Memoblog – Oran

Paul Souleyre

L’astronaute de Salamanque

Posted by on Mai 19, 2012

Astronaute Salamanque salamanca

Astronaute

L’été dernier, je suis allé passer une semaine à Salamanque.

J’ai pas mal dormi parce que j’étais épuisé. J’ai parfois surgi de ma léthargie pour errer quelques heures dans la ville, mais pas tant que ça.

Le dernier jour, enfin reposé, je me suis lancé dans une longue promenade et j’ai atterri devant la vitrine d’un magasin de souvenirs où se trouvait la photo ci-contre.

J’en suis resté bouche bée pendant 10 minutes.

J’ai fini par aller voir le bonhomme à l’intérieur pour lui demander si c’était une blague ou si ça existait vraiment. Son regard s’est illuminé, il est sorti sur le pas de la porte et m’a montré la cathédrale. “En haut à gauche, presque au niveau de la grande porte d’entrée.” (En espagnol évidemment… et pas très compréhensible).

Je l’ai remercié et je suis parti à la rencontre de ce mystère, fortement intrigué.

Il y avait donc un astronaute sculpté sur le portail de la cathédrale ? Je n’arrivais pas du tout à comprendre cette incongruité. (A noter que la mésaventure a dû arriver à beaucoup de monde. Elle est racontée sur cette page dans des termes quasiment identiques)

Il a fallu que je le vois de mes propres yeux pour me persuader qu’un truc pareil pouvait exister. Je confirme donc : il y a un astronaute sculpté sur le portail de la cathédrale de Salamanque.

Il faut bien comprendre ce que cela implique : soit les sculpteurs de la fin du Moyen-Age avait des connaissances visionnaires, soit des restaurateurs actuels se sont amusés avec leur patrimoine. Il n’y a pas trop le choix.

Pour dire à quel point je suis formaté, je n’imaginais pas un seul instant qu’un restaurateur puisse se permettre ce genre de blague. Donc j’optais pour le mystère absolu de la prémonition. Après tout, il m’est déjà arrivé de faire un rêve prémonitoire, ma mère devinait parfois deux ou trois jours à l’avance la mort de certaines personnes célèbres, et ma grand-mère recevait souvent des messages de l’au-delà en provenance de sa grand-mère enterrée dans le cimetière juif de Tlemcen.

Tlemcen cimetiere juif

Il me paraissait donc plus sage d’opter pour l’hypothèse d’un sculpteur visionnaire que pour celle d’un restaurateur facétieux.

Jusqu’à ce que j’apprenne qu’on n’avait pas de photo de cet astronaute avant la restauration de la cathédrale en 1993. Donc l’hypothèse du sculpteur visionnaire tombait à l’eau et je devais maintenant envisager le cas tout à fait troublant d’un restaurateur iconoclaste.

Ce n’est pas banal.

Il faut s’imaginer un type planqué derrière les plastiques de son échafaudage et secoué de petits rires à l’idée de la blague monumentale qu’il est en train d’adresser à la Terre entière : Sculpter un astronaute sur le portail de la cathédrale de Salamanque.

J’ai fini par éclater de rire.

eglise saint louis oran

Il faut faire très attention avec la restauration. Il y a le danger de la muséification. L’Egypte pharaonique derrière les vitrines, c’est beau, mais c’est mort. Un petit astronaute de rien du tout sur le portail de la cathédrale de Salamanque, ce n’est pas rien, c’est une parole joyeuse qui signifie :

je suis bien vivante, mon peuple s’amuse avec moi. 

J’espère qu’Oran saura s’amuser avec l’église St-Louis.

 

Paul Souleyre

 

 

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* * *

Que vous inspire cet astronaute surréaliste ?

 

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3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Ce qui est intéressant ici, c’est que l’angle est personnel mais que le lecteur qui attend qu’on lui parle d’Oran se demande à chaque ligne quel est le rapport entre cet astronaute espagnol et sa ville algérienne. C’est-à-dire que si l’angle est personnel, le sujet n’est pas commun. Mais le lecteur sait qu’à la fin, il aura résolu son problème. Donc il lit jusqu’au bout. Il faut apprendre à créer une frustration chez le lecteur. Soit en parlant d’un sujet qui n’est pas commun, soit en gardant son angle personnel pour la fin.

Ecriture : Là, c’est très simple : d’emblée, on introduit une contradiction fondamentale. Un truc impensable. Ce sont souvent des paradoxes liés au temps. L’esprit déteste ça. Il n’y a rien de pire pour un esprit que d’être confronté à une contradiction temporelle. Si on a réussi à mettre ça en place, on a vraiment fait le plus dur. Le reste consiste à faire durer le paradoxe le plus longtemps possible. Le lecteur adore ça. Un bon lecteur est un lecteur masochiste.

Transmission : L’angle de la transmission est cette fois-ci pris de très très loin. Il est intéressant de créer des analogies de situations. Il ne faut pas hésiter à montrer comment se passe la transmission ailleurs. Le détour est toujours instructif.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

 

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commentaires

4 Comments

  1. Très intrigant en effet mais j’ai tout de suite pensé à un restaurateur farceur !
    Quant à note chère Église St-Louis, un édifice chargé d’histoire et qui a servi les trois confessions ; ce qui lui faut , c’est un plan d’ORSEC pour la sauver…Disons Inchallah !

  2. A ce point-là ? Elle est fermée, il me semble, non ? L’intérieur est comment ?

  3. Je n’y ai jamais mis les pieds sincèrement..C’était à l’origine une mosquée puis synagogue puis église puis synagogue. Après le tremblement de terre de 1792 ,elle est restée en ruines et ne fut rebâtie qu’en 1838 par les français..Elle sera relevée au rang de cathédrale en 1866.
    La dernière fois que j’ai été à sidi Houari, l’édifice était squatté par des familles venus de je ne sais quelle région..Maintenant, il est fermé et espère désespérément Le bon geste d’une âme consciente et décidée pour être restauré..
    Je te préviens Paul, parler d’Oran et de ses monuments ne peut se faire sans douleurs.

  4. Ne peut se faire sans douleur pour toi, c’est ça ?

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