ce titre, je considère quand même que les villes d’Algérie ne sont pas tout fait des villes comme les autres. D’où mon qualificatif de colonial, faux du point de vue du strict droit constitutif, vrai (à mon sens) du point de vue du vécu sur place.

    Il y a une géographie de la ville tout de même très particulière.

  5. On trouve ce type de villes absolument dans n’importe quel pays du monde, avec des quartiers spécifiques à des communautés. C’est le cas de Toulouse, Paris ou Marseille par exemple. L’exemple le plus significatif est sans doute New-York. Le terme “colonial” induit presque celui de “ségrégation” dans ta présentation de la ville d’Oran. Si je prends l’exemple de ma mère qui habitait rue Bruat à Oran, donc en plein centre, ils étaient les seuls Européens de l’immeuble. Tous les autres habitants étaient Juifs ou Arabes. Méfions-nous des raccourcis hâtifs… Ma mère et ma tante qui n’avaient pas de baignoire dans leur appartement allaient chaque semaine dans un hammam du Village nègre…

  6. Il faudra que je questionne un peu autour de moi pour voir s’il n’y avait que ma famille qui n’avait pas de contact avec la population arabe.

  7. Mes arrières grand parents habitaient au “village nègre” et il ne se sentaient pas connotés péjorativement, ni colonisés, ni colonialistes.
    La période “coloniale” fait partie du langage des soviets et des fellagas pour légitimer leur razzia.

  8. Je ne suis pas sûr que le mot colonial soit un mot inventé de toute pièce pour légitimer quoi que ce soit. Dans la revue de généalogie que j’ai évoquée le 20 septembre, ce terme très officiel revient très souvent sous des tas de formes. Voir ce document officiel par exemple. Que les personnes ne se sentent pas colonisées, ou n’aient pas l’impression de coloniser, est une histoire subjective, non ?

  9. Oui mais le terme “colonial” tel que tu l’utilises n’a strictement rien à voir avec la “colonisation” évoquée dans ce document officiel. Au XIXème siècle la colonisation c’est l’octroi de concessions de terres le plus souvent arides et inoccupées. C’est un terme purement “agricole”. D’ailleurs, en Algérie française, le “colon” n’était ni plus ni moins que l’équivalent de notre “agriculteur” d’aujourd’hui, on l’appelait ainsi même s’il n’avait qu’une minuscule propriété sur laquelle il vivotait. En ce sens tu ne peux pas, pour justifier ton “ville coloniale” par exemple, t’appuyer sur le document que tu produis puisqu’il est au contraire le démenti même de ce que tu avances ! Par définition une “ville” ne peut avoir le qualificatif de “coloniale” qui ne s’applique qu’au monde agricole ! Toi, tu utilises le terme avec le sens négatif dont il s’est chargé dans les années 50/60… Ce document va à l’encontre de ce que tu voulais démontrer…

  10. C’est possible en effet, et pourtant, quand je lis la première page de “l’histoire de l’Algérie enseignée aux enfants” par Jules Renard, j’y trouve cette première phrase qui ne me parait pas se limiter uniquement au domaine agricole : “l’Algérie est la plus grande et la plus belle des colonies françaises.” C’est du Staline avant l’heure, pour en revenir aux Soviets. L’intérieur du livre est intéressant. On peut le trouver sur Gallica, à cette adresse. Il y a beaucoup de sources directes sur Oran, et de manière plus générale, sur l’Algérie au XIX°S dans Gallica. C’est un esprit particulier. Et je suis très content de pouvoir y accéder sans la médiation de qui que ce soit. Après, évidemment, stricto sensu, j’ai tort. “Au XIXème siècle la colonisation c’est l’octroi de concessions de terres le plus souvent arides et inoccupées. C’est un terme purement agricole.” Je n’ai pas du tout l’intention de taper sur le colonialisme du XIX°. Au contraire, je me suis procuré sur Gallica le livre physique de Ernest Capendu “La Popote” et je le lis avec beaucoup de plaisir. Il est tout empli d’esprit colonial, ça ne me gêne pas, c’est l’histoire. Je préfère ça au site qui se trouve à cette adresse et sur lequel je dirai peut-être un jour quelques mots. Mais il est probable que je continue malgré tout à employer le qualificatif de colonial devant le livre de Jules Renard, parce qu’il me semble colonial.

    Il y a par contre un argument que tu m’as sorti plusieurs fois et qui m’interpelle davantage (comme on dit) c’est le coup du “mais c’était pareil pour n’importe quelle ville provinciale française.” Peut-être en effet, que cet esprit parisien (repris en ricochet par Jules Renard qui est du coin) et s’adressant au reste du monde est identique vis à vis de Bordeaux ou de Montpellier au XIX°S. C’est une vraie question à laquelle je n’ai pas encore de réponse. Il faudrait que je trouve une trace de Montpellier se moquant allègrement d’Oran et d’Oran cherchant à se revaloriser auprès de Montpellier. Je saurai alors que la colonie existe même en dehors du territoire algérien, bien ancrée dans toutes les têtes depuis la petite enfance…

  11. تحيا ناس الحمري في خاطر سارة وهران صلاح بيقوا تيارت (“Vive les gens d’El Hamri et à la gloire de Sarah d’Oran, signé Salah Biqwa de Tiaret.”)

  12. Oui il n’y a pas plus difficile que de parler des quartiers populaire tel que justement d’el Hamri oui ses quartier arabe qui été le berceau de la révolution algérienne…s’est pour ca qu’on trouve rien sur ses quartiers sur le net .le black out total…
    J’essaye de faire une petite contribution
    Je suis née en juin 1960 a el Hamri pas a Medioni ni a Lyautey. S’est à dire entre l’actuel cimetière des chrétiens et la rue actuel avenu Lamur…
    A SUIVRE

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