Memoblog – Oran

Paul Souleyre

La langue maternelle d’Oran

Posted by on Juin 9, 2012

Langue (source : Adrian Tombu)

Langue (source : Adrian Tombu)

La langue est le véritable liquide amniotique dans lequel chacun baigne depuis le jour de sa conception.

On n’en sort pas.

Apprendre une nouvelle langue est un exploit que peu de gens réussissent. Je parle de vraie langue. Pas de baragouinage laborieux pour prononcer “bonjour. Pouvez-vous m’indiquer le chemin pour me rendre à la gare, s’il-vous-plait“.

C’est pourtant la dernière folie que je me suis mise en tête. Après avoir tenté les hiéroglyphes, le latin et le grec, je me lance dans l’Oranais.

J’ai déjà quelques mots sur mon petit carnet électronique. Le fichier s’appelle “oranais” et j’y ai mis les termes suivants avec les traductions approximatives. J’espère que je n’ai pas mis n’importe quoi. Il faudra absolument me corriger si j’ai fait des erreurs !

Saha hbibi thala fi rouhek = d’accord mon ami, Prends soin de toi

Sahbi = mon ami
bsahtek khouya = à ta santé

el houma = la cité

saha ya khoya = merci mon frere
sahit = de rien 

Haja fort = être très content (c’est cool. Mais inclus dans une phrase)

raw3a = comme un smiley en fin de phrase pour dire qu’on est content.

Labes khouya ? = tu vas bien ?

saha khouya = ok, mon frere

leila saida = bonne nuit

thala fi rouhek = Prends soin de toi

smaht fiya ga3 = tu m’as complètement oublié

Mais là, c’est vraiment pour le débutant absolu que je suis ! C’est complètement ridicule à côté de ce que vient de publier Sahbi Tewfik Bensouici sur sa page Facebook. Je suis content, il commence un dictionnaire oranais.

Ce que j’aime dans cette langue écrite –et que j’ai tout de suite aimé-, c’est le “3” là au milieu. Alors là, vraiment, qu’il y ait un “3” en plein milieu d’un mot, ça me sidère. Je ne sais pas du tout si c’est le même signe que le chiffre 3 ou c’est une illusion d’optique mais ça donne tout de suite une note de mystère impénétrable pour un type comme moi qui arrive du pays où les lettres sont des lettres, et les chiffres des chiffres.

Je ne vois pas du tout comment le prononcer non plus…

Mais laissons la place au spécialiste. Et débrouillez-vous, il n’y a pas de traduction ! Il faut apprendre par coeur : on s’en sert, puis on voit si ça fonctionne. C’est tout.

Tewfik, c’est à toi. Merci Sahbi.

 

Paul Souleyre.

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Dictionnaire Oranais

Je mets à votre disposition une liste « exhaustive » des mots  du répertoire Oranais :

→ Si tu comptes rendre visite à Oran. La seule réplique qui peut te sauver  en cas de faim fatale : « Khouya , tchou Miyadoro Karane »

NB : Avec Miyadoro (5 dinars algériens) tu n’auras pas droit à l’assaisonnement ; à savoir Hrissa et Kamoun.

→ Il me faut, pour vous être utile, régulariser le plan communicatif. Je vous conseillerais vivement d’opter pour des synonymes, dans le cas où votre interlocuteur vous semble dire du charabia.

Cas de situation : «  Ba , zawajni wala naswicidi. »

« sma3li ya waldi ttaswicidi , nakotlek ».

NB : vous pouvez également permettre à vos émotions une expression orale sous forme de « aaaaaa baghi thabalni. »

→ L’idée la plus commune qu’on se fait des langues du monde, c’est quelles sont toutes traduisibles.  Fait qui n’est pas très approprié à l’Oranais.

Exemple :  « 9ara3 nagat3ou trig fi rahba »

Traduction littérale propose fidèlement : « On va couper la route ensemble »

NB : l’oranais s’empare de certains mots mais pas de leur sens.

→ Point, également, important. Dans le cas où vous voulez charmer une fille, reférez vous à cette explication :

Pitita : ça ne se dit plus parce que ça rappelle un mot voisin (petite).  Pitita ! Ça sonne musical.  Méfiez-vous, c’était le signe des pédophiles.

Pst khti, jarti, 3ayniya… je vous conseille vivement ces mots.

Le premier c’est «  oh ma sœur ! ». ça sera pas de ma faute si vous êtes condamné pour inceste.

Le deuxième « oh voisine ! ». Derrière chaque voisine se cache un membre de sa famille barbu. Faites y attention aussi.

Et les plus utilisés sont :

Oh bagra. A el 3awd.  Benamri… des appellations propres  au jargon zoologique.

Donc ne charmez aucune fille oranaise… avec de l’oranais.

→ Si un jour , vous accordez à un oranais un moment linguistiquement nostalgique. Il va sans doute vous citer quelques mots du genre :

Ta39al 3la hadratna ta3 bakri ?

Zafta. (Intraduisible).

Takhrojhali ?  (Intraduisible)

Ntya maregue.  (N’essayez pas de la traduire).

Baghi dassarni ? (Traduction impossible)

Mais ntya Samat. Smata … batata  (Traduction qui n’aboutira à aucun sens)

Dok nbombik. Crochpi. 9albouza.  Chankla (Technique et armement de combat)

NB : Il est difficile de parler Oranais ? Non, il est difficile de le comprendre.

→ Le jour où vous serez à Oran, rien ne vous obligera à le faire, mais ça vous rendra certainement joyeux. Contemplez avec plaisir les jeunes oranais qui s’adonnent à leurs jeux préférés.

Pitchak.  Hawiza.  9ared.  3aychet. Ghomayda.  

Faut les voir aussi, ces petits Oranais qui nettoient leur cité et leur terrains de jeu. Après quoi, ils se partagent  limonade Cha3bya à cœur plein de joie.

Aya jma3a bsahatkom.

 

Tewfik Bensouci.

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Si Tewfik vous apprenait l’oranais (ou vous permettait de progresser), est-ce que vous vous lanceriez dans l’aventure ?

 

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3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est la langue, l’angle est celui du néophyte. Il y a un côté amical derrière tout ceci. La volonté de faire passer une langue, c’est-à-dire le plus intime. La langue est plus intime encore que le corps. Laisser l’autre offrir son intimité est important sur un blog. La donner soi-même manquerait de délicatesse.

Ecriture : Le piège dans lequel on est tenté de tomber : la traduction. On meurt d’envie de mettre des traductions en face de chaque mot. Il ne faut pas. Toujours laisser l’esprit se perdre face à quelque chose de nouveau. Plus tard, on aura le temps d’y revenir et de donner des traductions. Pour l’instant, se laisser imprégner par le graphisme.

Transmission : Toujours essayer de transmettre la langue s’il y en a une. Comment accéder à l’autre sinon ?

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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