Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Une anisette à Oran avait-elle le même goût qu’une anisette à Perpignan ?

Posted by on Août 29, 2012

Anisette oran super anis galiana pastis ricard alicante

Anisette Galiana (source : Carlos Galiana dans son coin sur le site Oran des années 50)

Je n’ai plus bu l’anisette depuis une éternité.

Il y a des choses comme ça qui reviennent par hasard, dans des discussions ou des commentaires d’articles, et qui font signe.

La dernière fois, c’était Alicante. Aujourd’hui, c’est l’anisette.

Quand on prononce « anisette » devant moi, mon grand-père maternel surgit comme un fantôme. Je le vois autour de la petite table du salon ; il a le sourire. Un pâle ersatz de sa joie d’antan, je le sais.

Je ne vois pas d’anisette ailleurs dans la famille.

Aucun souvenir d’anisette chez mes grands-parents paternels, par exemple, mais je me trompe peut-être.

Partout ailleurs, l’anisette a disparu de la circulation. Comme la kemia, la soubressade ou les makroudes.

Pour la kemia, d’ailleurs, mon grand-père lui-même n’employait pas ce terme (ou alors je n’y ai jamais prêté attention). Soubressade et longanisse par contre, c’est lui.

Vicente Galiana super anis anisette oran alicante

Vicente Galiana Botella padre (source Carlos Galiana)

Je le revois même me traîner au marché de Perpignan, dans des espèces de halles en plein coeur de la ville pour désigner du doigt, chez un charcutier, la soubressade et la longanisse (le correcteur orthographique me fait pitié, il souligne en rouge tous ces mots barbares. Les traitements de texte ont encore beaucoup de choses à apprendre…)

Makroude, c’est ma grand-mère.

Un jour, un algérien m’a demandé ce que je ferai quand j’arriverai à Oran. Je lui ai simplement répondu : je partirai à la recherche des makroudes de ma grand-mère.

Dès que je vois un makroude qui se promène dans la rue, je l’arrête et je le goûte, dans l’espoir de retrouver celui de mon enfance. Sans succès. J’ai comme l’intuition que ce sera ma récompense oranaise.

Une anisette Gras ou Galiana ?

Mais revenons à l’anisette :

Un apéritif à base de badiane titrant en général plus de 40 % vol. d’alcool, qui se boit allongé d’eau à l’instar du pastis ou de l’ouzo. C’est l’apéritif emblématique des pieds noirs. Les marques les plus connues sont l’anisette Gras, l´anisette Phénix, l’anisette Cristal Limiñana et le Super Anis – Galiana. Le plus souvent incolore, il est généralement plus sucré (jusqu’à 100 g/L) que le pastis.” (Source Wikipedia)

L’anisette Galiana plus d’Oran est un apéritif comme le pastis ou le ricard, mais blanc.

J’ai cherché ce que pouvait bien boire mon grand-père : l’anisette Gras ? l’anisette Phénix ? l’anisette Cristal Limiñana ? ou le Super Anis Galiana ? 

Anisette Gras

Anisette Gras (source : punch-et-cocktail.com)

En toute logique, c’est le Super Anis Galiana puisque Monsieur Galiana est d’Oran.

C’est aux alentours de 1900 que l’on trouve la branche Galiana au complet établie à Oran, autour du Grand Café du Luxembourg (20, rue d’Orléans) tenu par mon grand-oncle Blaise (dit Blayet). Presque tous ses frères et soeurs ont acquis la nationalité française (Carlos, commandant de sous-marin, Marianne, institutrice, etc.) excepté mon grand-père Vicente qui crée sa première distillerie à Saint-Denis-du-Sig : “Anisados Galiana – Distillerie Sigoise”.

C’est sur le site de JC Pillon, comme d’habitude.

super anis galiana anisette oran alicante

Étiquette de l’anisette Galiana actuelle (source Carlos Galiana)

Eckmühl oran galiana anisette

Eckmühl, 20 mars 1949 : avant le départ du 1er Prix Cycliste Galiana, dans la cour de l’usine (source Carlos Galiana)

Anisette Galiana Oran Eckmühl

Emplacement des usines Galiana à Oran Eckmühl

Oran anisette Galiana Eckmühl

Emplacement des usines Galiana à Oran Eckmühl (détail)

J’ai bien cherché dans ma mémoire avant d’aller sur Internet pour une confirmation. La première image qui s’est présentée était teintée de bleu et blanc.

Pourtant j’étais gêné parce qu’il y avait aussi du rouge. Mais où ? Sur l’étiquette ? En haut ? En bas ?… sur le bouchon ?

Oui ! Sur le bouchon.

Confirmation sur Internet : à Perpignan, mon grand-père buvait (probablement) de l’anisette Gras.

Et à Oran ? Je ne sais pas. Mais je doute. L’anisette Gras était d’Alger, non ? Peut-être n’y avait-il pas d’anisette Galiana à Perpignan. Il faut dire que les Galiana sont de la région d’Alicante.

Retour sur JC Pillon, je descend encore la page et je tombe… sur la photo du livre de Ramon Roca légendée “Anisado Galiana” St-Denis-du-Sig 1900.

distillerie sigeoise galiana anisette super anis

Distillerie Sigeoise Galiana (source : Jean-Claude Pillon – page de l’anisette Galiana)

Décidément, le monde est petit. Encore Alicante. On n’en sort pas. Le Super Anis Galiana d’Oran arrive d’Alicante.

On dirait l’ouverture d’un océan, Oran qui se décroche d’Alicante et dérive sur la côte algérienne.

En géologie, on retrouve les mêmes espèces de dinosaures en Afrique et en Amérique du Sud parce qu’il y a 250 millions d’années, les deux continents n’en formaient qu’un.

Comme Oran et Alicante. Fut un temps, il n’y avait qu’une ville :

Alicanoran ou Oranicante.

Au choix.

 

Paul Souleyre

NB : En février 2013, Carlos Galiana, descendant de Vicente Galiana, est passé sur le blog pour me donner davantage de détails sur la famille Galiana. En fin de compte, étant donné que toutes les informations se trouvent déjà sur le site de Jean-Claude Pillon, j’ai préféré faire un article sur Carlos Galiana (qui vit à Alicante) et la mémoire oranaise, plutôt que sur l’anisette de son illustre ascendant. A noter que les bouteilles Galiana étaient fabriquées dans les Verreries d’Afrique du Nord, à La Sénia. Le père de Jean-Claude Pillon en était le comptable.

* * *

Et vous, plutôt Gras ou Galiana, l’anisette ?

 

Répondez dans les commentaires.
Et si vous avez aimé cet article, cliquez sur “J’aime”.

* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est l’anisette et l’angle, mon grand-père. Se glisser dans la peau d’un personnage pour évoquer une sensation est une stratégie séduisante. Attention à rester dans un sujet commun au lecteur. Ici, c’est l’anisette, il faut rester dans des éléments que le lecteur pourra lui-même retrouver dans ses souvenirs.

Ecriture : Une fois n’est pas coutume, le texte avance, avance, et je ne tiens pas la chute… qui arrive par surprise : Alicante. A partir de là, il faut savoir s’incliner devant la force du texte et choisir Alicante… plutôt que l’anisette (ce qui aurait été plus logique dans la conclusion)

Transmission : Je ne sais pas s’il existe toujours des villes jumelles, mais quand on en trouve une, il faut s’y intéresser au moins autant que celle qui constitue le point de départ. J’ai appris il y a deux jours que mes parents avaient passé un mois en voyage de noces… à Alicante.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

Ceux qui ont aimé cet article ont aussi apprécié :

(Visited 3 068 times, 1 visits today)

Commentaire Facebook

commentaires

8 Comments

  1. Les Limiñana (anisette Cristal) sont également de la région d’Alicante (Monforte del Cid à une vingtaine de kilomètres). Décidément… J’en profite pour faire un clin d’oeil à une copine, Emmanuelle, enfant de PN (partie d’Alger à 3 ou 4 ans). Elle est la petite-fille de Manuel Limiñana (fondateur donc de l’anisette Cristal), fille du Dr Perez (l’un des chefs historiques de l’OAS) et a épousé l’un des fils du Bachaga Boualem… On peut dire qu’au niveau héritage elle cumule !

  2. Alicante serait donc aussi jumelée avec Alger ? 😉

    Je vais peut-être bien faire un saut à Alicante, moi… et puis je prendrai le bateau pour voir à quoi ressemble Oran. Accessoirement…

  3. Les mystères de la tectonique des plaques et de la dérive des continents !
    Rejoindre Oran en bateau ? Retour aux origines… comme tous ces espagnols qui partaient sur leurs “pateras” de fortune et qu’on appelait les “caracoles” (ils transportaient tous “leurs biens” dans un baluchon posé sur l’épaule !). A noter que fin XIX ceux qui étaient déjà installés en Algérie avaient créé des milices qui patrouillaient pour les empêcher d’accoster… Ah la solidarité ! Et en 2012 rien de nouveau sous le soleil, sauf que les “pateras” fonctionne en sens inverse…

  4. Bonjour
    Je souhaiterai acheter une voir plusieurs bouteilles ” SUPER ANIS GALIANA ORAN”
    Je n ‘arrive pas à trouver un commerce qui pourrais me vendre cet article…
    AIDEZ MOI …..C’est pour offrir
    Merci beaucoup

  5. J´essaie d´apporter des précisions sur le "Super Anis – Galiana", mais il y a un problème de serveur.

  6. Réessayez si vous le pouvez, de mon côté, il ne semble pas y avoir de problème.

  7. Bonjour. Je suis l'auteur de ce petit texte qui évoque surtout mon grand-père 🙂 instituteur à l'école Lamoricière et qui buvait de temps en temps l'anisette. Je suis curieux de connaître les précisions de la part d'un Galiana semble-t-il… Merci.

  8. Je pense qu’il est possible d’acheter de l’anisette SUPER ANIS GALIANA ORAN sur ce site… Je n’ai pas encore essayé mais cela ne sauraut tarder. https://www.uvinum.fr/super-anis-oran_s

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *