Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Les Dames Africaines à Oran n’étaient pas des saintes

Posted by on Déc 8, 2012

Dames Africaines

Oran – Les Dames Africaines (Maraval ou St-Pierre ?)

Je ne pense pas que ce soit spécifique à Oran.

Mais tout de même, il ne faisait pas bon aller chez les Soeurs.

J’ai au moins deux témoignages très durs à l’égard des institutions religieuses.

Mon grand-père était instituteur à l’école Lamoricière ; je pense qu’il était sévère mais je ne le vois pas sadique.

J’évoquerai peut-être un jour Monsieur D. de l’école Jules Renard, lui-même évoqué par Jean-Claude Martinez, dont j’ai reçu le tome 1 de “Histoires d’Algérie”. Il me semble emblématique de ce qui peut se passer, à la rigueur, au sein de l’école publique.

A la page 104 de son livre, l’auteur fait la remarque suivante :

“En effet, l’école Jules Renard ne faisait pas partie de ma circonscription, et pour justifier mon inscription, je devais démontrer que j’en étais digne. Les élèves venant d’une école privée et surtout religieuse étaient considérés comme des éléments faibles et hors niveau. L’école de la République était la seule à être en mesure de former le vrai citoyen.”

Je pense que Jean-Claude Martinez ne fait pas que refléter sa propre pensée mais aussi celle de toute une époque. L’école publique était bien plus sacrée que l’école religieuse.

Quand je lis ce qu’il écrit de son passage à l’école maternelle des Dames Africaines de la rue Béranger, je prends peur. Et je comprends pourquoi je n’ai pas beaucoup entendu parler de cette institution. Peu de nostalgie sur ce plan-là. J’ai eu du mal à trouver des photos.

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Les origines expliquées par Guy Montaner :

“Ce pensionnat religieux, situé rue Béranger à Oran et fondé par l’Abbé Cata, avait pour vocation première d’accueillir les orphelines abandonnées. Il devint plus tard une école réputée qui accueillait, de mères en filles, des élèves du primaire et du secondaire de familles plutôt aisées. Les religieuses les plus connues qui assurèrent l’enseignement étaient Rose Vidal et Rémédios Arlandis.”

Je ne suis pas sûr pour ce qui concerne le côté aisé. Au début, peut-être, mais ça ne marche plus pour J.C. Martinez.

En revanche, depuis le balcon de l’infirmerie, il y avait une belle vue sur Santa-Cruz. On se croirait sur le balcon de l’école Lamoricière. Maigre consolation, j’imagine.

École des Dames Africaines – Rue Béranger à Oran
ECOLE DES DAMES AFRICAINES RUE BERANGER ST PIERREECOLE DES DAMES AFRICAINES RUE BERANGER ST PIERRE

Témoignage de Jean-Claude Martinez, donc :

“La grande robe noire surmontée de la luisante cornette planait de rangée en rangée. Elle vérifiait au passage, la bonne tenue des élèves, et essayait de prendre à défaut un timide qui aurait eu des relâchements humides, voire plus consistants ?

– Soeur Sulpice ! Soeur Sulpice ! Venez vite, le petit Christian est tout mouillé !
– Mais qu’est-ce que c’est que ce petit cochon ! Grondait la terrible voix de soeur Sulpice qui devait probablement attendre devant la porte de la classe qu’on l’appelât pour accomplir son rôle de vengeresse.
– Il a tout tâché par terre, et le banc en est imprégné !
– Viens ici, malpropre, tu ne pouvais pas demander !

 Elle le prenait sans ménagement par l’encolure de son sarrau, et emportait le malheureux vers une destination qui faisait naître en nous une indicible terreur, puisqu’on ne revoyait plus l’infortuné ! La peur nous submergeait et le silence n’en devenait que plus épais.

Nous retenions notre respiration et attendions pétrifiés l’heure de la délivrance : onze heures trente !”

Je ne raconte que le racontable. La fin de la scène est très dure, très humiliante, et suite à la colère de sa mère, le petit Jean-Claude est retiré de l’école des Dames Africaines de la rue Béranger.

Il restera chez lui en attendant sagement de faire son CP à Jules Renard.

Mais je m’aperçois qu’il y a finalement quelques bons échos du côté de Maraval où les Dames Africaines font partie du patronage Don Bosco.

Guy Montaner précise : “Pour l’enseignement du premier cycle, elles ouvrirent ensuite l’école de “Notre Dame de Lourdes” à Maraval.” Antoinette Vaté en était la directrice. Elle meurt à Lourdes en mars 2008, retirée dans sa congrégation.

Jocelyne Esteve/Fernandez en dit beaucoup de bien :

“Cette église où j’ai été baptisée, fait mes communions, confirmation et études primaires, qui faisait partie de Don Bosco. L’école des Dames Africaines de Maraval : directrice : Madame Vaté (on les appelait Madame) (une amie de classe de Maman, donc chouchoutée)  Les  messes dites  par le Père Galas  (avec sa coupe en brosse) ou le Père Edouard avec sa grande barbe blanche (aussi doux que le Père Noël). D’où j’ai gardé un merveilleux souvenir.” (source)

Notre dame de france oranOn a du mal à savoir dans quelle mesure la nostalgie a effacé les humiliations.

Je ne suis qu’à moitié convaincu par les “merveilleux souvenirs”.

Il suffit de relire la fin du texte de Tarambana sur la place Hoche pour comprendre que son passage à Notre-Dame de France, autre institution religieuse, 6 rue d’Inkerman, lui a laissé un souvenir mitigé.

Je ne trouve pas l’équivalent de ces témoignages en terme d’humiliation dans l’école publique. Mais je n’ai peut-être pas assez cherché.

“La place Hoche c’était aussi mon école Notre Dame : Combien de parties de pignols ou de cartlettes ai-je pu faire devant cette façade en attendant que s’ouvrent les portes. Le souvenir le plus marquant que j’en conserve c’est cette fouettée que m’infligea un jour le directeur, l’abbé Garcia, sous prétexte que je n’avais pas été attentif durant une dictée…

S’étant péniblement procuré un coupon, ma couturière de mère m’avait façonné un merveilleux pantalon golf que j’étrennais ce jour là. Le pantalon amortit un peu le fouet mais y laissa sa trame de mauvais tissu. N’empêche, je ne pardonnerai jamais à l’abbé.”

Je ne crois pas qu’Oran était pire qu’ailleurs en la matière. C’était l’époque.

Mais Oran n’était pas mieux.

 

Paul Souleyre.

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NB : Au vu des quelques commentaires qui s’accumulent au bas de l’article, il semblerait que les Dames Africaines aient laissé beaucoup de bons souvenirs dans les esprits des uns et des autres. Tant mieux si mes recherches sont contredites par les souvenirs anciens 🙂

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* * *

Et vous,  êtes-vous passé entre les mains des terribles soeurs des Dames Africaines qui étaient peut-être très gentilles en fin de compte ?

 

Répondez dans les commentaires.

* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est l’enseignement religieux dans les années 50 à travers le regard subjectif de JC Martinez. L’angle est celui du souvenir d’enfance face à la nostalgie. L’enfance reste toujours plus forte que le réarrangement nostalgique.

Ecriture :  A base de témoignage. Éviter les témoignages trop longs. On y perd le rythme de l’article.

Transmission : Des très mauvais souvenirs comme sources de transmission particulièrement pertinentes.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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commentaires

8 Comments

  1. Je suis surprise par cet article ! Des amies ont fréquenté les Dames Africaines et n'en ont pas été traumatisées. J'ai été élève des Soeurs Thérésiennes, rue Maréchal Ney (parallèle à la rue Bérenger). Sévérité … oui ! la même que dans les écoles publiques Jean Macé et Laurent Fouque où je suis aussi passée. Sévérité de bon aloi à mon avis ! et qui ne m'a pas empéchée d'être à mon tour enseignante pendant 40 ans en lycée professionnel … mais ce n'est que mon avis !

  2. Je suis assez surprise par cet article. En effet, il faudrait lire l'article, se remémorer les souvenirs avec le regard de ces années là. A l'époque, les parents, les maîtres, ne se faisaient aucun scrupule à humilier/brimer les enfants sans penser aux conséquences. Il était commun pour les parents de donner des fessées, aux instituteurs de mettre au coin un élève avec un bonnet d'âne, de frapper les bouts des doigts avec une règle en métal. J'ai été élève des Dames Africaines à Oran et j'y ai passé les meilleures années de ma vie. J'en garde de très bons souvenirs. Je pense souvent aux sœurs et particulièrement à la sœur Michelle. D'ailleurs, j'aimerais tellement avoir de ses nouvelles.

  3. Bonjour. Un peu etonné par l'article, il n'est malheureusement pas daté mais quand meme. Je connais bien ces soeurs et leur histoire. Elles ont ete fondées par le Pére Cata, alors vicaire de la paroisse du Saint Esprit en 1881 d'abord au Faubourg Lamur – qui pourra m'indiquer où est-ce ??? – puis apres beaucoup de problemes avec les soeurs Theresiénnes et Mgr Soubrier l'Eveque, car il etait espagnol et son oeuvre etait pour les orphelines espagnoles. Mgr , français, lui demanda de prendre la nationalité française, ce qu'il refuse. Aussi l'oeuvre eu a subir pendant 10 ans de nombreux problemes. Bref . les Soeurs ne s'appelaient memeps entre elle jamais Soeur, mais Madame, elles ne prirent un costume religieux qu'en 1954, avant cette date, un habit civil copié sur celui des femmes du temps, ni plus ni moins: pas de cornette ni de grandes robes noires????? Maintenant je ne pense pas que les enfants etaient plus malheureux chez les Freres ou les Bonne soeurs que chez les laics. Cependant la discipline etait LA discipline donc… c'tetait le temps et la mode….

  4. Bonjour, je suis la petite nièce de Madame Vatté. Je peux confirmer que tous “les enfants” étaient accueillis par les dames africaines,et sans distinction. L’éducation y était dure comme partout à l’époque. L’enseignement qui était prodigué exigeait des résultats comme dans toutes les bonnes écoles.
    Actuellement, nous vivons dans un monde totalement différent et qu’
    il est impossible de comparer. Cependant, on retrouve cet enseignement dans certaines écoles privées/laïques qui exigent de la discipline, du respect et des résultats.!!!

  5. Bonjour
    j’ai moi ausi fréquenté cette école et il me reste un mauvais souvenir. A l’époque j’étais gauchère et je me souviens de l’acharnement d’une certaine institutrice pour me faire écrire de la main droite.
    En juin 62 séjour en colonie de vacances au chateau du lézert dans le tarn et là j’ai des bons souvenir

  6. Cet article me surprend beaucoup; mon épouse et ma belle soeur ont fréquenté l’institut des Dames Africaines à Oran et me semblent plutôt très satisfaites. Elle ont rejoint l’association des anciennes élèves et prenaient plaisir à retrouver les quelques soeurs revenues en France après 1962. Certaines étaient restées à Oran pour s’occuper de jeunes aveugles. Tous leurs biens ont été “nationalisés”,
    jusqu’à la “dernière petite cuillère” par le gouvernement Algérien. En 2018 il doit rester 1 ou 2 soeurs des Dames Africaines d’Oran; elles seraient dans la région de Lourdes après être passées par Toulouse.

  7. Je suis surprise de ses commentaires,j’ai moi même fréquenté cet institut et je garde un très bon souvenir les sœurs étaient toute très gentille, il y an avait une qui jouais même avec nous a ballon prisonnier avec sa robe.
    J’avaIs même sympathisé avec une d’entre elle s’appelait madame Labaerd j’ai continué à correspondre avec elle quand elle est partie à Rodes dans les Pyrénées, je rêvais de la revoir mais malheureusement cela ne m’a pas été possible, maintenant elle a dû décéder.
    J’aimerais avoir les coordonnées de l’association des anciens élèves de cet institut les dames Africaines d’Oran.
    Je vous remercie

  8. Bonjour
    Je suis très étonné de ses articles sur l’institut des dames africaines, moi je garde un très bon souvenir j’avais une très bonne relation avec toutes les sœurs qu’ on appelé madames .
    Surtout une sœur qui s’appele madame Labaerd j’avais même des relations amicales,j’ai même continué à correspondre avec elle quand elle est partie à Rodes un institut dans les Pyrénées j’aimerais même avoir de ses nouvelles si elle n’est pas décédé parce que elle a l’epoque elle était déjà âge alors que je n’avais que 13ans

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