Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Oran : une ville qui commence à être travaillée par ses ravins

Posted by on Avr 20, 2013

oran ravin blanc

Oran – vue générale prise depuis l’Est – Vue sur le Fort Ste-Thérèse au bas de Rosalcazar – Ravin de l’Oued Rouina (source : le site Oran des années 50)

Il y a certaines phrases qui font peur.

Ces oueds enfouis se réveillent subrepticement.”

C’est dans Oran la mémoire, mais première édition, acheté il y a longtemps sans savoir alors qu’il s’agissait du même livre que celui vendu actuellement.

Sauf qu’il ne s’agit pas tout à fait du même livre, la couverture est différente (voir l’article consacré il y a quelques mois aux deux livres pour davantage de précisions), et surtout, certains textes n’existent plus dans la seconde édition.

Notamment celui intitulé : “Oran, les secrets du sous-sol”.

Kouider Metaïr a bien fait de l’enlever, ce n’est pas le genre d’article qui donne envie de visiter Oran, on a l’impression que la ville peut s’effondrer à tout moment.

Ces oueds se réveilleront-ils un jour ? Telle est la question que se posent tous les Oranais qui découvrent que leur ville est plate parce qu’on l’a voulu.

Très belle phrase qui éclaire la vieille carte postale en haut à gauche, et permet de prendre conscience du côté totalement artificiel de la ville  actuelle.

Oued Rouina fait parler régulièrement de lui, et bruyamment, car les dégâts qu’on lui impute sont déjà considérables.

Il a rongé les immeubles du boulevard de l’Industrie, avalé le sol sous les pieds de l’Hôtel Martinez, dénivelé les chaussées des rues voisines et des allées du théâtre de verdure.

De temps en temps, à la suite de fortes précipitations, il arrache un morceau du sol, de Bab el Djiara, au pied des grands immeubles du boulevard de la Soumam ou des sœurs Benslimane.

Alors qui est Oued Rouina ?

Ravins d'Oran

Ravins d’Oran (carte extraite d’un article de Robert Tinthoin, “Oran, ville moderne”, publié dans “L’Information géographique”, année 1956, volume 20)

Si on regarde attentivement la carte, on remarque que Oued Rouina sépare le plateau de Kargentah (où se trouve le petit ravin de la Mina et la gare) du plateau sur lequel sont construits Château-Neuf (C.N.) et la place d’Armes (Foch).

Et on remarque surtout qu’il y a des ravins un peu partout. On en retient cinq la plupart du temps.

1 – Le Ravin de Raz el-Aïn

Il est le plus connu parce que c’est sur son flanc ouest que la ville s’est construite. Tout le quartier de la Marine s’y trouve, et un peu plus haut, contre la colline de Santa-Cruz, celui de la Calère.

Dans la deuxième moitié du XIX° siècle, le centre-ville se déplace vers l’Est pour s’installer au cœur du ravin, au niveau de la place Kléber, suivant une ligne qui peut s’étendre de la place des Quinconces à celle de la République, en passant par le boulevard Stalingrad. Le point zéro de la ville se trouve d’ailleurs place Kléber.

Ravin Raz el-Aïn

oran ravin raz el ain 1900

Oran – Ravin Raz el-Aïn vers 1900 (carte postale ancienne)

plan oran raz-el-ain

Suivi approximatif du ravin raz el-aïn (plan Oran des années 50 modifié)

plan Oran 1831 raz el ain ravin

Localisation de Raz el-Aïn et deux autres ravins sur un plan de 1831

Oran rue du RAVIN RAZ EL AIN

Oran – Rue du ravin Raz el-Aïn (carte postale ancienne sur Oran des années 50)

On peut considérer que le premier travail d’aplanissement de la ville commence ici, au niveau de la place Kleber, mais il est malgré tout difficile d’oublier qu’on se trouve au fond d’un ravin, puisqu’il faut descendre la rue de Gênes, la rue Philippe, ou la rampe Valès, pour accéder à cette partie de la ville.

C’est surtout au niveau du plateau de Kargentah, au début du XX° siècle, que les transformations seront les plus spectaculaires et que la ville se retrouvera artificiellement aplanie.

*

 

2 – Le ravin de l’Oued Rouina

Difficile de dire quand a commencé le comblement, mais on peut assez facilement le repérer à partir d’anciens plans et d’anciennes cartes postales très explicites.

 Ravin de l’Oued Rouina

Oran - Ravin de l'Oued Rouina avant comblement - On voit le Lycée Pasteur (ex. Lamoricière) sur la droite (source :

Oran – Ravin de l’Oued Rouina avant comblement – On voit le Lycée Pasteur (ex. Lamoricière) sur la droite (source : carte postale ancienne)

oran lycee lamoriciere

Oran – Le lycée et le ravin non encore comblé (source : carte postale ancienne sur le coin du popodoran)

oran lycee gallieni rouina ravin

Oran avant le Petit Vichy (source : Guy Montaner sur Oran des années 50)

plan ravin rouina oran

Oran – Ravin de l’Oued Rouina (plan modifié)

Je laisse la place à Guy Montaner qui fournit quelques repères sur le site “Oran des années 50” :

Regardez bien cette carte, on s’aperçoit que la ville est en pleine évolution : rien ou presque autour du lycée, certains quartiers inexistants, certaines artères n’en parlons pas ! 

Maintenant regardez ce fameux Boulevard Gallieni,  il démarre du Boulevard Séguin, passe devant le lycée, serpente le long du ravin de l’Aïn-Rouina, passe devant l’usine à gaz pour arriver à la plage !

Et pas n’importe laquelle : la Plaiyca del Nabo ! connue dans le monde entier ! Voilà pourquoi, pendant des années le nom de cette route a été : La route ou la rue de la Plage !

Eugène Cruck dans Oran et les témoins de son passé rappelle “l’horizon potager qui s’offrait alors au voyageur” :

“Les courges, les patates, les vignes, les laitues, y croissent par milliers dans des enclos de cannes et de figuiers de Barbarie que surmonte, en se balançant avec grâce, un magnifique bouquet de palmiers”.

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3 – Le ravin de la Mina

Un peu plus à l’Est du ravin de l’Oued Rouina, le ravin de la Mina n’a jamais été véritablement comblé (me semble-t-il) par contre, il a fallu l’enjamber en 1957, lors de l’extension du Boulevard Front de mer.

 Ravin de la Mina

oran ravin mina

Oran – Le ravin de la Mina sous le boulevard Front de mer (source : Oran des années 50)

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Oran – Extension du boulevard Front de mer sous le ravin de la Mina (source Collection JC Pillon)

oran ravin mina

Vue Est sur le ravin de la Mina (source : Oran des années 50)

plan mina rouina

Localisation du ravin de la Mina (plan Oran des années 50 modifié)

Je ne sais pas s’il était possible de rejoindre le centre-ville par la Mina avant 62. Il restait tout de même une trace de ce ravin à travers deux rues qui plongeaient l’une vers l’autre : la rue de la Plage et la rue de la Mina.

La rue de la Mina est aujourd’hui devenue la rue Meknous, et rejoint la route du port en contre-bas par la rue Sahraoui, si je suis bien les indications du plan actuel.

4 – Le ravin de la Cressonnière

Il est sûrement le plus facile à repérer puisqu’il se trouve sous l’ancien square Lyautey et qu’un tunnel (parfaitement visible sur toutes les photos du Front de mer) a été construit pour rejoindre le centre-ville.

 Le ravin de la Cressonnière

oran ravin cressonniere

Oran – Le ravin de la cressonnière avec la vieille mosquée du Bey (source : carte postale)

Oran ravin cressonniere mosquee bey

Le ravin de la Cressonnière aux côtés de la Mosquée du Bey (source : site perso de JC Pillon)

oran ravin mina

Oran – Le ravin de la Cressonnière après celui de la Mina (source : Oran des années 50)

plan cressonniere oran

Oran – Plan de la ville autour du ravin de la Cressonnière (source plan Oran des années 50 modifié)

Il se trouve tout près de la vieille mosquée que le Bey d’Oran a fait construire à l’extérieur de la ville en 1792. J’en avais fait un article-vidéo il y a bien longtemps parce que je ne comprenais pas du tout cette photo datée de 1920. Comment expliquer qu’en 1920, aucun immeuble ne soit encore installé dans ce coin-là !! Mystère… (résolu depuis !)

5 – Le ravin Blanc

Très difficile à rater puisqu’il se trouve indiqué sur tous les plans, contrairement aux autres ravins, toujours recouverts par des noms de rues ou des pâtés de maisons.

Ce qui signifie d’ailleurs que ce ravin n’a pas été comblé, probablement parce qu’il était loin du centre-ville, et qu’on pouvait construire sans trop de problème de part et d’autre. En revanche, plusieurs ponts l’enjambent.

 Le Ravin Blanc

ORAN port ravin blanc

Oran – Ravin Blanc (source : Collection JC Pillon sur Oran des années 50)

Oran ravin Blanc

Oran – Ravin Blanc vu depuis Santa-Cruz (source : Collection Roseline Mas sur Oran des années 50)

oran ravin blanc

Oran – Ravin Blanc actuel – (source : Gaouar Chakib)

oran plan ravin blanc

Oran – Plan du Ravin Blanc (source : plan Oran des années 50 modifié)

“Ces oueds enfouis se réveillent subrepticement” écrivaient Kouider Metaïr.

Sur le talus du Front de mer, des écoulements de boue et des ruissellements d’eau incessants, perceptibles entre Mina et la Cressonnière, indiquent aux plus sceptiques que ces oueds travaillent dangereusement le sous-sol.”

Il est évident qu’une ville bâtie sur tant de ravins ne peut pas tenir debout des dizaines d’années sans un minimum d’entretien.

J’ose espérer que tout ne s’écroulera pas brutalement sous les yeux d’une Vierge qui tangue déjà pas mal sous l’effet des intempéries.

Pas très rassurant tout ça…

 

Paul Souleyre.

 

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NB : Un article inquiétant du Quotidien d’Oran en date du 2 mars 2013

 *

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Que peut-il se passer si rien n’est fait pour surveiller les ravins ?

 

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* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet évoque les ravins d’Oran et l’angle est celui de l’illusion du plan et de l’éternité qui cache toujours les accidents et l’impermanence du temps. On a un merveilleux sol plat qui masque des crevasses et des ravins. Dans le genre symbolique, il est difficile de trouver mieux, donc l’esprit se laisse prendre. Ne pas se priver de ce genre de plaisir sur un blog. Mais ne pas grossir le trait non plus. Les faits suffisent toujours en eux-mêmes à évoquer les symboles.

Ecriture : Découpage en chapitre et priorité donnée aux images. Le texte sert ici de transition. Inutile d’en rajouter.

Transmission : De l’importance d’aller chercher sous les platitudes d’usage.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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commentaires

5 Comments

  1. Très intéressant comme article, d'ailleurs ces jours ci les autorités locales semble préoccupés par ce danger et des démarches sont faites dans ce sens et les journaux en parle beaucoup

  2. Si tu peux scanner (ou même photographier avec ton portable, ce que je fais souvent) des articles qui y font référence, je suis preneur !

  3. Quand ces ravins ont été comblés, des drains ont été réalisés afin de permettre les eaux de circuler et d’aller se jeter vers la mer, ces rivières coulent toujours mais sous-terre grâce aussi a des ovoïdes géants, les deux principaux sont : la galerie de fort Lamoune et de Cova de la agua, situées respectivement à l’ouest et à l’est du nouveau port de la ville.
    Il faut craindre l’obturation de ces drains qui qu’on voit au niveau du front de mer. Ceux sont des eaux qui proviennent du Mont Murdjadjo formant des nappes sous une entre deux roches imperméables. il ne faut pas craindre les eaux superficielles car le bassin versant de la partie basse est très petit “De la ville nouvelle jusqu’au port” et celui de Oued Rehi un peu plus grand.

  4. Très intéressant cet article qui resitue notamment l’Ain Rouina où nous habitions, dans les immeubles situés juste derrière celui de l’EGA. Merci aussi pour ces photos rares lesquelles illustrent parfaitement bien la situation.

  5. Bonjour
    Est-ce quelqu’un pourrait me renseigner sur le trace précis du ravin de l’oued Rouina dans sa partie supérieure ( entre la place d’Arme et l’ancien village Nègre)

    Merci par avance pour vos retours

    Cordialement

    EB

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