Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Oran et son ancien quartier juif

Posted by on Sep 19, 2012

Quartier juif - Rue d'Austerlitz (source : collection LVD)

Quartier juif – Rue d’Austerlitz (source : collection LVD – Cliquer sur la photo pour agrandir)

Il y a beaucoup d’informations sur le quartier juif d’Oran.

Trop. On ne sait plus où donner de la tête.

Mais curieusement, c’est toujours la même photo qui revient, celle que j’ai mise à gauche.

Voilà un paradoxe que je ne m’explique pas.

Quand je dis trop, c’est trop d’informations pour faire une chronique de 500 mots, bien sûr, parce qu’on n’a jamais assez d’informations. Mais enfin, je suis un peu déboussolé.

D’habitude, je cherche ; là, je dois élaguer.

Je vais malgré tout fournir quelques informations ; je reviendrai ensuite sur la photo.

« Le quartier juif s’étendait entre le Boulevard Joffre et la Rue des Jardins. Lors de la reprise de la ville aux espagnols, Mohammed el-Kebir décida de repeupler Oran et fit appel aux juifs des villes de Nedroma, Mostaganem, Tlemcen et Mascara.

Quartier juif Synagogue Oran

Quartier juif – La Synagogue d’Oran, boulevard Joffre (source : De burcht Sion)

Trois rues principales étaient parcourues :
– la rue d’Austerlitz (appelée la rue des Juifs)
– la rue de Wagram
– la rue de la Révolution où se trouvaient un temple protestant, et à son extrémité, la place Ben Daoud avec l’église St-André.

La grande synagogue était le centre de vie du quartier juif. Elle était considérée comme la plus belle du monde avec celle de Turin. »

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Je tire ces quelques informations du film que Pierre Machot a tourné à Oran, et que Toufik m’a offert à Paris, fin juin, de la part de l’Association Bel Horizon. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler.

Il est découpé par quartiers, on s’y retrouve facilement.

Mais il y a une phrase que j’ai omise et que je vais maintenant écrire : « La rue d’Austerlitz était la plus curieuse à parcourir. C’est là que se tenait le marché. »

Donc nous y voilà : la rue d’Austerlitz est curieuse.

Elle détonne dans le paysage urbain d’Oran.

On le voit peut-être mieux sur le film que sur la photo ; c’est une rue étroite. Le marché se tient de chaque côté. On peut à peine marcher. Je crois que c’est l’idée que cherche à faire passer cette photo que tous les sites se repassent allègrement.

Probablement parce que sur le film de 2005, il n’y a plus grand monde.

Épicerie Mechaly rue d'Austerlitz (photo Edgard Attias)

Ancienne épicerie des frères Méchaly, rue d’Austerlitz (photo Edgard Attias)

La communauté juive a disparu, une fois de plus. Elle s’est dispersée pour une bonne part en France, et pour une part non négligeable, en Israël.

Je dis « une fois de plus » parce que si on s’intéresse un tant soit peu à l’histoire des juifs d’Oran, on prend conscience de l’instabilité de la communauté dans la région. C’est un perpétuel balancement des marées, un destin de peuple en diaspora, qui migre au gré des conquêtes du voisinage.

Ce qui fascine peut-être le plus dans la photo, c’est justement de les voir attachés à une rue.

Entre le Boulevard Joffre et la Rue des Jardins. C’était le lieu d’une communauté comme la Marine était un faubourg d’Alicante.

On se dit, tiens, ils étaient là ? Rue d’Austerlitz ? Ils sont arrivés quand ? 

Un peu comme les caracoles andalous, mais en plus anciens.

Il y avait beaucoup de monde dans la vieille ville, quand on y pense. Une vie foisonnante.

Aujourd’hui, les murs sont jaunes et délabrés.

C’est une rue très curieuse, en effet.

 

Paul Souleyre.

NB : Je découvre les photos du Quartier Juif prises en 2005 par Edgard Attias – Pour les murs délabrés, voir les très belles photos actuelles du Derb de Ram Zy. Et  depuis, j’ai aussi découvert certains de mes ancêtres

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Et vous, connaissiez-vous la photo de la rue d’Austerlitz  ?

 

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3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est le quartier juif et l’angle, celui de la dispersion des peuples. Sujet compliqué. A traiter le plus tard possible.

Ecriture : Ecrire entre les gouttes. Tout un art.

Transmission : Les communautés dispersées ont toujours beaucoup à transmettre.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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commentaires

19 Comments

  1. Je ne crois pas que beaucoup d’Oranais l’aient jamais appelée Rue d’Austerlitz. Pour tous c’était la Rue des Juifs. Sans vouloir sombrer dans ce que tu estimes être le mythe d’une cohabitation harmonieuse des 3 religions, on retrouvait arpentant l’allée de ce marché aussi bien des Juifs, des Arabes que des Européens. Exactement comme au Kh’ambli (orthographe ?), le marché du Village nègre. Du moins jusqu’en 1960… Il y avait bien des quartiers « communautaires », comme dans de nombreuses villes du monde, mais aucune ségrégation comme le prétendent aujourd’hui certains pseudos historiens.

  2. Oui, j’ai eu du mal à savoir si la « rue des juifs » était la rue d’Austerlitz ou la rue de la Révolution. Et je n’arrive pas à trouver « Kh’ambli » (ou quelque chose d’approchant) en ce qui concerne le village nègre. J’espère qu’une bonne âme viendra préciser tout ça.

  3. Je viens d’avoir la confirmation par une Oranaise « de souche » (ma mère !), la rue des Juifs était bien la rue d’Austerlitz. Ma mère y a des souvenirs d’enfant terrorisée par les vieilles femmes juives très ridées avec leur tenue noire comme un grand voile qui partait de la tête et se terminait en pointe derrière les jambes au niveau des chevilles. Pour le Kh’ambli (ou Kh’ambri ?) je l’écris phonétiquement (le kh arabe pour le son jota en espagnol). Elle me confirme que c’est le terme qu’employaient tous les Oranais lorsqu’ils allaient au marché Sidi-Okba du Village nègre. Le terme est resté très ancré en moi car je l’ai souvent entendu enfant et ado. Lorsque ma chambre était en désordre (c’est-à-dire toujours !) mes parents me disaient : « on se croirait au Kh’ambli ». Expression utilisée également dès qu’il y avait un lieu ou régnait le fourbi !

  4. kham’rri avec le kh comme la jota

  5. IL N Y AVAIT PAS DE RASCISME A L EPOQUE MA MERE ME DISAIT QUE NOS MEILLEURESVOISINS ETAIT LES JUIFS ON APPRENAIT DE LA BONNE CUISINES D ELLES.LES JUIVES VOISINS NOUS FONT GOUTER TOUT LEURS BONS PLATS LEURS GATEAUX ET SURTOUT LE MAKROUD.SALUT A TOUT LES JUIFS ORANAIS

  6. Je confirme s’il en est encore besoin : La rue d’Austerlitz était bien communément appelée « Rue des Juifs » . Je le sais bien, j’y habitais.
    Quant à la photo, c’est pratiquement la seule qui circulait concernant cette rue. Editée en carte postale, en blanc et noir, ou en couleurs, reprise par d’innombrables ouvrages et sites, elle a fait le tour du monde.

  7. La rue de la Révolution était communément appelée « Rapolione »

  8. Bien qu’ayant habité dans le quartier juif toute mon enfance, l’appellation que signale M. Aknin ne m’était pas connue. J’ai donc fait quelques recherches et j’ai trouvé ceci dans le livre de référence sur Oran, celui de René Lespès :
    « La rue de la Révolution s’appelait antérieurement rue Napoléon. (page 133)  »
    Rapolione était une déformation de Napoléon et ce terme n’était « communément » employé que par les très anciens habitants puisque c’est le 7 décembre 1870 que par arrêté municipal, la rue Napoléon devint la rue de la Révolution.
    Notons aussi pour rester sur Napoléon que le quartier israélite s’appelait quartier Napoléon, et que la place d’Armes se nomma successivement , place Napoléon puis place de la Révolution et beaucoup plus tard place Mal Foch, sans jamais quitter son nom de « Place d’Armes »
    Egalement dans le livre de M. Lespès, page 133 note 2 : « Rues de Naples, de Fleurus, de Milan, de Ratisbonne, de Zurich, de Wagram, de Suez, de Léoben, de Friedland, d’Ulm, toutes ces dénominations comme beaucoup d’autres de la vieille ville, évoquaient les souvenirs encore vivants chez les militaires des guerres de la Révolution et de l’Empire »

  9. merci pour ces rappels de ma ville, et plus particulièrement l'empire, le dimanche matin.
    j'avais 7 ans et mon oncle m'y amenait avec ma cousine.
    on ne jouaiit pas aux cowboys et aux indiens mais à georges Pages et yolande Cuty, les présentateurs du radio crochet…..les souvenirs se réveillent…..ma ville inoubliable

  10. Ma mère habitait aussi la rue des Juifs elle avait un petit commerce qu elle tenait avec son frère: Yvette et Roger
    Elle me parle toujours de cette solidarité entre communautés, les portes étaient toujours ouvertes a tout le monde

  11. salut a tous et a toutes, je suis un habitant d’Oran et je suis la 3 eme génération qui vie au vieux quartier juif. exactement a la rue Caporal signer entre la rue d’Austerlitz et la rue de la révolution. en effet ma grand mère me racontais qu’ils vivaient en harmonie avec les juifs et que même il lui arrivais de leurs réchauffer leurs marmite le jour de chabat. et si quelqu’un a besoin de quelque photos du quartier qu’il m’écrit, je le ferrais en sa mémoire…

  12. Peut-être auriez vous pu préciser que la carte de la Synagogue, en vert, vient de mon site http://diaressaada.alger.free.fr, car je possède la carte originale, sans annotation, et avec l'annotation en vert qui est la date au verso de cette carte.

  13. Je ne connaissais pas votre site, je suis désolé. J’ai trouvé cette carte sur le site indiqué sous l’illustration. Si vous me donnez un lien qui mène vers votre carte originale, je me ferai un plaisir de diriger les lecteurs vers votre site. Cordialement.

  14. Mon père habitait dans le derb juif en face la boulangerie le boulanger il s'appelait Mr Ruis ou louis je me rappelle pas j'avais 6ans,et en bas il y avait deux hammam l'un en face l'autre les deux bains maure.Mon père il avait une épicerie de ravitaillement et dehors du magasin il vendait des légumes et des fruits,si vous connaissait mon père n'hésiter pas à me contacter merci beaucoup.

  15. Comme je vous ai dis que mon père habitait le derb qui était le quartier populaire des juifs, l’épicerie de mon père il vendait le ravitaillement les fruits et les légumes,et en face de nous il y avait une boulangerie et
    Le boulanger il s’appelait Mr louis ou Mr Rouis je me rappelle pas de son nom j’avais 6ans à l’époque.Il était très ami avec le boulanger et sa femme était très gentille on à assister au mariage de sa fille qui était très belle avec sa belle robe de mariée blanche c’était la belle époque que je n’oublierais jamais,j’ai garder des bon souvenirs,il y avait deux bains maures l’un en face l’autre sur la descente de la rue leoben,voila j’ai raconter un peu si vous pouvez me donner un peu plus je vous remercie beaucoup.

  16. mon père est né dans ce quartier en 1926 et on vit toujours

  17. je suis un natif d'Oran algérien de France non juif ,je trouve désolant de laisser un quartier d'une valeur et culturelle ancienne de l'autre fois Oran à l'abondant .

  18. Ma réponse A Paul Souleyre says:
    19 septembre 2012 at 9 h 58 min réponds

    La rue de la Révolution fait partie du quartier juif (Derb lihoud), quant à la rue d’Austerlitz elle abrité le Mellah, une ruelle commerçante, il y a aussi les rues de Wagram, de Paris, Zurich, place colonel Bendaoud, rue des jardins, rue de L’aqueduc, rue Philippe, rue du cercle militaire, place Valero, La montée Zabal ces ruelles font partie du quartier Juif.. Aujourd’hui 2015, quelques familles juives demeurent toujours, les Benaich, Salem, Banaoum, bensaadoun… ils sont algériens .

  19. DARMON précurseur de  » TATI  » à sa gauche la Mairie , en face le Théâtre Municipal
    nulle ORANAISE et même du Département ne pouvait ignorer cette institution .

    Du Caleçon molletonné à la Culotte Petit Bateau , sans compter , Tissus , chaussures , tout ou presque  » Batal  » non ce n’était pas gratuit bien sur mais à la portée de toutes les bourses .

    Ma Mama concierge d’immeuble était souvent chargée de faire des emplettes aux pseudos bourgeoises de notre immeuble , Les Falaises , Monument aux Morts  » le must quoi .

    Itou pour TATI on achète pardon on achetai mais sans l’emballage .

    Entre le 8 Nov 1962 et le départ des GI venus nous délivrer de ….? il y avait un commerce florissant en plein air de CAMEL , CHESTERFILD n Stylo PARKER , chaussures blousons etc … on disait alors acheter au Marché Noir .

    Quartier décrit par moi s/ le site hélas plus actualisé de JC PILLON s/ le nom Quartier Juif à ORAN

    Souvenirs souvenirs .

    Roger ALFONSI .

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