Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Antoine Martinez et sa femme Alice

Posted by on Oct 2, 2012

Quelle belle photo.

Parfois, j’écris de faux articles.

Des articles dans lesquels je fais semblant d’aborder certains sujets pour mieux me promener dans d’autres, qui sinon, ne trouveraient jamais leur place.

C’était le cas de manière très évidente avec l’article sur les cartes postales ou les bains de la reine.

Je me lâche, et du coup, je perds plein de monde parce que je ne parle plus d’Oran. C’est assez logique.

Et c’est trop tard.

C’est ça Internet : on passe une fois. Si c’est bien, on reste ; sinon on s’en va et on ne revient jamais.

On n’a pas vraiment droit à l’erreur.

Donc je vais perdre plein de monde aujourd’hui parce que j’ai davantage envie de parler de la photo que d’évoquer la ville d’Oran.

Il y a quand même un rapport, je rassure le lecteur : Antoine Martinez est un peintre de la région.

“Antoine Martinez naît le 11 Juillet 1913 à Oran (Algérie) dans le vieux quartier espagnol, d’un père boulanger. Très tôt, il est attiré par la peinture et le dessin :

à 10 ans il couvre les murs de la cour de la boulangerie de grands dessins au charbon de plus de 2 m de haut ;

à 12 ans il fait le portrait à l’huile de sa grand-mère et prend ses premières leçons de peinture.

À 14 ans, il entre aux Beaux-Arts d’Oran où son professeur, étonné par sa précocité picturale, lui conseille d’aller se former à Paris.”

C’est sur le site de l’Association autour du peintre Antoine Martinez.

Et à 36 ans, il se marie avec Alice.

 

*

 

Hier je me demandais comment je pourrais aborder la guerre. Parce qu’il faudra bien un jour que je regarde à quoi ressemblait Oran pendant la guerre. Et je me disais qu’il était hors de question que je la regarde par l’oeil du 19 mars ou du 5 juillet.

Que ces deux cadres-là me donnaient accès à une certaine forme de réalité historique, mais qu’ils  m’empêchaient aussi d’accéder à autre chose.

Parce qu’il y a toujours autre chose que la réalité historique.

 

Il y a ce qui se trouve sur la photo dans le regard d’Antoine Martinez pour sa femme.

Une violence sans fond qui est la violence de l’amour tragique.

 

Une violence que je n’ai retrouvée qu’une seule fois dans une oeuvre : Bodas de sangre, de Carlos Saura.

C’était ma professeur d’espagnol du lycée de Pau, Mme Barré, qui nous avait amenés voir le film.

Il m’a beaucoup marqué.

Je l’ai retrouvé il y a quelques années sur Internet, et je l’ai aujourd’hui en dvd.

C’est l’histoire la plus tragique du monde. La plus éternelle. Et la plus violente.

 

Et c’est probablement la seule manière pour moi d’aborder Oran pendant la guerre.

Mais je n’ai pas encore ce regard.

 

Paul Souleyre.

 

 Carlos Saura (Federico Garcia Lorca)Bodas de sangre

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commentaires

2 Comments

  1. Quel que soit l’angle (et un peu comme tous les chemins mènent à Rome) Oran dans la tourmente te mènera au 5 juillet… S’y trouvent d’ailleurs tous les ingrédients de la tragédie. Mais sans “amour tragique”, bien au contraire, une haine incommensurable pour les roumis. Seuls les faits comptent, seule la réalité historique a sa place. Le 5 juillet était prémédité, la barbarie fut à son apogée, et la France fut lâche. La réalité historique ce sont toutes ces vies fauchées, ces disparus, ces familles plongées dans l’horreur. Tout le reste n’est que littérature, qui subliment les faits (dans un sens ou dans l’autre) pour mieux les faire oublier, pour les réduire à un roman où les effets de style l’emporteraient sur l’événement. L’éternel fossé entre le fond et la forme. Rien de “romanesque” dans cette histoire qui ne peut être abordée que de façon brute, sans fioritures. Comme il y a une seule façon de parler d’Oradour-sur-Glane, il y a une seule façon de parler du 5 juillet à Oran : les FAITS, uniquement les FAITS. C’est la seule façon d’appréhender l’Histoire. Il n’y a pas “autre chose”. Il n’y a que des corps dépecés, pendus à des crocs de boucher ou brûlés vifs dans des bains maures. Il n’y a pas à “broder” là-dessus. L’horreur se suffit à elle-même. A trop vouloir se distancier des faits, on perd de vue l’essentiel. Je connais la réponse que ferait un littéraire, “l’essentiel est invisible pour les yeux”… certes… mais pas quand on aborde l’Histoire.

  2. Ça me rappelle un commentaire dans lequel tu me reprochais de m’être exprimé au nom de tous les enfants de pieds-noirs. Je pourrais moi aussi monter sur mes grands chevaux et te dire : par quel espèce de tour de passe-passe sais-tu déjà comment je vais regarder la guerre alors que je ne le sais pas moi-même ? “Je connais la réponse que ferait un littéraire.” Un commentaire que tu aurais pu faire et qui aurait montré davantage d’égard envers le “littéraire” que je suis peut-être devenu (on dirait une insulte) : “Je crains que tu ne fasses la réponse d’un littéraire. J’espère que non.”
    Demain, je parlerai d’autre chose. C’est une évidence.

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