Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Le Petit Vichy et son cortège d’imaginaire

Posted by on Juin 27, 2012

Le jardin du Petit Vichy

Oran – Le jardin du Petit Vichy (source : le coin de Renée Barthes sur le site Oran des années 50)

J’imaginais le Petit Vichy différemment.

C’est un peu le problème quand on découvre une ville dont on a vaguement entendu parler dans son enfance. On voit subitement apparaître des lieux très différents de ceux qu’on imaginait.

Le Petit Vichy est coincé dans l’angle d’un ravin. Entre le Lycée Pasteur (ex. Lamoricière) et Château-neuf. Je l’imaginais comme le Jardin Public ; beaucoup d’espace, de longues allées et une topographie plane.

Raté. C’est tout l’inverse.

Ma mère y allait petite avec “Tata Emilie”. J’ai peut-être vaguement aperçu cette “Tata Emilie” quand j’étais enfant mais pas plus de deux fois. Quand par hasard je repense à “Tata Emilie” que je ne connais pas, il me vient à l’esprit l’image d’un Petit Vichy imaginaire qui n’a rien à voir avec la réalité. (NB : j’ai découvert plus tard le livre de Serge Durrieux Oran, la ville aux cent visages dans laquelle se trouvent de nombreuses photos de la ville, et notamment du Petit Vichy. Il n’est pas si éloignée que ça de mon imagination…)

Il n’y a pas de Théâtre de verdure, il y a un marchand de sucettes à la camionnette rose (pourquoi, je n’en sais rien), un kiosque pas très loin et une balançoire. Je vois une vieille dame aux cheveux frisés qui tient ma mère par la main. Comme je ne sais pas à quoi ressemble “Tata Emilie” , je ne peux pas dire ce qu’il en est de cette vieille dame. J’ai fabriqué un Petit Vichy qui n’existe pas.

Le jardin du Petit Vichy

Le jardin du Petit Vichy (source : Oran, la ville aux cent visages par Serge Durrieux – Voir aussi l’article sur ce livre pour d’autres photos)

Il y avait beaucoup d’imaginaire en moi jusqu’à ces derniers mois.

La rue d’Arzew, par exemple, m’a beaucoup déçu parce que je l’imaginais large et sans arcades. J’ai fini par m’habituer à sa configuration actuelle qui a l’avantage d’être facilement reconnaissable.

Sous la plume de ma mère, la rue de Mostaganem est tellement chargée d’émotions que je l’imaginais pittoresque, pleine de petits recoins, tortueuse.

Ça n’a pas de sens.

C’est comme les rêves, l’imaginaire associe beaucoup d’images préconçues et fabrique un monde absurde. La rue de Mostaganem est un long boulevard est-ouest qui coupe la ville en deux.

*

 

Certaines personnes préfèrent conserver leurs souvenirs et ne sont pas prêtes à les échanger pour du “réel”. Je mets “réel” entre guillemet parce que la notion de réalité pourrait être discutée à l’infini. Mais chacun sait de quoi je parle.

J’ai laissé tomber mes souvenirs pour les confronter au réel.

Le Petit Vichy est devenu un parc étroit, en pente, sans kiosque, sans camionnette rose et sans “Tata Emilie” . Je n’en suis pas triste, je découvre autre chose.

102 rue d'Arzew actuellement. On reconnait les arcades.  (source :

102 rue d’Arzew actuellement. On reconnait les arcades. (source : le coin de Pierre Galy sur le site Oran des années 50)

Avec l’âge, j’attache de moins en moins d’importance à ce que j’ai dans la tête. La seule chose qui compte désormais est l’envers du décors et tant mieux si ça n’a rien à voir avec mon imagination.

Je crois même que dans une transmission, l’important est de se nettoyer l’esprit. On est rempli d’images préfabriquées sur des paroles entendues dans l’enfance, or si la parole est importante, elle trouve assez rapidement ses limites lorsqu’elle n’est pas mise à l’épreuve.

C’est un peu l’histoire de l’enfant qui crie au loup 10 fois de suite. Au bout d’un certain temps, la parole ne vaut plus rien. On tourne en rond.

C’est dans la confrontation que les choses avancent. Camus le disait déjà.

Il me tarde donc de voir Oran.

 

Paul Souleyre

 

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* * *

Vous êtes-vous déjà promené  au Petit Vichy ?

 

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3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est ici le Petit Vichy mais surtout la confrontation entre le souvenir et la réalité. Il y a le choix : on peut rester sur des souvenirs ; on peut décider de les confronter à la réalité. Toujours choisir l’angle qui met en évidence les choix face auxquels on se trouve confronté.

Ecriture : Donner un nom précis comme “Tata Emilie” donne tout de suite une grande présence au souvenir. Il faut toujours penser à ancrer ses réflexions dans du concret. Le concret fixe l’imaginaire du lecteur.

Transmission : La transmission est faite d’imaginaire. Cet imaginaire gagne toujours à être confronté à d’autres imaginaires voire à une certaine réalité pour se transformer, s’affiner, se nuancer. Ce n’est pas la peine de rechercher une vérité, elle n’existe pas. Mais il est toujours possible de nuancer.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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commentaires

7 Comments

  1. Mais non Paul Souleyre le petit vichy c'était aussi le manège, le marchand d'oublis à l'entrée, les balançoires et puis surtout les ânes et aussi les calèches tirées pas des ânes et celles à pédales.Oui j'ai revu ce jardin dernièrement , qu'il est triste et sans ames(dans les deux sens , il n'y a personne ) A mon époque cela bruissait, c'était ma grand mère qui venait , et là (toi qui aime ces petits secrets innocents en vérité)un monsieur , journaliste réfugié au Chili mais qui venait parfois à Oran, lui tenait compagnie , et nous ses petits enfants quand nous le voyions arriver, nous disions, mémé ton fiancé hhh.

  2. Ah ! J'adore ces petits secrets, en effet !! Mais ce que je préfère dans toute ta jolie description du Petit Vichy, ce sont les ânes. Je ne m'y attendais pas. Me voilà avec trois Petit Vichy maintenant. Le tiens, celui de "Tata Emilie", et celui des photos actuelles… Merci pour ce commentaire Emile.

  3. Ah ! J'adore ces petits secrets, en effet !! Mais ce que je préfère dans toute ta jolie description du Petit Vichy, ce sont les ânes. Je ne m'y attendais pas. Me voilà avec trois Petit Vichy maintenant. Le tiens, celui de "Tata Emilie", et celui des photos actuelles… Merci pour ce commentaire Emile.

  4. Bonjour Paul
    Nous y allions souvent ma soeur et moi .Maman préparait le gouter que nous prenions assises sous les arbres.A la sortie il y avait un marchant de CALENTICA et maman en achetait un bon pour le soir Papa rajoutait du cumin dessus

  5. Merci pour ce joli souvenir

  6. J’habitais rue du caire (donnant sur rue de Genes et proche de la rue Philippe). Je suis né en 50 et mon souvenir ce sont mes promenades au Petit Vichy et surtout les petites caleches à pédales. Pour les nostalgiques,il y avait aussi les “caricos” .il s’agissait de planches à roulettes munies d’une espece de guidon en bois .On s’asseyait dessus et on avancait sur les pentes existantes. Nous nous amusions comme des fous.J’y pense encore aujourd’hui.
    Paul Martinez 06 07 88 05 33 (Montpellier ) petitvichy@gmail.com

  7. Bonjour,
    J’ai moi même revisité ce jardin du Petit Vichy, 55 ans après, en septembre 2015. Nous habitions juste en face jusqu’à l’année 1960 – dans les immeubles situés derrière l’E.G.A. (Électricité et Gaz d’Algérie), ces immeubles blancs dit « Marine » actuellement rebaptisés Cité Cdt Ferradj.
    Effectivement le jardin a rétréci car on ne peut plus descendre jusqu’en bas, près du Théâtre de verdure lequel existe toujours ; j’ai pu le retrouver au fond du jardin, derrière une haie et une clôture que j’ai pu franchir pour faire une photo. S’il n’est pas trop tard et que quelqu’un répond à ce commentaire je peux lui fournir cette photo, s’il est intéressé bien sûr.
    Merci pour ce bain d’oranie qui continue a hanter ma vie.
    Gérard GIRAUD, Marseille.

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