Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Condamner la colonisation sans condamner sa famille ? (1/2)

Posted by on Sep 2, 2012

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Compte-rendu du millénaire d’Oran 1902

J’ai toujours en tête cette phrase de Luc : comment condamner la colonisation sans condamner sa famille ?

Quadrature du cercle.

L’autre jour, je voulais parler du millénaire d’Oran fêté en 1902, et puis j’ai dérivé sur le mythe pionnier, ma petite bête noire à moi.

Mais j’avais envie de parler du millénaire d’Oran.

Donc je suis reparti à la pêche aux documents et j’ai réussi à me procurer pour une somme modique une très vieille revue de géographie en date du 1er mai 1902 qui fait sa Une sur les fêtes du millénaire d’Oran.

Elle porte le modeste nom de “Revue Universelle” et paraît les 1er et 15 de chaque mois.

C’est tout sauf une revue algérienne.

J’en veux pour preuve la dernière page qui rassemble tout un tas de publicités qui valent le coup d’être lues. C’était vraiment le bon temps. On s’occupait du bien-être des gens, sous toutes ses formes.

Et le millénaire d’Oran fait la Une à Paris.

Ce n’est pas rien. Il faut s’en rendre compte.

Alors c’est avec une certaine curiosité que je me suis enfin décidé à ouvrir la revue pour découvrir le millénaire.

C’est terrible parce qu’on ne tombe jamais sur ce qu’on imaginait. Il y a trois pages, un point c’est tout. Evidemment. C’est une revue de géographie.

On n’a pas que ça à faire, 110 ans à l’avance, décrire dans le détail les fêtes du millénaire pour le plaisir du petit Paul Souleyre.

Mais en contre-partie, j’ai eu droit à l’esprit colonial dans toute sa splendeur, légèrement complexé vis à vis du Grand Paris, qui tente de compenser ses faiblesses en montrant à quel point Oran est riche de diversité.

Sauf que chaque paragraphe porte en lui des centaines de questions qu’on aimerait bien pouvoir poser à M. Henri Lorin.

Au lieu de quoi il faudra se contenter des quelques lignes que je reporte ci-dessous.

J’émaillerai le texte de photos éparpillées entre les paragraphes de l’article.

 

* * *

Le congrès de géographie et le millénaire d’Oran

par M. Henri Lorin – 1er mai 1902 – Revue Universelle

 

Les sociétés françaises de géographie ont coutume de se réunir chaque année en un congrès tenu dans l’une des principales villes de France ; l’usage s’est heureusement établi, depuis quelques années, de compter dans ce nombre les capitales françaises de l’Afrique du nord :

La session de 1899 fut tenue à Alger, sous la présidence de M. Savorgnan de Brazza ; celle de 1902 vient d’avoir lieu à Oran, où l’on s’est promis, en terminant la séance de clôture, de choisir Tunis pour l’année 1904 ; entre-temps, les congressistes se sont rassemblés à Paris en 1900, à Nancy en 1901 ; l’année prochaine ils se retrouveront à Rouen ; et c’est ainsi que, géographes pratiques, ils font petit à petit leur tour de France et d’Afrique.

La session d`Oran, pendant les Vacances de Pâques de 1902, fut particulièrement intéressante ; la Société de géographie et d’archéologie de cette ville avait obtenu la présidence de M. Gabriel Hanotaux, qui a volontiers saisi cette occasion de témoigner ses sympathies pour une colonie ou s’affirme si brillamment notre énergie nationale.

En même temps que le congrès, Oran célébrait les fêtes de son millième anniversaire, et les congressistes emporteront tous de leur voyage le plus instructif des souvenirs.

Est-il bien sûr, en vérité historique stricte, qu’Oran date précisément de l’an 902 ?

En cette année, dit-on, des marins maures venus d’Espagne auraient abordé sur la plage, d’ailleurs médiocre, autour de laquelle a grandi la ville, aujourd’hui peuplée de 90 000 habitants.

Puisqu’on enseigna dans nos lycées la date exacte de la fondation de Rome, je ne vois pas pourquoi on montrerait plus de rigueur à la légende d’Oran ; au surplus, ceux-là moins que tous autres auraient le droit de se poser en critiques, qui auraient la bonne fortune d’assister, en l’an de grâce 1902, à cet opportun et charmant millénaire.

Oran n’est pas un port naturel, mais les hommes depuis dix siècles ont assidûment corrigé la nature, suivant l’indication des marins maures de 902 ; le port romain occupait l’emplacement du Mers-el-Kébir d’aujourd‘hui, dont le nom actuel est la simple traduction arabe de son nom latin, Portus Magnus ;

Arzeu [c’est l’orthographe de la revue] à l’est, Mers-el-Kébir à l’ouest, en effet, mieux situés qu’Oran, à l’abri de caps montagneux qui les couvrent des vents du nord et du nord-ouest ;

Oran l’a cependant emporté, et de beaucoup, sur l’un et sur l’autre : c’est une ville active, laborieuse, en pleine poussée de croissance, que l’on ne peut se défendre d’aimer, dès qu’on l’a quelque peu pénétrée, l’ambition et l’ardeur au travail.

Les leçons du congrès d‘Oran ne procèdent pas seulement des discussions d’ordre géographique, ethnographique, économique, qui furent introduites au cours des séances, elles se présentaient aussi à tous les pas des congressistes sous cette forme des spectacles vivants qui parlent à l’esprit par l’aide des yeux : 

Les organisateurs des fêtes du millénaire avaient essayé de préciser ces impressions, notamment par le programme de la cavalcade historique, qui fut le “clou” du congrès.

Qui d’entre nous ne se rappellera le char ou plutôt la barque des fondateurs d’Oran, robustes matelots au teint basané ; le char de l’Algérie colonisée, dont le symbolisme eût paru transparent à feu Sarcey lui-même ; le char des provinces françaises, qui toutes, en effet, concourent à la formation de la race française d’Afrique ?

Puis c’étaient tous les soldats de la conquête, les premiers zouaves, au turban rouge, les chasseurs d’Orléans, les voltigeurs, puis les goumiers indigènes, avec leurs caïds en manteaux rouges, tous aux ordres d’un vieux chef arabe dont le père fut l’allié fidèle du maréchal Bugeaud : ainsi se déroulait sous nos yeux, aux accents parfois embrouillés de plusieurs orchestres, noubas, orphéons et fanfares, toute l’histoire d`Oran.

Parcourant ensuite les rues de la ville, du port à la gare du chemin de fer d`Alger, nous voyions se dresser devant nous une autre évocation de cette histoire.

Oran resta longtemps espagnole, et la domination castillane lui a laissé, sans parler d’une notable partie de ses habitants le cachet d’une ville militaire, bastionnée de forts, aux murailles roussies, aux quartiers en dédale où la population pressée s’abrite contre le soleil entre de hautes masures, au fond de ruelles tortueuses.

Le vieil Oran espagnol s’élève immédiatement au-dessus du port et garde son originalité, tandis que les terre-pleins de la “Marine” se couvrent de l’indifférente monotonie des bureaux de commerce et des docks.

Toujours ses maisons sont peintes de couleurs gaies, comme pour combattre la teinte austère de brique cuite des collines qui encadrent la ville ; du linge de ménage sèche, en brochettes tendues de fenêtre en fenêtre ; l’odeur caractéristique de la cuisine espagnole imprègne l’air, et l’on circule parmi des hommes à la figure rasée, des femmes vêtues d’un jupon clair et d’un châle sombre, qui vivent dans la rue autant que dans leurs intérieurs et, jusque dans leurs éclats de gestes et de voix, restent drapés et graves :

Ce n’est plus le gazouillis des quartiers italiens de Marseille.

Lors de la conquête, l’administration française s’établit au-dessus du port et de l’Oran espagnol ;

La place Kléber était alors le centre de la ville, et c’est là que l’on construisit la préfecture ; les résidents français, fonctionnaires, commerçants, colons en déplacement urbain, avaient tous leurs chevaux et s’en servaient pour la moindre course ; sur les pentes qui accèdent au plateau supérieur, au-dessus du palier moyen de la place Kléber, s’étageaient seulement quelques maisons, jalons de la ville future.

Aujourd’hui, tout cela est bâti, et le flot des constructions, dépassant la crête, s’est étalé sur le niveau même du plateau :

L’hôtel de ville et le cercle militaire voisinent avec les grands hôtels et les beaux magasins autour de la place d’Armes et du boulevard Séguin, rendez-vous du Tout-Oran pour le “cinq à sept” ; le théâtre, comme s’il se trouvait déclassé, trop près de la place Kléber, a pris feu l’hiver dernier ; on le reconstruira plus haut, et peut-être alors pensera-t-on aussi à rapprocher la gare de la ville ou du moins à transformer comme il convient à une cité populeuse les baraquements d’aujourd’hui, qui semblent retraités d’une pauvre halte métropolitaine.

Ces jours derniers, venus de tous les points de la province et même de celle d’Alger, une foule de visiteurs avaient envahi Oran ; leur confusion présentait l’aspect le plus pittoresque :

A côté des colons français de l’intérieur, endimanchés comme nos paysans de France, mais l’allure plus libre et l’air plus débrouillard, c’étaient des ouvriers espagnols, chantant leurs refrains patois, avec les accents particuliers de l’Andalousie et de Valence, des juifs indigènes, accompagnés de leurs femmes lourdes et péniblement corsetées, des Kabyles d’Algérie ou du Rif marocain, le visage ovale, la petite moustache noire, presque semblables à tels de nos riverains de la Méditerranée, des Arabes arrivés de loin à cheval ou à bourricot, la taille haute et redressée, le nez tranchant, le turban plat ou enroulé autour de la tête, selon les tribus ;

Puis des soldats français, aux amples uniformes d’Afrique, zouaves, tirailleurs et spahis, de vieux légionnaires chevronnés, et quelques nègres, joyeux enfants qui rient de tout en découvrant leurs dents blanches. N’auraient-ils réussi qu’à rassembler sous nos yeux cette bigarrure, que nous devrions beaucoup aux organisateurs des fêtes du millénaire…

* * *

 

Suite et fin, demain.

Histoire de partir au boulot le coeur en joie.

 

Paul Souleyre

 

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* * *

Je ne sais même pas quoi poser comme question…

 

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* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est le millénaire d’Oran et l’angle, la date exceptionnelle vue par un géographe de l’époque qui relate les festivités pour Paris. L’angle de l’époque est forcément le plus intéressant de tous les angles. Mais il est rare.

Ecriture : Longue reprise de texte. Il faut être persuadé (à tort ou à raison) qu’on met à disposition un document vraiment intéressant.

Transmission : C’est du pur colonialisme. On aurait tort de croire que le colonialisme se limite aux problèmes relationnels avec le pays colonisé, c’est aussi un rapport à la Métropole, un rapport de séduction où la colonie est toujours perdante parce qu’elle cherche à séduire la Mère-Patrie.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

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commentaires

6 Comments

  1. “Comment condamner la colonisation sans condamner sa famille ?” est une question qui indique qu’on a déjà répondu en partie. Cela suppose comme postulat de départ que la colonisation est condamnable et du coup, effectivement, la vision de sa propre famille s’en trouve affectée. Je n’ai pas ce problème car j’estime que la présence française en Algérie n’est pas condamnable et, logiquement, je n’ai ainsi aucun état d’âme sur les miens (au contraire, une grande admiration pour les premiers qui ont fait le voyage pour tenter d’avoir une vie meilleure… des pionniers en somme !).
    Une phrase est à mon sens très révélatrice. L’étonnement qu’il m’a semblé percevoir que le millénaire d’Oran ne soit pas évoqué dans une revue “algérienne”. Au-delà de l’anachronisme (en 1902 nous sommes à Oran en France), aurais-tu fait la même remarque s’il s’était agi du millénaire de Nice et aurais-tu précisé que la revue n’était pas “côte-d’azuréenne” ? Probablement pas… Et pourtant, Oran devient française bien avant Nice… Il semble que ta petite remarque, pourtant très anodine, indique une certaine difficulté à associer ces départements d’au-delà de la Méditerranée à la France dont ils sont pourtant une composante à part entière (bon, j’admets que je suis sans doute dans le procès d’intention…).
    J’ai bien aimé la juxtaposition des pubs, l’une sur la Bénédictine après un bon repas et l’autre sur la constipation… Ca m’a fait penser au sketch de Coluche sur le jumelage de certaines publicités avec notamment les dragées Fuca !
    Pas d’idée pour la question finale ? Il y en a une pourtant qui s’impose au regard de la dernière phrase de ton article : Et vous, allez-vous partir demain au boulot le coeur en joie ? 😉

  2. Il y a un enchaînement logique qui ne me convient pas tellement dans ta première phrase : “Cela suppose comme postulat de départ que la colonisation est condamnable et du coup, effectivement, la vision de sa propre famille s’en trouve affectée. Je n’ai pas ce problème car j’estime que la présence française en Algérie n’est pas condamnable et, logiquement, je n’ai ainsi aucun état d’âme sur les miens”.

    Je fais une différence entre la “colonisation” et une “présence française”. La colonisation est une manière d’être présent particulièrement envahissante et autoritaire avec laquelle je ne suis pas forcément d’accord. Et en même temps, c’est un regard anachronique, en 2012, c’est facile de ne pas être d’accord.

    Donc fondamentalement, je ne condamne pas la colonisation sur le plan historique parce qu’elle révèle surtout l’esprit d’une époque, et je trouve que l’extrait de la revue le montre bien.

    Mais je “condamne” une présence très autoritaire, qui ne laisse pas beaucoup de place aux autres (et je ne parle pas que des musulmans), autres qui sont d’ailleurs regardés d’une manière extrêmement tendre et paternaliste (la description qui est faite des “autres” est assez hallucinante dans les deux derniers paragraphes) en un mot : supérieure.

    Mon grand-père maternel, d’origine catalane, né en 1916 et pupille de la nation, possédait dans son salon un tableau de la Place Kleber. Quand je vois comment M. Lorin regarde tous ces espagnols du haut de son esprit français colonial, je me dis que le hiatus est là -et a toujours été là- entre la France avec son esprit supérieur et le reste de la population locale qu’elle a naturalisée (parce qu’elle a aussi proposé la naturalisation aux musulmans, mais dans des conditions qui les obligeaient à refuser puisqu’ils devaient renier à peu près tout ce qui faisait leur identité) pour faire du nombre mais qu’elle a toujours regardée de haut.

    Je ne suis pas historien mais j’ai cru comprendre qu’il y avait eu quelques occasions pour les français d’Algérie d’être moins autoritaires et que ce ne sont pas les gens de la rue qui les ont refusées mais les notables bien installés. Comme toujours.

    Donc oui, je condamne le colonialisme, et je condamnerai toujours le colonialisme parce qu’il est une manière de regarder les gens (comme mon grand-père) de haut. C’est quand ces personnes-là rentrent en France suite à l’exode, qu’elles comprennent qu’on les a toujours regardées de haut, et qu’en vérité, elles ne sont rien. C’est un dégât collatéral du colonialisme qui portait tout ça en son sein depuis le début. A partir du moment où on naturalise à tour de bras pour faire du nombre, mais où on regarde dans le même temps tout le monde de haut, ça ne peut pas coller.

    C’est comme ça que j’en suis arrivé à condamner le colonialisme (qui n’est pas qu’une présence française sur un sol, mais surtout une manière d’être français sur ce sol, et une manière d’être français que les pieds-noirs ont parfaitement comprise à leur dépens en revenant en métropole en 1962 : le mépris) à condamner le colonialisme donc, sans condamner ma famille, qui arrivait d’Espagne ou travaillait dans les gares.

    NB : Quand tu me fais la remarque que je parle de “revue algérienne” et que ça dénote que j’ai un peu de mal à considérer que l’Oranie est bien un département français à l’époque, je ne suis pas sûr de te suivre. Je ne fais guère que relever la même chose que ce qui a déjà l’air d’embêter M. Lorin dans le premier paragraphe : “Les sociétés françaises de géographie ont coutume de se réunir chaque année en un congrès tenu dans l’une des principales villes de France ; l’usage s’est heureusement établi, depuis quelques années, de compter dans ce nombre les capitales françaises de l’Afrique du nord”. On sent bien que la France aussi, a du mal à considérer ces départements Africains comme des départements français. Et M. Lorin sort son meilleur style, ses meilleurs chiffres, et commence à essayer de prouver à la Métropole que oui, ils font bien partie de la France, qu’ils font des choses formidables, et ceci et cela, etc. et qu’il est temps de commencer à les prendre en compte. La vérité, c’est que Paris a toujours considéré tout ça comme du menu fretin. C’est en revenant en France que les français d’Algérie en ont vraiment pris conscience. Et la prise de conscience n’a fait que s’amplifier…

    Bon courage pour demain 😉

  3. C’est bien pour cela que j’ai utilisé volontairement le terme de “présence française” pour l’Algérie et non de “colonisation”, justement pour cette nuance. Je ne suis pas certain que le regard de supériorité des “élites parisiennes” ait été plus différent avec les habitants de l’Oranie qu’avec les paysans de la Creuse ou de l’Ardèche…
    Une petite remarque lorsque tu dis que les MUSULMANS (et ce terme indique qu’on est dans le coeur du problème car pourquoi vouloir définir une population par sa religion ?) ont refusé d’être naturalisés car ils allaient perdre leur identité… Non ! En devenant CITOYENS français ils auraient eu à se soumettre aux lois de la République et renoncer aux seuls préceptes qui régissaient leur vie, ceux de l’islam. Il ne s’agit pas d’identité mais d’organisation sociale. Et accessoirement de laïcité !

  4. La laïcité est en effet notre vision du monde (et la mienne). Pas forcément la leur. A l’époque, ils n’ont pas le choix, ils doivent s’y SOUMETTRE.

    Je ne porte même pas de jugement moral mais seulement un jugement pragmatique : si vraiment on a envie que les choses se passent bien, on ne s’amuse pas à soumettre les gens, sinon, forcément, ça se passe mal. On essaie de voir comment on peut permettre à chacun de ne pas perdre son identité et sa dignité.

    Mais ce n’était pas du tout l’esprit de l’époque qui détenait la vérité absolue et voulait inonder le monde de sa sagesse. Et encore une fois, je fais la différence entre Paris qui a cette philosophie-là, et les espagnols qui arrivent pour fuir leur misère, et qui ne se rendent pas forcément compte qu’il sont au service de ce genre de grand discours.

    Mais c’est un avis personnel, bien sûr. Ce n’est pas une vérité générale.

  5. Justement non ! Ils ont eu le choix et n’ont pas eu à se soumettre. La preuve très peu ont demandé à bénéficier du décret Crémieux. La citoyenneté française supposait l’acceptation des règles laïques de la République, règles qu’ils ont en majorité refusées. Et aucun n’a été forcé d’abandonner sa foi et son obédience aux règles de l’islam. Tu parles de dignité, mais la dignité humaine n’est-ce pas justement se détacher d’un asservissement à des préceptes religieux qui nient la liberté de l’être………………? Et il y a effectivement de profondes incompatibilités. Comment peut-on donner à l’époque la citoyenneté française à une population (sans exiger en contrepartie l’abandon de la soumission aux lois de l’islam) qui se retrouve avec le droit de vote, donc participe à la vie législative, à l’élaboration de lois… lois qui ne lui seraient pas appliquées puisque elle ne reconnaît que celles de l’islam et rejette toutes les autres. Un problème impossible à démêler. Le déni même de la démocratie, qu’on autorise une partie de la population à voter des lois qui ne s’appliqueraient pas à elle ! Tu parlais de quadrature du cercle… la vraie quadrature du cercle était sans doute là.
    Ta vision est peut-être un peu trop manichéenne. Tu évoques les espagnols (et tous les autres) au service d’une idéologie. Mais cette idéologie était aussi à leur service puisqu’elle leur a permis, pour nombre d’entre eux, de se construire une vie meilleure, certes pas luxueuse, mais moins misérable. Un échange de bons procédés en quelque sorte !

  6. Je me suis mal exprimé quand j’ai dit qu’il n’avaient pas le choix.

    Ils avaient le choix en théorie. Dans la pratique, le choix était celui-ci :

    1 – J’abandonne mes préceptes islamiques tout en sachant que je vais avoir quelques soucis avec Allah après ma mort. Mais, en attendant, je peux profiter des avantages que m’offre la société française.
    2 – Je tiens à mes préceptes islamiques, donc je laisse tomber.

    J’ai quelques souvenirs de Masseube…

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