Memoblog – Oran

Paul Souleyre

La ville nouvelle du Moulin-à-Vent à Perpignan

Posted by on Sep 27, 2012

rambla occitanie Moulin-à-Vent perpignan

La Rambla de l’Occitanie – Ville nouvelle du Moulin-à-Vent – Perpignan

Il y a quelques jours, je suis tombé sur un document ancien.

Je furetais du côté du quartier juif d’Oran à la recherche d’un angle pour aborder mon article lorsque je suis tombé sur ce document que je me suis empressé de capturer.

Il s’agit de la vente d’un terrain réalisé en 1801 par le Bey Osman, successeur en 1799 de Mohamed el-Kebir, bey de la vieille mosquée située sur le plateau de Kargentah, près de la stèle du Maghreb, ancien monument aux morts d’Oran.

C’est l’époque ou l’on cherche à repleupler Oran en faisant appel aux juifs.

Le document mérite d’être conservé pour deux bonnes raisons :

1. Il ne sort pas de n’importe où : il y a une source très précise.
2. Il donne des noms de quartiers anciens très précis : Reha el Reh (Moulin à vent) qui a donc l’air de se situer dans le quartier plus tard appelé quartier juif.

C’est important les noms. Ils donnent la vie. Et il y a une vie à Oran avant le quartier juif.

Il y a le quartier du “Moulin à vent.”

Mon coeur a bondi quand j’ai lu ce nom.

De Reha el Reh au Moulin à vent

Lorsque mes grands-parents maternels sont revenus d’Oran en 1962, ils se sont installés à Pau. Ils y sont restés quelque temps, puis au début des années 70, ils ont acheté un petit appartement dans le quartier du Moulin-à-Vent, à Perpignan.

C’est un lieu très spécial.

Pour ceux qui ne connaissent pas, j’ai mis une photo de la rambla de l’Occitanie en haut à gauche. Elle est tirée de Google Maps en mode Street View. C’est parfait. N’importe qui voit très bien maintenant dans quelle direction va se diriger cet article.

Il m’aura fallu attendre plus de 40 ans pour voir.

Je me suis promené une heure dans le quartier du Moulin-à-Vent ce matin ; j’en ai eu la chair de poule, il a fallu que je sorte prendre l’air. Toute mon enfance venait de resurgir.

C’est violent Google.

Mes grands-parents habitaient à cet endroit.

Perpignan est une ville très fleurie, plutôt jolie, dont je me rappelle surtout le Castillet. Une prison orange avec un petit drapeau catalan qui flotte au vent.

Mais dans l’ensemble, elle ne dépare pas du paysage urbain français ; sauf pour les puristes, j’imagine.

Par contre, lorsqu’on franchit une limite (n’importe laquelle) du quartier du Moulin-à-Vent, on passe ailleurs.

Quand on allait en vacances chez mes grands-parents avec la 2CV de ma mère, c’est très exactement au moment où l’on franchissait la limite du quartier qu’on sautait sur la banquette arrière (il n’y avait pas de ceintures) en criant “on est arrivés ! on est arrivés !”.

La 2CV rebondissait dans tous les sens, on adorait ça.

*

 

Il y avait des palmiers, des loggias, des tuiles oranges dans les murs, des aloès, des personnes au balcon qui parlaient aux personnes dans la rue, des boulangeries qui vendaient de la Mouna, et des dames qui s’appelaient Mme Diaz (au 1er), Mme Garcia (au 4ème) et Mme Porta (ailleurs).

Je n’ai pas du tout compris ce que j’avais sous les yeux.

J’ai lu tout à l’heure que ce quartier était une totale réussite. A un point tel qu’il est pris en exemple partout en France comme la seule construction (ou presque) conçue dans les années 60 qui ait bien voulu répondre aux espoirs placés en elle.

Paul Alduy était maire de Perpignan en 1962.

C’est aussi l’un des seuls à avoir éprouvé une certaine empathie pour le désastre pieds-noirs de l’été 62. La ville nouvelle du Moulin-à-Vent était déjà commencée à leur arrivée, il lui donna davantage d’ampleur encore pour permettre aux exilés de se construire un ersatz d’Algérie dans lequel ils pourraient tenter de se reconstruire une nouvelle vie.

Mes grands-parents semblent y avoir trouvé un certain réconfort.

Je le remercie donc avec quelques années de retard pour l’accueil qu’il a bien voulu réserver aux pieds-noirs en général, et à mes grands-parents en particulier.

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* * *

Le Moulin-à-Vent¹, « Cité-Rapatriée » ?

En 1960, Paul Alduy, élu depuis un an à la Mairie de Perpignan, lance son grand projet : le Moulin-à-Vent.

Ces appartements devaient, à l’origine, loger les enfants du baby boom. Paul Alduy n’a donc pas décidé de construire le Moulin à Vent spécialement pour les Rapatriés de sa ville, puisque son idée de cité HLM datait de 1960. C’est l’arrivée des Pieds-Noirs qui a engendré la « fonction » de la cité du Moulin-à-Vent de « Cité de Rapatriés ».

Dans l’imaginaire perpignanais, Paul Alduy a demandé la construction de la cité du Moulin-à-Vent pour accueillir les PiedsNoirs. En d’autres termes, il a bâti ces logements spécialement pour les Repliés d’Algérie. Même s’il est vrai que 21,5 % des appartements ont été habités par les Pieds-Noirs, nous ne pouvons pas dire que cette cité a été construite pour eux.

Par contre, la ville de Perpignan a logé en priorité au Moulin-à-Vent, les Pieds-Noirs sollicitant un appartement.

La construction de cette cité a débuté le 12 juin 1962 en présence du député maire de Perpignan, du Préfet des Pyrénées-Orientales et des autorités du département. Le 28 juin 1963, les premiers appartements sont prêts, et ce n’est qu’à l’automne 1964 que prend fin l’édifice du Moulin-à-Vent.

Lors d’une allocution de Paul Alduy au sujet du Moulin-à-Vent et de ses habitants, il remercie les Pieds-Noirs d’avoir choisi sa cité pour leur nouveau départ en France :

Je voudrais que les Rapatriés retrouvent ici la petite patrie qu’ils ont perdue là-bas, qu’ils sachent que la terre catalane est très accueillante et que le Moulin-à-Vent essayera de l’être plus encore. C’est un privilège que vous ayez été les premiers à nous faire confiance².

 

1. Philippe Bouba, L’arrivée et l’accueil des Pieds-Noirs dans les Pyrénées-Orientales en 1962, Port-Vendres et Perpignan face à l’exil des Rapatriés d’Algérie (ici p8-9 )
2. Carine Corbi, Le Moulin-à-Vent, exemple d’une politique d’urbanisation, mémoire de maîtrise, Université de Perpignan, 1996, p. 8.

 

Paul Souleyre.

 

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Et vous, connaissez-vous un quartier comme le Moulin-à-Vent, ou un lieu particulier, où les pieds-noirs ont pu se retrouver ?

 

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3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est le Moulin-à-Vent à Perpignan et l’angle, celui de l’accueil pieds-noirs en 62 et peut-être plus encore, celui de la reconstitution d’un territoire.  Mais contrairement à Carnoux-en-Provence, ce sont les autorités locales qui cette fois-ci ont pris conscience de l’ampleur du désastre. Toujours pointer du doigt les belles choses.

Ecriture : Les souvenirs d’enfance sont toujours délicats à raconter. On a le risque de tomber dans la niaiserie. Ne jamais parler comme un enfant. Adopter un ton adulte.

Transmission : On peut mettre un temps fou à voir les choses les plus évidentes

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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commentaires

5 Comments

  1. Le Moulin a Vent j'adore , depuis 1962 c'est toujours aussi bien entretenu , j'espère que sa va perdurer , que les enfants ou petits enfants vont conserver cette ambiance créer par les anciens .

  2. Je l’espère aussi !! Ces palmiers un peu partout rappelle l’Algérie !

  3. Ma tante oranaise, qui m’a souvent pris sous son aile dans mon enfance à Oran et en France, épouse d’un Espagnol émigré en Argentine, y vivait. Et effectivement, c’est à la lecture de ton article, il y a 5 minutes, que j’ai réalisé l’ampleur de l’amnésie qui nous a si longtemps enveloppé pour nous – soi-disant – protéger. En fait, l’amnésie nous rattrape toujours. Et dans ces allées de palmiers, cet ersatz de la réalité multiculturelle, pionnière, avant-gardiste, mais non conforme au réductionnisme et au simplisme meurtrier des nationalismes, je retrouve une ré”alité que je n’ai pratiquement pas connue, mais que je pressens, que je tente de retrouver au hasard des signes. Nous sommes des émigrés en quête de signes, qui sont comme autant de repères sur nos chemins de résilience. Merci à toi pour ce blog à lire et relire sans cesse. Amitiés

  4. Le Moulin à vent est un lieu très spécial pour tous ceux qui le connaissent. J’ai fini par le prendre en affection. J’y suis passé en avril dernier et je l’ai regardé d’un autre œil… Merci à toi de toujours relire ce blog.

  5. J’ai vécu dans cette nouvelle ville en septembre 2017 et j’y ai fait un excellent séjour avec mon épouse. Nous avons fort apprécié nos vacances à Perpignan. Commune très paisible que nous espérons avoir les moyens d’y revenir et revisiter les magasins Bakou, Lidl ainsi que la plage de Canet en Roussillon.

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