Memoblog – Oran

Paul Souleyre

La Medina Djdida (ex. village-nègre)

Posted by on Juil 24, 2012

Medina Djdida - Village-nègre

Medina Djdida – (ex. village-nègre)

Lorsque j’ai commencé à discuter du village-nègre avec mon père, en août 2010, j’ai profondément été marqué par la dénomination de ce quartier.

J’ai tout de suite senti que je serai mal à l’aise avec ce nom et que je ne saurai jamais vraiment l’utiliser. Même lorsque je parle de Medina Djdida, je ne suis pas à l’aise, parce que derrière ce nom se trouve, dans ma tête, le village-nègre.

Je ne peux rien y faire.

J’écris sur ce blog depuis trois mois et je n’ai toujours pas parlé du village-nègre. Je ne sais pas si je pourrai en dire quelque chose un jour parce qu’il est beaucoup trop lié aux événements de la guerre.

Tewfik qui y habite le fera peut-être pour moi.

Mon père allait au lycée Ardaillon qui se trouvait à la limite du village-nègre et m’a raconté quelques horreurs que je n’ai pas l’intention de retranscrire ici.

Des horreurs des deux côtés, bien sûr, comme dans toute guerre qui se respecte et que je me refuse d’aborder parce que des millions d’autres que moi le font et que le challenge, dans ces conditions, est plutôt de ne jamais l’évoquer publiquement une seule fois.

Dans tous les cas, je ne me sens pas légitime pour parler du quartier de la Medina Djdida, même légèrement. Et pourtant, ce n’est pas l’envie qui me manque.

Je vais donc laisser cette place à un ancien maire qui fait ça très bien dans son livre Oran, histoire d’une ville. Il s’agit de Houari Chaila, cousin éloigné de Hafid Boualem dont je n’ai pas de nouvelles et que je salue ici.

Le village-nègre dans le livre de Houari Chaila

Houari chaila retrace l’historique de ce quartier en fin de compte artificiel et le fait de manière suffisamment claire et intéressante pour que je décide de le publier ici.

« Après l’occupation d’Oran en 1831, l’une des premières mesures de l’administration militaire française fut de faire raser toutes les habitations et autres masures qui masquaient les vues du côté de l’est, entre Château-Neuf et le Fort Saint-Philippe.

On fit de même, par la suite, pour tous les gourbis qui, du côté du Ras El-Aïn, pouvaient favoriser des embuscades et permettre à des assaillants de se glisser jusqu’aux remparts de la ville.

En 1845, le Général Lamoricière voulut débarrasser les abords de la Place Kleber des tentes et des habitations indigènes, car la vieille ville était considérée comme un quartier européen.

Il fixa alors cette masse flottante originaire des tribus des Zmalas, Douaïrs et Gharabas ainsi que des gens de couleur, et créa par ordonnance du 20 janvier 1845 un village indigène sur un emplacement revendiqué par le domaine entre la lunette Saint-André, le cimetière juif et celui de Sidi Bachir.

Ce fut le village des « Djalis » ou des « étrangers », que l’on appellera par la suite, assez improprement d’ailleurs, « village-nègre » et actuellement « Medina Djdida » ou Ville Nouvelle.

Pendant longtemps, ce village a constitué le principal centre d’agglomération des musulmans algériens dans la ville d’Oran, et ses principaux lieux de vie étaient le marché Sidi Okba et l’esplanade de la « Tahtaha ».

Voilà.

Je pense que l’essentiel est dit en ce qui concerne les origines.

Pour le reste, ce sont parfois des photos.

village nègre oran ville nouvelle

La cheminée de la minoterie par exemple, qui dépasse de très haut les constructions labyrinthiques. 

 

Paul Souleyre.

 

PS : il y a sur cette page, un article très bien qui parle du village-nègre, depuis l’intérieur.

 

 

 

* * *

Pouvez-vous me dire à quoi ressemble la rue principale de Medina Djdida   ?

 

Répondez dans les commentaires.
Et si vous avez aimé cet article, cliquez sur “J’aime”.

 
 

* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est la Medina Djdida et l’ange le village-nègre. Le moins que l’on puisse dire est que l’angle est casse-gueule. Dans ce genre de cas, il faut laisser la parole à quelqu’un de légitime qui offre un regard proche du nôtre.

Ecriture Faire attention aux citations. On perd le style subjectif de l’article. Il faut ensuite le retrouver.

Transmission Il y a des lieux tellement chargés d’Histoire qu’ils sont difficiles à transmettre de manière “neutre”. Il vaut mieux les connaître…

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

 

Ceux qui ont aimé cet article ont aussi apprécié :

(Visited 644 times, 1 visits today)

Commentaire Facebook

commentaires

10 Comments

  1. Ca me fait penser aux propos de Roger Hanin il y a quelques années déclarant que la meilleure preuve que les Pieds-Noirs sont racistes c’est qu’ils ont appelé le quartier arabe à Oran “village nègre”… Pffffffffff Pour qui veut bien s’intéresser à l’Histoire, ce quartier doit avant tout son nom à une population noire (et ce serait un anachronisme ridicule que de concevoir le terme “nègre” en 2012 comme il y a 150 ans), essentiellement venue de l’actuel Ghana, réduite en esclavage par les… Arabes ! De l’art de rejeter la faute des uns sur les autres… A noter que la LDH vient de publier son rapport annuel sur l’esclavage dans le monde en 2012 et que l’Algérie figure, comme chaque année, dans les 5 premiers… (les anciens PN se souviennent encore, sur les marchés, de jeunes enfants noirs, chaîne aux pieds, travaillant pour leur propriétaire commerçant arabe… ma grand-mère par exemple me l’a souvent décrit).

  2. Ce blog fonctionne de la manière suivante :
    1 – J’essaie dans la mesure du possible de toujours démarrer en 2012 et de montrer quel est mon état d’esprit au moment où je prends connaissance de certaines choses. C’est rarement en ma faveur puisque c’est souvent une idée préconçue. Donc j’affiche l’idée préconçue qui me sert de point de départ. On peut la critiquer sans problème comme on peut critiquer sans problème tout le reste. Mais il faut savoir de quoi il s’agit : c’est le point de départ.
    2 – Ensuite, j’essaie de voir comment les choses ont évolué en moi, et si elles ont évolué. Je fais quelques recherches, mais pas forcément. J’annonce éventuellement que je vais me renseigner. C’est l’étape suivante. J’essaie de voir si ça vaut le coup de remonter le temps dans les mémoires des uns ou des autres ou si ça ne vaut pas le coup.
    3 – Ensuite, je donne la parole à des choses qui m’éclairent. Ce qui ne veut pas dire que c’est la bonne réponse et que j’ai plié l’affaire. Il y a longtemps que je sais que tout bouge en moi tout le temps et que tout va évoluer au fil des lectures et des rencontres. Ce n’est pas possible autrement. Sauf à être complètement fermé à tout. Ici, le terme de village-nègre que j’ai replacé dans son contexte il y a déjà un certain temps dans ma tête n’était pas encore prêt à sortir malgré tout publiquement. Je m’aperçois qu’il sort, mais que ça reste toujours un truc qui coince lorsqu’on doit l’employer publiquement. Dans ma cuisine ou dans ma douche, ce n’est pas un problème.

    Le fait qu’historiquement, il ait porté le nom de village-nègre est une autre chose. Je ne suis pas sûr qu’il soit légitime de continuer à l’appeler pour autant village-nègre sans la moindre précaution. Si certaines personnes appelaient encore Paris Lutèce publiquement sous prétexte que Paris s’appelait Lutèce avant de s’appeler Paris, on se demanderait forcément ce que les personnes cherchent à véhiculer comme idée en parlant de Lutèce au lieu de parler de Paris. Le retour aux valeurs gallo-romaines ?

  3. Ce n’est pas vraiment le débat que je lançais ! Juste une explication du terme “village nègre” histoire de remettre les pendules à l’heure. Ceci étant, vouloir gommer cette appellation, c’est vouloir gommer une pratique peu glorieuse dans l’Algérie du XIXème et qui se perpétue en 2012, puisque le présent t’intéresse. Ensuite tout dépend de la résonance des noms dans l’imaginaire de chacun… ce n’est pas un hasard si Léningrad est redevenue St Pétersbourg… Comme tu le dis, à quoi bon garder des appellations anciennes pour revenir à des valeurs anciennes ? C’est un peu comme si pour écrire quelqu’un prenait le nom d’une aïeule pour on ne sait quel retour aux origines 😉

  4. Je ne cherche pas à gommer l’appellation. C’est comme Lutèce, je ne cherche pas à la gommer. Mais je ne vois pas non plus pourquoi je l’utiliserais hors contexte.

    Quant à Paul Souleyre, ce n’est pas une appellation ancienne, il n’a jamais existé. Ce n’est pas Lutèce. C’est un signe du présent vers le passé, pour faire signe au passé, mais depuis le présent. 😉

  5. je cherche des information sur haïm cohen et badra bensaïd qui ont vécu à village a oran mezrci de m'aider

  6. Je n’ai aucun renseignement sur ces personnes. Je suis désolé.

  7. toujours sur ton arbre ? j'ai eu quelques infos…faut voir…

  8. Je n'ai pas d'informations aussi précises. Je suis désolé.

  9. Relizane. 1958. Village Nègre. On y entre par la rue de l’Eglise, ou en on en sort par la rue de l’Eglise. Quand on y est, quand on y vit, il ne s’appelle pas Village Nègre, il se dit ” Ghreba”, son nom en arabe. Je suis dedans en arabe : Ghreba et quand j’en sort et que je vis dans Relizane, rue de l’Egise, il est le-village-nègre. 1958, les barbelés coupe la rue de l’Eglise en deux. Maintenant il faut montrer patte “blanche” pour sortir du village “nègre”. Quelle histoire mes aïeux !

  10. Oh ! Toutes ces coquilles dans mon texte ! Désolée

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *