Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Oran d’un autre point de vue

Posted by on Nov 11, 2012

C’est en découvrant la nouvelle photo du profil Facebook de SIDI El Houari (ORAN) que j’ai compris.

Il y a toujours deux angles possibles sur Oran :

  1. Depuis l’ouest ; c’est Santa-Cruz, la mythologie, l’Olympe.
  2. Depuis le reste de la ville ; c’est le monde sensible, le quotidien, l’ici-bas.

Ci-dessus depuis le Sheraton. Une vue du XXI° siècle : un énorme rond-point et les quatre tours Bahia en aplomb de la Cueva. Dans le présent absolu. Absolument moderne.

De l’autre côté, la vue depuis le Murdjajo, connue, archiconnue depuis toujours, avant même la basilique. Éternelle.

Dualité emblématique d’une ville brisée, dans l’espace comme dans le temps.

A l’ouest le ravin, abandonné. A l’est la ville, qui vit.

Un passé délaissé et refusé pour un présent vivant, mais à la peine.

Hier, je découvrais une perspective d’Oran depuis “l’arrière” et l’angle avoisinait la vue d’une autre photo, de Yann Arthus Bertrand.

 La ville par le sud
askri oranoran arthus bertrand

Par “l’arrière” la ville n’est plus du tout ressentie à l’identique. On est si peu habitué à la considérer par là qu’on a vite fait de perdre le nord. On n’est plus dans l’iconographie du souvenir, on est au coeur de la ville, dans le présent, même dans les années 50.

Il y a pas mal de temps déjà, je m’étais fait la même réflexion en comparant les deux livres de Kouider Métaïr sur Oran. La couverture de la première édition est très différente de la seconde.

La première regarde la ville depuis Santa-Cruz et se raccroche à toute une tradition mythologique qui va de l’Ouest vers l’Est. Elle est empreinte de sacré. Il s’agit de ne surtout pas toucher à l’ordre établi depuis des décennies.

La seconde n’a l’air de rien mais regarde Santa-Cruz depuis Sidi el-Houari, et se libère des chaînes de l’Ouest. D’une certaine manière, elle est iconoclaste. Elle parle de la mémoire, mais depuis le centre, au coeur du ravin.

Depuis le présent. Sortir à tout prix d’une iconographie ancienne.

Oran de Kouider Metaïr 

oran kouider metair face mémoire

Oran – 1ère édition

oran kouider

Oran – 2ème édition

Peut-être est-ce la raison qui m’empêche chaque jour davantage de regarder sereinement la ville depuis la basilique.

Il y a quelque chose de mortifère dans cette vue. Quelque chose de l’ordre du figé. Dans la réalité, sûrement pas. Mais en photo, c’est sûr.

Aujourd’hui, la vue de l’Est me donne de l’air et me rappelle la très belle phrase de Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans “Le Guépard” :

Il faut que tout change pour que rien ne change.

 

Paul Souleyre.

 

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Que pensez-vous de cette “photo de l’Est” ?

 

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3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging: Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est la photo d’Oran en plan général, et l’angle celui d’une direction Est-Ouest qui porte la vie. Les villes ont des directions. Toujours. A repérer.

Ecriture: Commentaire et analyse de photos. Dépasser le commentaire sinon ce n’est pas la peine.

Transmission: Changer l’angle de vue, c’est changer de génération. Qui se termine souvent en conflit de génération.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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