Memoblog – Oran

Paul Souleyre

A Oran, le Dar el-Askri construit en 1948 se nomme Dar Chakouri

Posted by on Nov 9, 2012

dar el-askri dar chakouri oran

Oran – Dar Chakouri

Je m’en remets aujourd’hui, pour Dar el-Askri et Dar Chakouri, aux plus qualifiés que moi.

J’espère que je ne vais pas raconter d’âneries.

Je ne connaissais pas du tout les noms que je viens de mettre en titre jusqu’à ce matin.

Parfois, je sais de quoi je vais parler le lendemain parce qu’une petite perle est venue briller sous mon nez dans la journée, mais d’autre fois, je me réveille sans inspiration.

Dans ces cas-là, je feuillette les livres, les revues, les images, les témoignages, jusqu’à tomber sur une anomalie, du moins au regard de la vision encore naïve et virtuelle que je peux avoir de la ville d’Oran, et de l’histoire de l’Algérie.

Dans 10 ans, tout ça me paraîtra évident. Là, ça ne fait que 6 mois ; je découvre.

Donc je n’avais pas d’inspiration ce matin et j’ai commencé à feuilleter un des tomes de la collection “Algérie Heureuse” qui appartenait à mon grand-père.

Je ne lis plus trop les textes peu surprenants, par contre je bénis la formidable iconographie. Les images sont toutes très fortes et subjectives. Je ne reconnais même pas les lieux les plus classiques d’Oran, toujours pris depuis des angles très inhabituels.

Donc ce matin, dans le volume “Histoires Algériennes” de la collection “Algérie Heureuse”, je suis tombé sur cette photo.

dar el-askri oran dar chakouri

Oran – Dar el-Askri – Le jardin et le café maure (coll. part.)

J’ai eu l’impression de me retrouver devant le Casino Bastrana dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à tomber dessus par hasard.

Quelle est cette bâtisse si imposante dont je n’ai jamais vu la trace sur Facebook ? (Elle est probablement passée mais je n’ai pas du faire attention.)

“Dar El-Chakouri : Edifice de style hispano-mauresque d’une grande beauté architecturale construit en 1948. Cette institution était la maison des combattants musulmans (Dar El-Askri), soldats de l’armée française libérés à la fin de la seconde Guerre mondiale (1939-1945). Elle possédait un service administratif pour les pensions, un service d’aide sociale, un service de l’état civil.”

Je serai bien incapable de donner la source de ces quelques lignes, elles sont répétées à l’infini sur tous les sites, sans aucune référence nulle part.

C’est un vrai problème.

Tout le monde envoie ce qu’il pense être une “information” et on ne sait jamais d’où elle arrive. La plupart du temps, chacun y colle sa petite marque, comme si je collais sur la photo ci-dessus “Source Memoblog – Paul Souleyre”. Ça n’a aucun sens.

Tant qu’il n’y a pas de source, ce n’est pas une information, c’est une rumeur. Inutilisable. En tout cas par moi.

Donc cet établissement (comme tous les el-Askri, semble-t-il) est une institution qui accueille les musulmans ayant combattu pour la France durant la deuxième guerre mondiale.

J’ai essayé d’en savoir un peu plus sur ce bâtiment et je suis tombé sur une très belle photo qui montre l’autre versant correspondant à l’entrée officielle.

dar chakouri dar el-askri oran
C’est sur un forum de football, en plein milieu de discussions sur la saison 2012-2013 du MC Oran.

Par cette porte de Dar Chakouri, on peut accéder au faubourg d’El Hamri, soit par la rue Er Rouaz ou l’avenue Lamur. Là était bâti un magnifique bâtiment de style andalou mauresque Dar El Askri qui fut construite après la guerre de 1945 au retour des anciens combattants musulmans, et pour qui fut érigée cette bâtisse d’une beauté architecturale à faire pâlir les esthètes du genre Pouillon. 

el-askri plan oran

Localisation el-Askri

Des criminels destructeurs de nos beaux sites oranais ont trouvé l’occasion de se manifester par leurs actes odieux en effaçant tout simplement cet édifice historique de la carte de notre chère “Oran la Balafrée”. Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire d’Oran, j’ai diffusé un essai à ce propos et je pense que notre ami Snouci pourra extraire du forum des Hamraw.cla.

Je ne sais pas du tout quel crédit accorder à ces paroles, donc si quelqu’un a des précisions, qu’il n’hésite pas à les fournir en commentaires.

Je finirai sur une page étonnante du Quotidien InfoSoir, signée Abdenour Fayçal.

*

“Manie  La plupart des femmes ont une fâcheuse tendance à englober leur environnement sous le mot générique et passe-partout de Dar.

Si quelque chose peut marquer une ville et la différencier des autres, c’est bien sûr son architecture et son art de vivre, ses coutumes et ses traditions mais beaucoup plus, son accent. 

Si Tlemcen est connue pour son parler typique qui traduit une longue urbanité, celui d’Oran l’est tout autant, mais dans un autre style. 

Il y a trente ans par exemple, les anciens baragouinaient facilement le catalan, parfois avec bonheur. La génération d’aujourd’hui en revanche, a une façon de voir et de désigner les choses très différentes. Pour des raisons qu’il faudrait un jour identifier. 

Mais la plupart des femmes ont une fâcheuse tendance à englober leur environnement sous le mot générique et passe-partout de Dar. 

Ainsi par exemple, le siège de la mairie est appelé Dar el mir. Le siège de la wilaya est désigné par Dar el brifi. Mais il y a mieux encore, et peut être plus qu’ailleurs : toutes les institutions publiques ou privées sont désignées par le même vocable de Dar.

Le musée par exemple, dans la bouche des citoyens, se dit Dar el-adjab (La maison des choses étranges) ; les impôts, Dar eddoumine (La maison des domaines, le service du cadastre Dar ettrab (La maison des terrains), le service de l’hydraulique ou de l’alimentation en eau Dar el mâ (La maison de l’eau), les archives Dar el-dalma (La maison de l’obscurité en référence aux anciennes archives situées en sous-sol). 

Même les Français , à l’époque coloniale, ont baptisé les centres d’information des anciens combattants par Dar el-askri. 

Pour se retrouver dans le fouillis des nouvelles rues, les vieux Oranais ont gardé quelques vieux repères qui leur permettent de se situer plus facilement. Comme par exemple Dar Echakhaoui, sans doute une vieille famille de souche très connue et aujourd’hui éclatée.”

Pourquoi les femmes ?

Je ne comprends pas.

 

Paul Souleyre.

 

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* * *

Quelqu’un saurait-il répondre à l’énigmatique Dar des femmes ?

 

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* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est le Dar el-Askri d’Oran et l’angle celui de sa disparition inexpliqué. Faire attention avec les sujets compliqués. Les aborder de front n’apporte rien, les évoquer permet de les faire exister.

Ecriture : Deux grandes photos pour couper le texte + une chronique étrangère à mon blog pour finir. Je ne suis pas sûr que l’équilibre soit judicieux. Veiller à l’équilibre des différents médias.

Transmission : S’occuper autant des bâtiments disparus que des bâtiments toujours présents. Une disparition pose toujours la question de sa disparition…

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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commentaires

14 Comments

  1. Non ça ne ressemble pas au casino Bastran, ace n'est pas la même architecture, Bastrana relève de l'architecture européenne romantique de la moitié du XIX et dar el askri est néo mauresque très usitée en Algéie à partir du début XX style Jonart quand le style mauresuqe a connu un véritable engouement.L'Algérie retrouvait un style propre , enfin on tentait,à Oran la gare, le belvédère, les casernes, la prison , des villas (la daira au front de mer ) le cours Descarte rue monge etc

  2. Je viens de mettre le plan avec quelques indications. Tu me diras si je n'ai pas fait d'erreurs…

  3. ok

  4. Je n'ai jamais vu cet édifice. Pour nous, Dar chakouri était un arrêt de bus fictif ( en face de la gare routière d'El hamri)..un monument de plus à ajouter à la longue liste des monuments oranais perdus à jamais !

  5. Oui mon ami, vous avez trouver le bon terme "Oran la balafrée" si on cite les monument historique detruit par la main de l'homme à Oran il y a plusieurs. L'Hotel martinez, le marché de karguenta, l’état dégradé de l'hopital baudens, l’église St Louis. et tant d'autre.

  6. Très intéressant, mais pourquoi le nom de Chakouri ??

  7. Si seulement j’avais réussi à trouver l’information, nul doute que je me serais empressé de la mettre. Malheureusement, je n’ai rien trouvé…

  8. Salut Hassan Benkouider, ça veut dire quoi Chakouri ? tu as une suggestion ?

  9. Bonjour,

    Je suis un des descendants de la famille CHAKOURI D’ORAN dont une partie s’est exilée au Maroc (Tanger Casablanca) fin XIXÈME. L’histoire de la famille est assez floue. On sait qu’un des arrière-grands pères était Capitaine dans l’armée française et que le vrai nom de famille était KHAZNADAR avec pour ancêtre le trésorier du BAY d’Oran.

    J’attends vos commentaires…

  10. Je n’ai pas vraiment de commentaires à faire, je ne connais absolument rien de ce nom propre, donc je découvre. En tous cas, merci pour ces renseignements, et si un jour vous en apprenez davantage, n’hésitez pas à le poster ici.

    Cordialement.

  11. je suis de lamur je me souviens de cet édifice quand il était une poste dans les années 66/67 même j’ai posé cette question à mes parents pourquoi Chakouri ? ils me disent c’est un militaire arabe aux rangs de l’armée française.

  12. On doit à Louis Franchet d’Espèrey, maréchal de France l’origine du Comité des Amitiés Africaines et par extension la création des Diar El Askri en Afrique du Nord , mais aussi en Métropole.

    Les services délivrés par les ” Dar el Askri” vont des liquidations des pensions de guerre , à celles des veuves et orphelins de soldats morts ou disparus, des aides sociales, voire médicales aux soldats en état de précarité. Dar el Askri aidait les soldats rendus à la vie civile à trouver un emploi; délivrait des documents administratifs etc.
    Pourquoi ” Dar Chakouri ” à Oran ?
    Il faut chercher dans la gestion locale de cette institution militaro-sociale. Gérée par un ancien officier et secondée par un secrétaire , sous-officier démobilisés s’étant distingués par des états de services, voire décorés.
    Donc suivant la tendance en vigueur à Oran, Dar el Askri aurait pris le nom de l’ officier gestionnaire ou de son secrétaire : Chakouri ;
    celui qui se dévouait le plus au contact du public, assez pour que son patronyme passa à la postérité.
    Chakouri , Bouchakour sont des patronymes de l’ Ouest , ainsi une cousine de ma Gd-Mère était surnommée Chakouriya , femme de Bouchakour, variantes de Chakour .

    Gamine , j’ai accompagné ma Gd-Mère pour des formalités venant à pieds de Médioni à Dar Chakouri , j’ ai le souvenir du terrain vague et du complexe sportif avec piscine: le Gallia pour aller au CHUO, en passant par le Glattard .

    Mais savez-vous que les foyers des travailleurs nord africains en Métropole: Sonacotra et autres Adoma , leurs gestions seraient calqués
    sur les anciens modèles ” Diar El Askri ” ?
    Une autre Dar :
    Dar el Bèthantis ( pour les patentes communales )
    et une dernière:
    Dar El Beylek (associée à la gratuité) .

    Bon week end.

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