Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Edgard Attias et le monstre marin d’Oran

Posted by on Avr 24, 2012

Monstre marin d'Oran

Le monstre marin d’Oran

Edgard Attias a écrit un livre juste fantastique.

J’adore l’ouvrir à n’importe quelle page.

Je m’installe sur mon canapé, je ferme les yeux, je prends le livre dans mes mains, je lui caresse la couverture puis je l’ouvre au hasard. Quand je suis fatigué, le soir, c’est vraiment un moment de détente incomparable.

Je tombe toujours sur de l’inattendu.

Là, il est 23h,  je n’en peux plus et j’ai encore un article à extraire de mes cellules grises. J’appelle Edgard à la rescousse et le voilà qui accoure. En guise de bonne nuit, ce joyau.

Extrait, c’est l’année 1947 :

le 14 août, plusieurs pêcheurs à la ligne ont aperçu, à différentes reprises, une espèce de monstre marin, nageant entre deux eaux, dans le bassin du port faisant face au parc à primeurs.

L’animal, d’une longueur qui approche deux mètres, apparaît surtout à la nuit tombante, et il passe la nuit, parait-il dans l’angle formé par les quais où est située une bouche d’égout”.

Si je ne m’étais pas juré d’écrire 350 mots, j’arrêterais là.

Ces deux longues phrases fort peu adaptées aux exigences d’une lecture Google toute rabougrie sont des merveilles de la nature. Elles se suffisent à elles-mêmes.

Mais voilà, je ne suis qu’à 210 mots.

Donc je vais me poser quelques questions jusqu’aux 350 mots. Et pour commencer celle-ci : quelqu’un peut-il me dire où se trouve (se trouvait ?) le parc à primeurs ? Quelqu’un peut-il même m’expliquer ce qu’est au juste un “parc à primeurs” ?

Le primeur, je vois. C’est le marchand de fruits et légumes. Ça peut même être pas mal d’autres choses comme un endroit qui a la primeur (servi en premier) ou un “vin qui peut être consommé dès la fin de la vinification”. Il y avait du vin dans le coin, celui de Sénéclauze, si je ne m’abuse, viticulteur à St-Eugène. Et plus loin, du Mascara.

Y a-t-il un rapport ? Je doute.

Autre question de géographie portuaire : quel est donc cet “angle formé par les quais où est située une bouche d’égout” ? Où se trouve-t-on au juste ?

Si quelqu’un peut me renseigner sur les habitudes de la bête, ce ne serait pas du luxe. Un monstre marin est si vite arrivé.

J’allais oublier l’essentiel, le livre d’Edgard Attias s’appelle “Oran de tous les jours : 1830-1962″. Il reprend de nombreux articles de “l’Echo d’Oran” et plus occasionnellement de “Oran Républicain”.

Nulle trace d’Ego chez Edgard. L’homme s’efface devant les faits reportés par des journaux qui n’ont pas peur de raconter l’inracontable. C’est une mine d’or.

Si seulement tous les egos du monde pouvaient en faire autant.

Merci pour tout Edgard.

Je pars me coucher.

437 mots.

 

Paul Souleyre

 

PS : Une petite vidéo ci-dessous en lien avec les commentaires de René qui nous a donné le fin mot de l’histoire…Image de prévisualisation YouTube

  * * *

 

image_groupe_cdha_blog

 

  * * *

Et vous, où alliez-vous pêcher quand vous étiez enfant ? A la sortie des égouts sur le port ? à la Cueva del Agua ? Ailleurs ?

 

Répondez dans les commentaires.
Et si vous avez aimé cet article, cliquez sur “J’aime”.

* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Ici, l’angle est celui du questionnement à gogo face à beaucoup d’inconnu. La tonalité générale se situe dans le mystère, on va donc tourner autour du questionnement. Il faut interpeller le lecteur.

Ecriture : On joue sur le monstre du Loch Ness. Un mystère est posé d’emblée. On attend des réponses. Il faut aussi jouer avec le lecteur. Certains participent.

Transmission : La transmission est évidente. Il faut toujours essayer de susciter directement la parole des anciens.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

Ceux qui ont aimé cet article ont aussi apprécié :

(Visited 489 times, 1 visits today)

Commentaire Facebook

commentaires

8 Comments

  1. Quelques informations:
    Le monstre du port d’Oran n’avait rien à voir avec l’illustration de l’article
    C’était un grand lamantin
    L’égout était à l’angle du quai Beaupuy et du quai de Marseille, gamin avec un hameçon voleur je pêchais des petits poissons à la sortie de cet égout pour faire de l’amorce.
    le parc aux primeurs était surement un hangar sur le quai Beaupuy ou étaient déchargés bananes, pommes de terre etc….
    Petite correction, les caves Sénéclauze n’étaient pas à Sain Eugène mais, place Hoche en bas du quartier Saint Pierre.
    J’ai si tu le désire un plan numérisé d’Oran que l’on peut agrandir à volonté.
    Amitiés oranaises
    René

  2. Le fameux monstre était surnommé par les pêcheurs “Perico” en espagnol petit chien.J’ai aussi une photo quand il fut attrapé par des pêcheurs.
    René

  3. Merci René pour ce merveilleux commentaire ! J’en ai rêvé des commentaires comme ça pour ce blog. C’est exactement ce que je veux.
    Pour le Oran actuel, je me sers pas mal de Google Maps et Google Earth, pour les vieux plan d’Oran, après avoir pas mal cherché, j’ai fini par adopter celui-ci que je trouve très bien fait et en très grande taille.
    Je vais de ce pas aller faire un tour sur mon plan pour vérifier si je peux localiser les sorties de Perico !!

    Merci encore. Paul.

  4. Et je veux bien la photo de Perico !

  5. je ne sais pas comment vous expliquez ça! mais je me sens pris par les légendes sur oran on dirait un livre de contes ouvert à tous ses fidèles citoyens. j’aimerais bien que vous publiez un article sur la dame blanche du cimetière de tamashouet sise à el hamri . Est-ce que c’était juste un mythe ou c’était une vraie histoire ?

  6. Moi, je ne sais rien de la Dame blanche de Tamashouet. Des dames blanches, il y en a partout, et pas qu’à Oran. Mais je vais me renseigner et faire un article dessus. J’adore ça les dames blanches.
    Je vais voir du côté d’Edgard Attias et peut-être que René Mancho qui sait tout sur tout répondra aussi.

  7. Et en attendant, une “belle voix claire de tenor léger” , celle de André Mallabrera, qui nait à Oran le 15 juin 1934 et qui chante La Dame Blancheviens gentille dame” … Tout un programme et c’est à cet endroit.

  8. Votre texte est léger, aérien et remarquable. Cela donnerait envie de lire ce livre (si ce n’était pas moi qui l’avais écrit).
    Félicitations
    Ce monstre doit en toute vraisemblance être un lamantin. A l’époque on ne connaissait pas ce nom et on l’appelait veau marin. Les légendes disent que ces lamantins ont aussi inspiré celle des sirènes.
    Un jour un montreur de foire en avait capturé (ou acheté) un et le montrait dans un grand bassin sous une tente sur la place d’Armes contre monnaie sonnante et trébuchante.
    La Dame Blanche est sûrement comme vous le dites, une résurgence de l’opéra de Boïeldieu transposé à Tamashoët. J’adore Mallabréra que j’ai eu le plaisir de côtoyer à l’opéra et son air est très romantique.
    Le hasard a fait que rapatrié en France, je me suis retrouvé dans la ville natale de Boïeldieu !
    En ce qui concerne le plan d’Oran d’époque, j’en ai un très beau et je vous le donnerait volontiers si vous me donnez votre adresse.
    Cordialement
    Edgard Attias

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *