Hubert Ripoll retrouve la mémoire

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Hubert Ripoll

Hubert Ripoll (source : Mémoire de Là-Bas)

Lorsque Luc m’a écrit, « bientôt, je te parlerai d’Hubert Ripoll », je suis allé voir sur Internet qui était cet homme et j’ai rencontré un drôle de psychologue, spécialisé dans le mental des champions.

Je me suis vraiment demandé quel pouvait être le rapport entre ce psychologue et moi qui ne suis pas champion même si je me débrouillais pas mal au 1000m quand j’étais jeune.

Et j’ai découvert un livre formidable.

Les livres formidables ne le sont que parce que leurs auteurs le sont ; un livre est avant tout un regard porté sur le monde.

Hubert Ripoll n’esquive rien de tout ce qui fait le monde pieds-noirs. Il le fait avec une telle douceur qu’on a envie de l’embrasser. De lui dire merci, merci, merci Hubert de ne pas partir en guerre, on en a assez des guerres.

Et puisqu’il n’esquive rien, j’ai fini par me retrouver au milieu de toutes les possibilités offertes par la nature.

Jame contacte Hubert Ripoll

Jame vit à Buenos Aires et a pris contact avec Hubert Ripoll par l’intermédiaire de sa webcam.

Il est le plus jeune des témoins interviewés. Il a 26 ans. Ce qu’il dit dans le passage que je vais retranscrire est presque anecdotique mais ces quelques paroles ont réussi l’exploit de me tendre un miroir non déformant.

Donc merci à toi, Jame de Buenos Aires. Moi aussi j’aurais aimé vivre à Buenos Aires. Quoique, à bien y réfléchir, j’ai quand même un penchant pour l’île d’Alboran, le pays des rapatriés de nulle part.

« Il y a trois ans, je me suis rendu compte que rien dans mon patronyme ne rappelait mes origines espagnoles, ou pieds-noirs, et j’ai éprouvé le besoin de rajouter celui de ma branche maternelle. J’ai eu envie de garder une trace de cette culture et d’avoir un nom qui ne soit pas complètement français.

J’aime ce nom qui montre que je ne suis pas complètement français et qui montre que je viens d’ailleurs, parce que pour moi, ce sont les racines que je veux garder, celles dont je suis fier. Ça parait un peu soudain comme décision mais elle a été murie pendant plusieurs années. C’est l’aboutissement d’un cheminement mental…

Je n’ai pas pu abandonner mon nom français, car, en France, c’est très compliqué de changer son état civil. Je me suis plongé dans le droit pour savoir comment je pouvais faire avec ces deux noms. Mon nom est maintenant composé : F.-G., du patronyme de mon père et de ma mère.

C’était quelque chose que je voulais faire à tout prix. Je savais que mes grands-parents en seraient très heureux. Ma grand-mère en a été fière. Elle a trouvé cela génial. Mon grand-père ne me l’a pas dit car il exprime peu ses sentiments mais je sais par ma grand-mère qu’il en était très heureux. Si je devais choisir entre mes deux noms, je choisirais sans aucun doute le patronyme maternel. Oui, Jame G. »

Paul Souleyre, mon frère

Merci Hubert Ripoll, merci Jame de Buenos Aires, je comprends mieux pourquoi j’ai eu besoin, moi aussi, de prendre un autre nom.

Mais ce n’est pas un autre nom, quand on y regarde bien, c’est un second nom.

Un « nom frère ».

J’espère que je n’aurai jamais à choisir entre mon nom d’état civil et mon nom de plume.

Mon nom d’état civil est pour mes filles. Mon nom de plume pour mes ancêtres. Ce sont mes feuilles et mes racines.

Les deux me sont nécessaires pour survivre.

 

Paul Souleyre.

PS1 : Merci Hubert pour votre commentaire chaleureux. J’ai hésité à commenter votre commentaire, et puis je me suis malgré tout décidé. Je devais aussi raconter mon petit monde pieds-noirs.

PS2 : Un mois après la publication de l’article, Jame est intervenu pour faire un commentaire qui se trouve ci-dessous. Mais je l’ai trouvé tellement brillant que j’ai décidé de le publier le jour même en « Une » de ce blog.

PS3 : Le Groupe Témoignage « Une histoire de paroles » mis en place par le CDHA (à la suite de la parution du livre) et auquel je participe depuis mars 2013 est justement piloté par Hubert Ripoll.

PS4 : Côté transmission, je vous conseille de visionner deux documents vidéos intéressants qui pourront compléter le travail de Hubert ripoll : le premier est le film Méditerranées de Olivier Py, et le second, le retour de Evelyne Jousset Garcia à Oran.

 

image_groupe_cdha_blog

 

  * * *

Que pensez-vous du livre de Hubert Ripoll ?

 

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* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : L’article est optimisé pour Google. Il n’a pas mis longtemps à arriver en première position si l’on tape Hubert Ripoll. Je ne sais pas s’il restera longtemps à cette place. Les paragraphes ne sont pas vraiment courts. L’effort a été porté sur le mot-clé et sa place dans le texte. Il est plutôt en début de paragraphe et situé sur la gauche. De plus, j’ai rajouté un intertitre. Il était important de bien référencer cet article. Il faut apprendre à repérer les articles essentiels à référencer. Hubert Ripoll a fait un livre extraordinaire qui touchera beaucoup de pieds-noirs en mal de transmission. 

Ecriture : Un blog est à la fois commun et personnel. Le sujet est général et l’angle personnel. Ici, il s’agit de faire partager un coup de coeur. Mais il ne faut absolument pas le faire comme une promo journalistique. Il faut montrer comment votre coup de coeur a influé sur votre vie. Pas de promo idiote.

Transmission : Ici, il y a un phénomène intéressant de transmission, grâce à Hubert Ripoll, j’ai trouvé un alter ego. Si vous l’avez rencontré, n’hésitez pas à parler de votre alter ego.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.


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8 comments on “Hubert Ripoll retrouve la mémoire

  1. Ecrire un livre comme Mémoire de là-bas est une épreuve technique, morale, affective. Le doute terrasse, j’ai failli y succomber. Y arriverai-je ? Comment réagiront mes témoins ? Vais-je leur être fidèle ? Et les autres qui découvriront ces traces de vie ? Oui, le doute terrasse. Je me rappelle ces fin de nuit à la recherche du fil conducteur, du mot qui cogne ou qui apaise… Et puis il y a ces mots si doux à lire que tu viens de m’offrir, toi Paul que je ne connais pas. Tu parles de Jame qui t’offre ses clefs qui ouvrent tes portes. Curieusement, Jame – que je ne connais pas non plus – m’a adressé hier un mail qu’il concluait ainsi :

    « Je suis sincèrement heureux que tu aies pu publier cet ouvrage qui mérite d’exister et transmis. Je suis sincèrement heureux d’avoir pu contribuer à cette démarche que tu as entrepris pour nous tous. Et je suis sincèrement heureux que la boucle se soit bouclée ce soir, de manière si impromptue… et si opportune pourtant.
    Pour toutes ces raisons, merci. Merci d’avoir laissé une trace supplémentaire de notre mémoire. »

    Merci Paul et Jame pour ces regards croisés et ces mots sortis de vos coeurs, inconnus l’un pour l’autre, mais battant au rythme d’une même histoire.
    Hubert Ripoll

  2. Cher Hubert, je suis très honoré de voir apparaître ici votre commentaire.

    Vous m’avez fait passer un prodigieux samedi. Je ne pouvais plus lâcher votre livre et, plusieurs fois, j’étais limite de verser ma larme. Je devais laisser l’ouvrage sur la petite table du salon et partir souffler dans le jardin. Impossible de continuer. Il y avait trop de choses. Trop de choses incroyables à lire qui arrivaient de partout. Des témoignages tellement forts, tellement vrais. Et tellement de diversité aussi. Je ne me reconnaissais pas dans tout mais je me disais, si ça continue, je vais finir par tomber sur mon clone. Jame n’est pas mon clone mais son geste est un geste de reconnaissance dans lequel je me suis reconnu.

    Et la reconnaissance est la clé de voûte actuelle du monde pied-noir. Ce monde crie sa douleur depuis 1962 mais la crie tellement mal qu’il se tire une balle dans le pied à chaque fois qu’il ouvre la bouche et ne fait qu’accentuer ainsi l’impossibilité pour les enfants de rejoindre leurs parents. C’est dramatique. J’ai fait ce site pour que les jeunes aient un support qui leur permette d’aller vers les anciens. Et j’ai créé de mes petites mains Memoplume pour qu’ils n’aient même pas besoin de moi pour le faire. Les anciens n’iront plus vers les jeunes, maintenant. Ils sont trop dignes pour cela. Ils ont tout sauvé à travers leurs sites Internet des années 2000 et pourtant… l’essentiel n’y est pas : la transmission.

    Ces sites ont l’apparence de la transmission mais n’en sont pas. Les anciens parlent entre eux, se rappellent comment c’était là-bas, s’échangent les recettes de cuisines, se recherchent les uns les autres, montrent des photos, font de la poésie, reconstruisent tout, recréent une algérie-française.com en somme, pays virtuel aussi peu accessible pour nous que peut l’être l’Algérie d’avant 1962. Il n’y a aucune place pour les pieds-noirs de la 3ème génération. C’est un spectacle auquel nous assistons mais au sein duquel nous ne pouvons exister. Alors que notre désir le plus cher est d’y prendre place.

    Ce qui est en train de se passer, cher Hubert, c’est que ce sont les jeunes d’Oran (algériens mais aussi bien espagnols par exemple) avec qui je discute tous les jours qui me transmettent Oran. Une Oran bien vivante, pleine de joie de vivre, d’avidité de connaissance et d’amour. Certainement pas une Oran mortifère. Et je dois sans cesse lutter pour me dire ne trahis pas toi non plus. Pense à ton père. A sa souffrance et à tout ce qu’il t’a transmis. Ne t’en vas pas l’oublier. Et ne t’en vas pas oublier tes ancêtres qui ont aimé cette ville et ce pays. Mais je sais que si les anciens continuent à être aussi mortifères, alors je finirai par leur préférer les vivants. C’est terrible, mais c’est comme ça. Je préfère la vie que la mort.

    Merci encore, Hubert, de nous avoir offert un livre aussi vivant.

    Très respectueusement.
    Paul Souleyre.

  3. Cher Paul,
    J’ai transmis ton (tutoyons-nous veux-tu. Je l’ai fait spontanément) blog à Jame, lui demandant de réagir à tes réflexions. J’espère qu’il le fera. J’ai également référencé ton blog dans le mien. Pour ce qui nous concerne, continuons au téléphone. Tu as mes coordonnées mail, moi non. Alors contacte-moi.
    Bien amicalement,
    Hubert

  4. Merci Hubert.
    J’espère que Jame me contactera. J’aimerais vraiment le voir s’exprimer sur ces pages.

    A bientôt.
    Paul.

  5. J’imagine qu’on appelle cela la synchronicité…
    Le hasard qui, un soir, m’a fait croiser le livre d’Hubert pour lequel j’avais témoigné, et qui m’a fait lui écrire ce même soir, semble participer d’un phénomène plus grand encore puisqu’il t’implique Paul – contre toute attente.
    J’ai trainé à venir lire cet article, gardant en tête le mail d’Hubert qui me suggérait de le lire. Et je ne regrette pas d’avoir ma mémoire.

    J’aime penser que je sais garder le contrôler et réagir avec mon cerveau… mais tout cela, cette histoire qui me rattrape, laisse mon coeur en premier plan, avec des réactions peut-être un peu naïves (?), bêtes (?). Je ne sais pas vraiment quoi dire, encore sous le « choc » d’avoir croisé ta réaction.

    Ces sentiments partagés semblent sans cesse confirmer l’existence de cette identité pied-noire… une identité qui serait partagée, tel une puce électronique qui nous relierait malgré nous, tant nos sentiments sont similaires, partagés, communs.

    J’avoue être touché par ta mention de mes mots sur ton blog – sans vraiment savoir qu’en penser, comment l’intégrer à moi.
    Il est surprenant de constater que quelques mots échangés, livrés à une oreille attentive peuvent nous marquer.
    Ce geste anodin de me livrer à Hubert semble maintenant me poursuivre, m’habiter, et m’influencer chaque jour en réalité.

    J’aime lire ton témoignage, et savoir que visiblement Hubert à su toucher les âmes qui portent encore la trace de Notre Histoire.

    Et merci d’avoir poster ces quelques mots, merci de ce témoignage de connection, merci d’exprimer cette résonance qui semble nous « relier » – il est toujours agréable de savoir que d’autres partagent nos sentiments même s’il est tellement confortable de penser que nous sommes seuls parfois.
    Et si je suis sûr que nous ne sommes pas des clones, et si je déteste penser ne pas être unique (hehe), je suis ravi de savoir que je ne suis pas isolé.

    Jame

  6. Quelle réponse magnifique, Jame.

    Ton message sera l’article de demain. J’allais écrire sur le téléphérique de Santa-Cruz. A côté de ce que tu viens d’écrire, ça n’a plus aucun intérêt.

    Merci à toi.
    Et au plaisir de nous rencontrer un jour.

    Paul.

  7. Bonjour Hubert Ripoll
    Je viens de lire votre livre « Mémoire de là bas », un livre que je vais intituler « le livre autorisé ». Combien de fois j’ai voulu aborder l’Algérie dans ma famille, combien de fois je recueillais des colères sur tout ce qui a pu s’écrire sur ce sujet, colères de ma famille, traitant tous les ouvrages, films… de menteurs. Du coup je laissais tomber et passais à autre chose. Je ne voulais pas perdre mon temps à lire des mensonges. Là, par un fait de hasard, allant à la bibliothèque de l’hopital Montperrin ou je travaille comme psychologue, je vois votre livre parmi les nouveautés commandées. Je tente sa lecture après avoir lu la couverture et me dis: »tiens on dirait maman qui parle », alors je l’ai commencé, et finis, avec une émotion, des émotions immenses. Je viens de le passer à ma mère. Elle m’a dit: « on dirait que c’est moi qui parle. » …..
    Immense, bouleversant, grandiose… La suite, je veux la partager avec vous…
    Un immense merci, méme ce mot là n’est pas suffisant pour vous dire combien c’était attendu mais pas définissable.
    A très bientot.
    isabelle

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