Memoblog – Oran

Paul Souleyre

Amédée Moreno prend le parti de peindre sa mémoire

Posted by on Sep 18, 2012

Amédée Moreno couverture

Memoran – La couverture du livre de Amédée Moreno

C’est en prenant le livre de Amédée Moreno pour y chercher l’anecdote de Polinar et La Concha que je me suis arrêté sur la couverture.

Je n’avais pas remarqué qu’elle était imaginaire.

C’est une manière de représenter le monde à la fois très ancienne et très moderne. En résumé, on casse la perspective pour mettre côte à côte des éléments destinés à se répondre.

Je précise que la peinture est réalisée par l’auteur lui-même et porte le nom de Memoran.

C’est drôle parce que c’est le nom que j’ai failli donné à ce blog lorsque je lui cherchais une appellation. Heureusement que j’ai changé d’avis, on m’aurait peut-être condamné pour plagiat.

Mais si je ne me suis pas tout de suite rendu compte qu’il y avait un problème, c’est aussi parce qu’une apparence de perspective est conservée dans la peinture : Le lion de la mairie se trouve devant, le théâtre plus loin, et la montagne de Santa-Cruz au fond.

Amédée Morano - Perspective de Memoran

Amédée Morano – Perspective de Memoran

Je suis quand même allé vérifier si l’alignement était possible dans la réalité parce qu’il me paraissait suspect.

En effet, au vu de l’image capturée de Google Earth, Santa-Cruz est plus à droite et ne peut pas se trouver dans le prolongement des lions observés de profil.

Je commence alors à me poser quelques questions.

Et je regarde les éléments figurés plus attentivement.

Amédée Moreno déforme la réalité

Le Lion et le Fort ont une taille légèrement déformée mais encore acceptable. Le Théâtre n’est pas réaliste.

Memoran - Couverture du livre de Amédée Moreno

Memoran – Couverture du livre de Amédée Moreno

C’est un théâtre en miniature. Le palmier qui lui fait ombrage en est une preuve flagrante. Dans la réalité de l’époque, il y avait bien deux palmiers de chaque côté de l’Opéra, mais plus petits que les clochetons.

Amédée Moreno n’essaie pas de reproduire une ville exacte d’après ses souvenirs, il prend le parti de peindre les images de la mémoire telles qu’elles se présentent à lui. Il a conscience que ce dont il va parler date de 50 ans et qu’il n’y a plus que la mémoire pour l’évoquer. Donc il peint la mémoire avant tout.

Et il assume parfaitement ce qu’est cette mémoire : un fragment de réalité qui revient à la surface, déformé, et pourtant si réel. C’est aussi l’histoire de Polinar et La Concha, réelle et fantasmée.

Par sa peinture, Amédée Moreno annonce que l’intérieur du livre n’est guère que de la mémoire ; tout y sera à la fois réel et déformé.

Rien ne sera conforme au temps passé puisque tout a disparu.

Retour une dernière fois sur la couverture du livre : Il faut toujours se poser la question de ce qui n’est pas représenté. On y apprend davantage encore qu’en regardant ce qui se montre.

Ce qui n’est pas représenté sur Memoran, c’est la Place d’Armes, et toute la ville autour.

Il n’y a plus rien.

Amédée Moreno a peint le manque, la disparition, la perte.

Il a peint à la fois l’exil et la mémoire.

 

Paul Souleyre.

 

image_groupe_cdha_blog

 

  * * *

Et vous, aimez-vous Memoran de Amédée Moreno ?

 

Répondez dans les commentaires.
Et si vous avez aimé cet article, cliquez sur “J’aime”.

* * *

3 Conseils d’écriture tirés de l’article

Blogging : Un blog est à la fois général et particulier. Le sujet est commun ; l’angle est personnel. Le sujet est le tableau de Amédée Moreno et l’angle, celui de la mémoire représentée. L’angle de l’article est même ici la recherche de l’angle… Mise en abyme

Ecriture : L’analyse de tableau est un exercice qui vaut le coup d’être écrit parce que l’attention du lecteur est forcément capté. C’était aussi le cas dans le tableau de Catherine Quesada qui représentait les personnages de La Sénia.

Transmission : C’est encore plus beau quand la personne qui transmet a conscience de ce qu’est réellement la mémoire. Plus de détail à cette adresse.

NB : N’hésitez pas à laisser des commentaires aussi bien sur l’article que sur les conseils d’écriture. Et si vos petits doigts commencent à fourmiller, c’est que vous avez envie de passer à l’action. C’est peut-être le moment pour vous d’aller faire un tour du côté de la page 350 mots.

Ceux qui ont aimé cet article ont aussi apprécié :

(Visited 138 times, 1 visits today)

Commentaire Facebook

commentaires

5 Comments

  1. Ouf ! Je craignais pour ce matin un article sur une nouvelle tenue vestimentaire qui ne m’aurait probablement pas beaucoup inspiré 😉 Il y a quelques années (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître) une série de manuels scolaires, les fameux Lagarde et Michard que tous les lycéens ont subis, avait le don de m’exaspérer. Chaque document débutait par une courte introduction du type “l’auteur a voulu dire que…”. Ah bon ? Rousseau, Voltaire, Montaigne… ont donc laissé un testament pour la postérité qui éclaire le sens de leurs écrits ? On peut analyser un texte, dégager des idées, une impression, émettre des hypothèses etc mais de là à asséner un “l’auteur a voulu dire que…” ! C’est ce que je retrouve dans le commentaire du tableau de Moreno : “il prend le parti de… il annonce que…”. Pire, “il a conscience que…”. Il me semble que seul l’auteur peut dire ce dont il a conscience ! Nul ne peut parler à sa place. On peut parler de l’impression qui se dégage de ce tableau, et cela renvoie à notre propre personne, mais certainement pas se mettre à la place de l’auteur et parler pour lui. L’art en général, la littérature et la peinture en particulier, est tout sauf une science exacte, c’est un million de fois plus subtil. On peut interpréter mais pas énoncer une vérité universelle sur une oeuvre en affirmant que c’est ce que “l’auteur a voulu dire”…

  2. Tu as raison, le ton est un peu trop professoral. Inconsciemment, les réunions pédagogiques doivent me manquer. Il va falloir que je fasse attention 😉

  3. Je n’ai pas osé écrire que ça sentait la déformation professionnelle mais puisque c’est toi qui le dis 😉 Promis, je filme la prochaine réunion pédagogique et je t’envoie le DVD. Je te sens en manque…

  4. NB : j’adore les Lagarde et Michard, je les ai tous. J’envisage même de les mettre sous verre. Pire : non seulement j’ai tous les Lagarde et Michard, mais j’ai aussi tous les Castex et Surer. En vérité, derrière les nouvelles technologies se cache un affreux réac 😉

  5. Je n’étais pas au courant de la disparition d’Amédée mon cousin?… Toi qui fut marin,moi l’étais il n’y a pas si longtemps…Nous n’avions aucunes nouvelles de vous Lydie et toi….. Repose en paix ami et cousin,que dieu et Notre dame de santa-cruz de garde en leur sainte protection……Ainsi que les saint protecteurs des écrivains , in mémoriam R.I.P Jean-François

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *