Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Nancy et Poitiers

Posted by on Juil 3, 2012

Naissances

Naissances

Le nez au milieu de la figure est vraiment la partie du visage la plus difficile à repérer.

Après avoir discuté de Masseube pendant plus de 3h avec Lionel dimanche soir, je viens de passer 1,5h sur un parking avec ma soeur à tenter de mieux comprendre le monde pieds-noirs dans lequel nous avons grandi.

Nous n’en avions pas eu l’occasion depuis plusieurs semaines.

Tout y est passé.

Les algériens, les français, les pieds-noirs. Et nous. Les enfants de nulle part.

Il y a, dans cette discussion, une petite anecdote qui mérite d’être racontée parce qu’elle montre à quel point les yeux ne cesseront jamais d’être grands fermés.

C’est pathétique. L’humour sauve tout, donc l’humour nous a sauvés. Nous avons bien ri. Mais après tant d’aveuglement, on est en droit de se demander s’il ne vaut mieux pas tout arrêter pour aller faire une bonne partie de ping-pong sous les platanes.

Je suis né à Nancy, elle est née à Poitiers.

Je ne suis resté que 3 mois à Nancy, le temps de commencer à faire mes nuits. Ma soeur plaisante alors et me demande ce qui m’a pris d’aller naître là-bas, que vraiment, ça n’a aucun sens dans le chemin biscornu de nos racines.

Je lui fais remarquer qu’une partie de la famille paternelle arrive de Château-Salins d’où elle émigrera vers l’Algérie  en 1871. Que je suis donc retourné naître sur les lieux des mes ancêtres. Rien que ça.

Et bêtement, je lui fais remarquer à mon tour qu’elle est née à Poitiers et que ça n’a pas grand chose à voir avec notre histoire. Détrompe-toi, me répond-elle, Charles Martel a arrêté les “arabes” à Poitiers.

J’en reste bouche-bée. Et puis j’éclate de rire.

C’est plus profond que ça n’en a l’air. Mes parents sont allés s’installer sur une “ville frontière”, à la limite entre le monde arabe et le royaume des francs. Là où les habitants ne sont ni l’un ni l’autre, ou à la fois l’un et l’autre.

Comme dans n’importe quelle ville de l’Algérie française ; à la fois française et algérienne, mais ni tout à fait française ni tout à fait algérienne.

Ça laisse rêveur :

  • Partir à Nancy pour faire le premier enfant ;
  • Rejoindre Poitiers pour y concevoir le second ;
  • Ne pas voir que son frère est né à deux pas de Château-Salins ;
  • Ne pas voir que sa soeur est née dans une ville hautement symbolique ;

Il y a de quoi se poser des questions sur l’inconscient de chacun et sur l’aveuglement de tous.

Il y a surtout de quoi avoir envie de faire une bonne partie de ping-pong.

 

Paul Souleyre.

 

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* * *

Et vous, avez-vous déjà été aveugle à ce point ?

 

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* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet aborde les lieux de naissance et l’angle est manifestement celui de l’inconscient. L’angle inconscient est toujours porteur d’une vérité intéressante à dévoiler. La difficulté étant de lui donner un sens.

Ecriture : L’anecdote est le coeur de toute transmission. Elle est un formidable révélateur. Toujours partir d’une anecdote pour poser un problème. (le plus souvent possible en tout cas…)

Transmission : La transmission est inconsciente pour une grande part. J’ai déjà eu l’occasion d’en faire part. L’aveuglement général des acteurs concernés est une règle incontournable.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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commentaires

2 Comments

  1. Bon… mon frère est né à Tours… puis moi à Montauban… La Touraine, symbole par excellence de la France, et Montauban, patrie du député Saint-André qui fit adopter le drapeau tricolore. Donc comme Omo qui lavait plus blanc que blanc, nous naissons dans des villes plus françaises que françaises. Arghhhh ! Non ! Trop tiré par les cheveux ! Allez, je vais faire un ping-pong 😉

  2. J’avais aussi écrit “c’est tiré par les cheveux” dans mon texte à propos de Poitiers, et puis j’ai décidé de l’enlever. J’aime bien quand c’est tiré par les cheveux, c’est plus drôle (en tout cas, sur des sujets qui ne portent pas vraiment à conséquence. Dans le cas contraire, je préfère vraiment les sources historiques précises). Ça oblige à se demander si ça a du sens ou pas.

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