Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Oran ou comment se perdre très facilement dans la ville

Posted by on Déc 29, 2012

Le vieil Oran

Le vieil Oran

Je me demande parfois si je connais un peu Oran.

Certaines photos m’égarent complètement alors que je suis sensé avoir sous les yeux un quartier connu.

Même en fronçant les sourcils, je ne reconnais absolument rien, et il faut me dire là, là, là et là, il y a ça pour que je commence à me dire oui, peut-être, en effet… sans grande conviction.

Ça n’arrive pas toujours, mais quand ça arrive, je comprends à quel point je suis pris dans des représentations photographiques convenues ; il suffit qu’on me présente la ville sous un autre angle et je suis perdu.

askri oran

La ville depuis le sud-est

En règle générale, cette perte de repère arrive lorsque la ville est photographiée depuis le sud.

La première fois, je cherchais Dar el-Chakouri et je me suis retrouvé confronté à la ville photographiée depuis le sud-est ; j’ai eu beaucoup de mal à m’y retrouver.

Heureusement, Émile se trouvait dans le coin et m’a tout décortiqué pâté de maison après pâté de maison.

La seconde fois, je me suis retrouvé confronté à la vue du ravin de Raz el-Aïn prise depuis la mi-pente du Murdjajo, à vol d’avion, au coucher du soleil.

Roseline Mas Oran

La ville à mi-pente du Murdjajo, loin de la mer, depuis l’ouest

Ce sont les fameuses photographies de l’aviateur Jean Bonnemaison.

Là aussi, il m’avait fallu l’aide de Toufik pour me sortir du labyrinthe inextricable dans lequel je pataugeais lamentablement.

Plus récemment, Abdelbaki m’a mis sous les yeux une vieille carte postale qui montre le ravin Raz el-aïn avec des cultures en étage et, peut-être, tout au fond, un mince filet d’eau qui circule sous un pont, non loin d’une maison à deux coupoles qui serait, d’après le guide Bel Horizon des monuments historiques d’Oran, la résidence secondaire du Bey d’Oran.

Le ravin de raz el-aïn

Le ravin de Raz el-Aïn pris depuis le sud

Selon Toufik, il s’agirait peut-être de la maison du muphti d’Oran puisque la résidence d’été du Bey était à Misserghin.

Si quelques bonnes âmes peuvent nous éclairer sur ce point.

Camus considérait que la ville tournait le dos à la mer -selon l’expression désormais célèbre- et il n’avait pas tout à fait tort puisqu’on photographie le plus souvent Oran depuis la mer. Cela dit, c’est une caractéristique de toutes les villes côtières j’imagine, il suffit de penser à New-York.

Si bien que par le sud, ces villes deviennent subitement méconnaissables, tout au moins pour celui qui n’y a jamais mis les pieds, ce qui est mon cas. Il me manque la connaissance intime qui permet de regarder une ville par tous les angles sans être perdu.

Mais je peux me retrouver sans repères même sur une image de la ville, de face, si cette image est trop ancienne. Le cas classique est celui d’une gravure de la Calère que j’ai mise ci-dessous.

Je n’ai pas été capable, seul, de repérer l’hôpital Baudens et l’église St-Louis, il m’a fallu l’aide d’Al Gérianie puis de Toufik.

Le vieil Oran

Gravure  de la partie basse du quartier de la Marine

J’ai beau savoir qu’il y a un ravin, je n’arrive pas à me mettre en tête qu’il y a du dénivelé. Pour moi, tout est au même niveau, le niveau de la mer.

Je connais la source de ce problème, il est dû à ma connaissance d’Oran, dont la base depuis des mois se trouve être le plan de la ville.

Le célèbre carrico

Le célèbre carrico – Villedoran.com

Je n’arrive toujours pas à me mettre en tête, par exemple, que depuis la rue de Mostaganem jusqu’au Front de mer, la pente est raide, et que c’est la raison pour laquelle les enfants de 1950 (et probablement les enfants actuels) pouvaient descendre à fond la rue de Verdun sur des petits chariots à roulettes fabriqués artisanalement et dénommés carricos.

A quel moment pourrai-je considérer que je connais un peu la ville et que les manques ne sont guère que des lacunes et non des contre-sens ?

Probablement quand j’aurai mis les pieds sur le sol.

Il y aura la mémoire du corps : mes jambes se rappelleront qu’elles sont montées par la place Hoche pour rejoindre le plateau St-Michel, et que du côté du vieil Oran, ça descend après l’église St-Louis.

A ma décharge tout de même, la partie basse de la Calère qui débouche derrière le tunnel de Boutin (église St-Louis) a été détruite au début des années 80, il ne reste plus rien du quartier de la rue de l’Arsenal. A part l’école Emerat, perdue au milieu du terrain vague de la Calère dont le peu qui reste menace de s’effondrer. Les photos de Pierre Galy qui datent de 2009 sont édifiantes.

Deuxième bonne raison pour ne pas traîner si je veux avoir un aperçu du plus vieux quartier d’Oran.

J’espère que ce sera encore là quand j’y serai.

 

Paul Souleyre.

 

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* * *

Comment expliquez-vous que l’école Emerat soit toujours là ?

 

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* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging: Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est la ville d’Oran prise sous différents points de vue, et l’angle celui de la mise en place de repères physiques et seulement cartographique. Il y a une connaissance intime de la ville et une connaissance extérieure. Les deux sont indispensables. Toujours montrer les oppositions entre la connaissance par les sensations et la connaissance intellectuelle. Prises individuellement, elles sont hémiplégiques.

Ecriture : Alternance de textes et d’images. Attention au rythme de la phrase.

Transmission : Etre capable de voir la ville comme si on y vivait soi-même sans jamais y avoir mis les pieds. N’est-ce pas la transmission ?

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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commentaires

6 Comments

  1. Aujourd'hui La rue Charles quint est plus empruntée pour rejoindre le quartier la marine par la route du port et ce depuis la construction d'un pont qui enjambe la rampe Valès avec la rue Jean f.Kennedy. les automobilistes au lieu de continuer par la maison Bastos sont contraint de faire un détour inutile. par la dite rue Charles Quint.

  2. Il va falloir que je regarde un peu mon plan… 😉

  3. Seul les artistes du"carico" pouvaient se permettre la descente la pente est raide et dangereuse pour nos petits doigts

    agrippés au timon……J'avais oublié…. Du bd hypolyte giraud descendant vers la gare nous empruntions le bd de
    mostaganem et là c'était l'aventure jusqu'a la rue de Madrid

    lieu de rendez vous devant le café des "SOCA"…. Le retour au
    plateau était l'occasion de narrer nos exploits…. Merci pour ce
    retour dans ma mémoire…

  4. Je ne voudrais pas vous contrarier, mais la photo represente en grande partie, le quartier de la Marine, à ne pas confondre avec la Calère. Je le connais bien, j'y suis née, rue de l'Atlas, à 2 pas de l'école Emerat qui se situe dans la rue d'Orléans, à la Marine .

  5. Ça ne me contrarie pas du tout !! Je viens de changer la légende. J’ai toujours eu du mal avec les limites de la Calère et de la Marine. Je n’ai plus ce problème désormais. Merci encore !

  6. dar chakouri rayée de la carte la ou j’ai posté pas mal de lettres sa magnifique cour et l’admirable horloge visible de l’interieur de la piscine du gallia helas ce joyaux monument qui restera graver dans la memoire des oranais et hemraouas

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