Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Les petits arrangements colorisés de Maurice Furic

Posted by on Oct 16, 2012

Oran Bastrana

Oran Bastrana (source : site Oran des années 50 – Le coin de Maurice Furic)

J’aime les personnes qui ont conscience que la réalité qui se présente sous leur yeux n’est qu’une représentation de leur esprit.

L’année dernière, lorsque j’enseignais les subtilités du cerveau à mes élèves, je leur montrais une photographie dans laquelle il devaient rechercher des visages perdus dans la forêt.

Je vous conseille de vous lever de votre chaise et de vous éloigner de 5 mètres. Ce sera plus simple.

De près, ce n’est pas évident. Il y a 12 visages.

Je l’ai fait ce week-end à mes filles ; ça marche à tous les coups. L’excitation monte très vite.

Mais je le faisais à mes élèves pour leur montrer que les yeux voyaient tout, que chaque petite poussière était sentie, et qu’il n’y avait rien de caché dans le monde.

Et je leur disais : le véritable problème, ce n’est pas le monde, c’est vous.

Ça les faisait rire, et moi aussi.

Le problème, c’est qu’à partir des informations qui lui parviennent, le cerveau tente une modélisation 3D du monde. Histoire de pouvoir agir sur son environnement… ou déguerpir si nécessaire.

Tous les philosophes du monde sont là pour montrer à quel point le cerveau fait à peu près n’importe quoi, et qu’il n’est pas à une contradiction près.

Conclusion : on peut vraiment douter de ce qui se présente sous le regard.

Les peintres les plus célèbres le sont parce qu’ils tentent de court-circuiter le travail du cerveau pour accéder aux sensations originelles.

Exemple type : les nymphéas.

Internet est impuissant à montrer ça : on voit toujours des nymphéas.

Dans la réalité, si on s’approche des tableaux de Monet, on ne voit plus que des tâches. On ne reconnaît plus rien. Si on s’éloigne, hop, les nymphéas réapparaissent. Si on s’approche, ils disparaissent à nouveau : sensations originelles.

Expérience à faire.

Alors quand je tombe sur Maurice Furic, je suis heureux.

J’y vois quelqu’un qui n’idolâtre pas son monde.

C’est en cherchant une photo de la rue d’Arzew pour cet article que je suis tombé sur Maurice Furic.

Je suis bien resté 10 minutes devant la photographie à m’interroger sur cette étrange colorisation. Et puis j’ai cessé d’y réfléchir ; j’avais un article à finir et peu de temps devant moi.

Mais la question tourne dans ma tête depuis plusieurs semaines maintenant.

Que signifient ces photos ?

Les arrangements colorisés de Maurice Furic

La photo 6 est très inquiétante.

Maurice Furic se débat avec la “réalité”.

Les photographies des années 50 ne lui conviennent pas, il les transforme.

Je ne sais pas s’il veut les enjoliver. J’imagine que oui. En tout cas, les photographies colorisées lui apportent plus de plaisir que les photographies d’origine.

Il éprouve le besoin de modifier la “réalité” des photos des années 50. Il transforme sa famille, la ville et les cartes postales, peut-être pour retrouver les couleurs algériennes de ce qu’il a connu.

Manifestement, il y arrive davantage en déformant la “réalité” .

J’apprécie cette démarche qui met de côté les représentations communes.

Peut-être Maurice Furic s’approche-t-il ainsi de ses propres sensations originelles.

Existe-t-il autre chose ?

 

Paul Souleyre.

NB1: Certaines cartes du début du siècle étaient colorisées. Peut-être ne faut-il pas aller chercher plus loin. Recto et… verso d’une carte postale de la Pharmacie du Théâtre, place d’Armes, datée du 26 décembre 1925.
NB2 : Plus tard, au moment de photographier la statue de Perissac, j’ai moi aussi éprouvé le besoin de coloriser les images, sans me rappeler le travail de Maurice Furic. La colorisation oblige à chercher, à remettre en question l’image dite “naturelle”, pour tenter de trouver quelque chose de plus profond, qui échappe au regard.

 

image_groupe_cdha_blog

 

  * * *

Que pensez-vous de l’arrangement de Maurice Furic placé en haut à gauche de l’article ?

 

Répondez dans les commentaires.
Et si vous avez aimé cet article, cliquez sur “J’aime”.

* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est le travail de colorisation de Maurice Furic et l’angle celui de la recherche de véritables sensations. Il n’y a que les sensations véritables qui permettent de faire exister une mémoire vivante. C’est la madeleine de Proust, tout le monde en a fait l’expérience : une odeur, parfois, fait resurgir tout un monde. Ici, ce serait donc plutôt des couleurs. Hypothèse, bien sûr.

Ecriture : Texte coupé par les photos. Attention à l’intégration du visuel à côté du texte. Toujours délicat de ne pas perdre son lecteur.

Transmission : Il est impossible de transmettre des émotions. Sauf exceptionnel talent artistique. La transmission est majoritairement sans âme.  

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

Ceux qui ont aimé cet article ont aussi apprécié :

(Visited 217 times, 1 visits today)

Commentaire Facebook

commentaires

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *